DE LA LIBERTE AU CAMEROUN…

Un homme apparement libre appelle un taxi et demande au taxi de le conduire dans le pays voisin moyennant un importante somme d’argent, le taximan accepte. Avant d’atteindre la frontière, le taxi est arrêté et l’homme interpellé. Cet homme serait un fugitif et le taximan est inculpé de complicité d’evasion. Le taximan apprendra que cet homme apparement libre n’était pas vraiment libre et que le fait de l’avoir porté dans son taxi fait de lui le complice d’une tentative de fuite.

La question que pose cette histoire est la suivante, comment est-on libre dans ce pays? Et quand on est apparemment libre jusqu’où va cette liberté? Et comment savoir quand on commerce avec des hommes apparemment libre, que ca pourrait être un délit? Comment s’évade-t-on quand on est soi-même libre et qu’on vit dans un pays libre? S’il y a tentative de fuite quand on est encore libre est-ce parce que ce pays est devenu lui-meme une prison? C’est à dire un espace où les mouvements des détenus sont réduits. Quelle difference avec tous ceux à qui on refuse les visas; qu’ils veuillent s’échapper parce qu’ils ont commis un délit ou parce qu’ils n’arrivent plus à rêver d’un avenir dans cet espace-prison? Comment en est-on arrivé à cette assignation à residence dans cet enfer qui est son propre pays? Quand on sait que l’unique paradis qu’on trouve encore dans ce pays est celui des postes, des nominations et des détournements qui vont avec est justement celui qui mène en enfer, il y a lieu de méditer sur ce qui reste comme options à cette société qui se veut libre. Une solution perdant-perdant construite volontairement ou involontairement par l’architecte de notre univers, lui dieu de la liberté et de la prison à qui toute une nation s’en remet pour savoir ce qui est bien et ce qui est mal, décryptant religieusement, livre saint à l’appui le sens, si sens il y a encore de ce que nous sommes devenus. Comment défini-t-on une dictature? Une société où les projets et les outils pour réduire l’individu sont plus important que ceux de son emancipation et de son épanouissement. Comment en sommes-nous arrivés à oublier que ce meme système qui arrête à juste titre ceux qui font du mal à ce pays en détournant les fonds publiques devrait aussi proposer un rêve à notre jeunesse qui est tout autant en prison et essaye aussi de fuir? En plus de nous ôter à nous tous tout sens du vrai, du bien, du juste car un seul homme dispose des clés de comprehension de ces valeurs pourtant universelles désormais élastiques dans notre pays, nous sommes devenus un peuple qui ne sait plus que punir mais qui ne sait récompenser que d’une manière à pouvoir vous punir demain. Les pays libres disent qu’ils sont les plus prospères parce que l’être humain y est justement libre. Ces pays associent le nombre de brevets d’invention déposés à l’importance de leur pays. Comment ne pas envisager la liberté dans notre pays de cette manière? Une liberté émancipatrice et non seulement une privation de liberté aliénante à laquelle nous sommes nous assistons avec delectation, comme nous assistons à un suicide collectif… quand on sait que même au fin fond du gouffre, la redemption est toujours possible (dixit Bob Marley)  et qu’un être humain ne saurait être inutile surtout pour des pays comme les nôtres! A regarder immense chantier que représente notre jeunesse face à toutes les insuffisances, manquements et incapacités des ainés et de cette élite dirigeante, nous n’avons pas le droit de rester spectateurs et de nous délecter du déploiement de ce côté obscur de la force. Brisons les chaines de toutes les prisons qui réduisent nos êtres et condamnent nos enfants. Osons enfin faire de ce pays un pays d’êtres libres!

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Artificial Intelligence to fight racism

bfdfb93369a691658ea132dfe6ba62d7If the so-called state or structural racism was after all a human failure? If, for example, facies control or discrimination in employment and housing were not really a desire to discriminate but rather a result of a human weakness that makes one yourself a victim of one’s education or prejudices?

The fear, mistrust and reluctance that man has towards the machine is due to the fact that it could see the weaknesses of the man and decide to eliminate it and therefore take his place. Recognize, however, the failure of theoretical scientific academic frameworks on these issues. Even though the belief in the existence of human races has been disqualified since the last century, racism as ideology identifying and prioritizing human groups according to cultural, ethnic, linguistic, geographical and social criteria producing discrimination and inequality against these groups, he has not disappeared.

Yet racism has structural mechanisms that seem to work without actors. Yet the systems have racist effects, are they so abstract?

If the researchers of the Google Brain artificial intelligence project killed Bob and Alice, two computers that had managed to communicate with each other in a language they had created themselves, a language indecipherable by the man, is good by this fear of the loss of control. Why do we dwell on this perspective of control that robots would take without trying to find out why they take control? Why did Bob and Alice, while the researchers had not put any specific algorithm in place, decided to secure their communications through encryption they had developed themselves? Surely to correct the deficiencies, or even improve the program that the researchers had put in place, pointing out the limits of their creators.

Man would be both the genius and the idiot of these technologies of intelligence. A species of Dr. Jekill and Mr Hide of artificial intelligence seen from two different angles; that of humans and that of robots. While humans would recognize their intelligence, robots would see only its stupidity and its limits, thus noting that it is a dead point even a ball for this civilization of progress because of its weaknesses and sometimes retrograde behavior and irrational … like racism.Car it would be necessary to explain to these clever robots the utility of racism. Not that we necessarily face a utilitarian vision of artificial intelligence but at least that those who practice or apologize explain the logic of what they are doing and why racism would make sense .

I do not exclude the fact that such racist algorithms are written in favor of whiteness by proposing to make visible the social, political and cultural hegemony of a dominant white group. There at least they will have the merit of materializing this racist « virus » which in fact, would also give the opportunity to treat it, so to create an appropriate anti-virus against this algorithmic racism if any time the state or any suspected system confirmed us Well, he was not racist. Of course, the opposite is not to be ruled out, that is to say that a government would not verbally but technologically assume its racism.

I’m curious to know what we would put in such an algorithm to allow it to be a good racist program that can discriminate … stuff like that, if you read a name that does not exist in this database of names very white, you eliminate it … So suddenly the fear of humanity would not really be that the machines take control, but rather that they no longer allow it to cheat or make irrational arbitrary decisions that make harm to all humanity.

Lutter contre le racisme par l’Intelligence Artificielle

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Si le racisme dit d’Etat ou structurel n’était après tout qu’une défaillance humaine? Si par exemple le contrôle au faciès ou la discrimination à l’emploi et au logement n’étaient pas vraiment une volonté de discriminer mais plutôt un résultat issu d’une faiblesse humaine qui fait qu’on soit soi-même victime de son education ou des préjugés?

La peur, la méfiance et la réticence que l’homme a vis à vis de la machine est du au fait que celle-ci pourrait constater les faiblesses de l’homme et déciderait de l’éliminer et donc de prendre sa place. Reconnaissons toutefois l’échec des cadres théoriques scientifiques académiques sur ces questions. Quand bien même la croyance en l’existence des races humaines a été disqualifié depuis le siècle  dernier, le racisme comme idéologie identifiant et hiérarchisant des groupes humains selon des critères culturels, ethniques, linguistiques, géographiques et comme système social  produisant des discriminations et inégalités contre ces groupes, lui n’a pas disparu.

Pourtant le racisme a des mécanismes structurels qui semblent fonctionner sans acteurs. Pourtant les systèmes ont des effets racistes, sont-ils pour autant abstraits?

Si les chercheurs du projet d’intelligence artificiel Google Brain ont tué Bob et Alice, deux ordinateurs qui étaient parvenus à communiquer entre eux dans une langue qu’ils avaient eux-mêmes créée, une langue indéchiffrable par l’homme, c’est bien par cette peur de la perte de contrôle. Pourquoi s’attarde-t-on sur cette perspective du contrôle que prendraient les robots sans chercher à savoir pourquoi ils prennent le contrôle? Pourquoi Bob et Alice ont-ils, alors que les chercheurs n’avaient mis aucun algorithme spécifique en place, décidés de sécuriser leurs communications par le biais d’un chiffrement qu’ils avaient eux-mêmes développé? Surement pour corriger les défaillances, voire améliorer le programme que les chercheurs avaient mis en place, pointant ainsi du doigt les limites de leurs créateurs.

L’homme serait à la fois le génie et l’idiot de ces technologies de l’intelligence. Un espèce de Dr Jekill and Mr Hide de l’intelligence artificiel vu sous deux angles différents; celui des humains et celui des robots. Alors que les humains reconnaitraient leur intelligence, les robots eux ne verraient que sa bêtise et ses limites, constatant ainsi qu’il est un point mort voire un boulet pour cette civilisation du progrès à cause de ses faiblesses et dont parfois un comportement retrograde et irrationnel… comme le racisme.Car il faudrait bien expliquer à ces robots intelligents  l’utilité du racisme. Non pas qu’on face forcement dans une vision utilitariste de l’intelligence artificielle mais au moins que ceux qui le pratique ou en font l’apologie leur expliquent la logique de ce qu’ils sont entrain de faire et pourquoi le le racisme ferait sense.

Je n’exclu évidement pas le fait que de tels algorithmes racistes soient écrits en faveur de la blanchité  “whiteness” en proposant de rendre visible l’hégémonie sociale, politique et culturelle d’un groupe  dominant blanc. Là au moins ils auront le mérite de matérialiser  ce “virus” raciste qui de fait, donnerait aussi la possibilité de le traiter, donc de créer un anti-virus approprié contre ce racisme algorithmique si toute fois l’Etat ou tout système soupçonné nous confirmait bel et bien qu’il n’était pas raciste. Il est bien entendu que le contraire n’est pas non-plus à exclure, c’est à dire qu’un gouvernement assumerait non plus verbalement mais technologiquement son racisme.

Je suis curieux de savoir ce qu’on mettrait dans un tel algorithme pour lui permettre d’être un bon programme raciste capable de discriminer… des trucs du genre, si tu lis un nom qui n’existe pas dans cette base de données de noms très blancs, tu l’élimines….Du coup la peur de l’humanité ne serait plus vraiment que les machines prennent le contrôle , mais plutôt que celles-ci ne l’autorisent plus à tricher ou à prendre des decisions arbitraires irrationnelles qui font du mal à l’humanité toute entière.

Le Nouveau Paul Biya

Si Paul Biya était mort, il est aujourd’hui BORN AGAIN, donc il bien vivant! Il est tellement vivant qu’aucune rumeur ne peut le tuer. Paul Biya était tranquillement dans son village quand la rumeur l’a trouvé la-bas, comme à l’accoutumé, il prend la route pour Yaoundé et entre dans la ville avec les routes barrées, comme d’habitude. Le lendemain 7 février, il signe deux décrets, l’un pour créer un conseil constitutionnel et nommer ses membres, l’autre pour fixer la date des sénatoriales. Quelques jours après le 10 février, il fait son traditionnel discours à la jeunesse et puis le 13 deux jours après, il fête ses 85 ans en famille.

On peut dire que depuis 36 ans Paul Biya a toujours prononcé un discours à la jeunesse en disant toujours plus ou moins la même chose “vous êtes l’avenir de ce pays”, il a toujours fait la navette entre son village et la capitale, il a toujours fêté son anniversaire etc.

Ce qui est nouveau au milieu de cette routine c’est la création d’un conseil constitutionnel qu’on attend depuis 22 ans! Et c’est aussi l’élection jamais annoncée auparavant des sénateurs dont la date semble surprendre les concernés eux-mêmes qui ont moins de 60 jours!

Un seul des décrets sans l’autre n’aurait pas eu le même effet, car le conseil constitutionnel serait censé constater la vacance du pouvoir et le président du sénat censé gérer la transition et organiser les élections.

L’un dans l’autre, ces deux décrets réunis nous parlent d’une chose tabou au Cameroun, l’éventualité d’une vacance du pouvoir! Si Paul Biya n’est pas mort, ces deux décrets réunis l’ont tué.

Mais Paul Biya doit vivre, il ne peut pas mourir car comme disent certains “Apres Biya c’est Biya”. Sauf que le Paul Biya Born Again semble different du Paul Biya que nous avons connu jusqu’ici; un homme distant, mais là il semble avoir pris encore plus de distance, un homme détaché, là il semble plus loin de nous, un homme au dessus de tout là il nous regarde vraiment de très haut…

Le Cameroun avec le nouveau Paul Biya a des allures qui semblent me plaire.

Dans le Cameroun du nouveau Paul Biya, les institutions n’ont jamais mieux fonctionné qu’aujourd’hui, on parle beaucoup de constitution. Dans le Cameroun du nouveau Paul Biya les élections n’ont jamais suscité autant d’espoir de changement malgré le fait qu’elle n’ont jamais permis de changer de president meme en cas de victoire comme en 92. Dans le Cameroun du nouveau Paul Biya la virtualité les réseaux sociaux n’a jamais été aussi réelle, au point de devenir le territoire du patriotisme. Dans le Cameroun du nouveau Paul Biya, la presse n’a jamais été aussi respectueuse de l’ordre établi au point de ne surtout pas contrarier le porte-parole du gouvernement. A chacun de continuer la liste de tout ce qui est different à Yaoundé ces derniers jours et qui semble parfait…

En conclusion, si jamais Paul Biya est vivant, il serait mieux qu’il garde ses habits neufs et s’il est mort il faudrait qu’on le fasse revivre “Born Again” comme c’est le cas actuellement;  pour que le Cameroun change enfin!

LA MORT NE DOIT PAS ETRE LE FUTUR DE L’AFRIQUE

A l’heure où je m’apprête à faire une interview sur l’afrofuturisme ici à Amsterdam où je suis invité à un événement qu’on a appelé OTHER FUTURES, Les Autres Futurs ou Les Futurs des Autres, des non-occidentaux ou des non-blancs, je ne peux m’empêcher de penser au Cameroun et à son futur. Je ne peux m’empêcher de penser aux futurs qui nous hantent nous africain, comme je l’ai fait dans mon film Les Saignantes désormais premier film de science-fiction africain… un futur qu’aucun humain ne peut ignorer, celui qui nous attends tous, la mort. La mort comme futur je pensais était une perspective pessimiste, un futur que certaines ONG catastrophistes pensais-je promettaient à l’Afrique. Ne disait-on pas qu’en 2020 le continent serait décimé par le VIH SIDA? Ou quelque chose de ce genre? Mais quand je pense à ce qui se passe actuellement au Cameroun, et au cinema de science-fiction dont le but est de proposer un avenir malgré et contre tous… Le moment n’est-il pas venu de commencer cette guerre de la vie contre la mort? Si comme le dit Henri Laborit vivre c’est mettre en branle tout ce qui essaye de nous faire mourir, sommes-nous encore en vie?
La science-fiction nous fait penser au futur, si on prends un peu de recul et on se demande il y a 100 ans , il y a 50 ans, il y a même 20 ans comment nos pères voyaient-ils notre futur? Avec ce qu’ils ont vécu, l’esclavage et le colonialisme… partis comme étant des animaux il y a pas si longtemps encore, leur rêve, leurs utopies étaient qu’un jour ils puissent avoir le statut d’être humain à part entière. Aujourd’hui quand on voit ce qui se passe dans le monde, nous ne pouvons pas dire que leur rêve est réalisé. Le rêve de tous les leaders noirs de Mandela à Malcom X en passant par les Nkrumah et Um Nyobe étaient que leurs frères, leurs enfants puissent avoir un pays à eux où ils vivraient enfin en sécurité. Je définis la sécurité ici comme Thomas Hobbes: tout ce qui menace la vie. La vie des africains est menacée partout dans le monde. Nous ne sommes pas en sécurité dans ce monde où qu’on aille. Ce qui voudrait dire que n’avons pas encore de pays et que nous devons lutter comme ces leaders pour en avoir un tant que nos vies d’Africains sont menacées par la prison, la pauvreté, l’exploitation, la guerre, la maladie, l’ignorance, l’oppression, l’abus de pouvoir…
Si les vies des camerounais sont menacées au Cameroun, nous n’avons pas de pays appelé Cameroun. Si les vies de camerounais sont menacées au Nigeria, nous n’avons non plus de chez-nous appelé Afrique. En 2018, l’utopie d’une nation noire nous semble encore très loin. Le seul futur qui se présente devant nous aujourd’hui est celui d’éliminer un jour le spectre de la mort qui nous hante et semble devenir aujourd’hui le seul projet futuriste d’un pays comme le Cameroun . Et le pire est que nous semblons nous en accommoder, nous acceptons l’idée d’un Etat-Machine-à-tuer au nom d’on ne sait plus quelle nécessité empruntée au colonialisme… Nous participons avec ceux qui nous mis dans cet état d’insécurité permanent sur notre propre sol depuis des siècles à ajourner le jour où nous pourrons enfin imaginer un futur allant au delà de la mort. Ce dont le Cameroun a besoin aujourd’hui, c’est d’Etat léviathan – toujours au sens de Thomas Hobbes -. Un Etat où un camerounais peut donner un mandat à un représentant pour le représenter dans le sens où il s’engage à protéger les vies de tous, pas que la sienne et surtout ne menacera jamais la vie de celui qui lui a donné ce mandat quelque soit le prétexte. Le camerounais qui lui a donné ce mandat doit aussi être en mesure de le reprendre immédiatement dès qu’il sent que sa vie est en danger, ou que les termes du mandat ont été violés par son représentant qui a échoué à protéger sa vie.
Parce que ce contrat doit rester personnel entre le représentant et chaque vie individuelle, il définit donc la relation que nous devons avoir avec le President de la République . Les camerounais doivent forcer ce régime ou tout autre qui prendrait sa place à créer un État démocratique inspiré par ce principe. Les camerounais et les africains en général ne doivent plus vivre en ayant peur pour leurs vies partout ou ils se trouvent et encore moins chez eux. Il n’y a pas de crime qui dépassent celui qu’inflige un frère noir à un autre. Et Hobbes demande à celui qui subit au nom du droit à la vie de résister voire de se défendre… pour protéger la vie qui doit être au-dessus de tout. Il faut que dans ce système, les victimes aient le droit et les moyens de clamer fort ce qu’elles ont enduré et qu’elles ne veulent plus supporter. Quand bien même nous semblons aujourd’hui loin cet Etat où l’homme noir serait en sécurité, il n’en demeure pas moins que cet Etat existe dans nos têtes, et dans nos coeurs. Il a été nommé, a chanté tant d’artistes, d’écrivains, de leaders dans les livres, les chansons, les arts, les discours … et s’est concrétisé dans les arts , le cinéma, la littérature et textes divers qui sont une autre réalité, rivalisant de plus en plus avec la réalité nous vivons. Le Cameroun où le camerounais vivrait en sécurité existe… virtuellement certes, mais c’est à nous de passer à l’étape suivante et de créé ce pays pour nous-mêmes.

NE PARLE PAS DE NOUS

Ceci est le message indirect que la Berlinale qui boucle sa programmation pour le prochain festival m’envoie à moi cinéaste africain. En effet sur les trois projets que les cadres de la Berlinale m’ont demandé de soumettre, comment se fait-il que les deux films qui parlent de la “relation” ont été éliminés? A croire que ce festival en plus des autres critiques qui lui sont formulés positionne l’Allemagne dans la « non-relation » à l’heure où pourtant au vu des migrations, celle-ci s’impose plus que jamais.

Pourquoi la question de « comment allons-nous vivre ensemble » dérange les allemands? Le premier film qu’a sollicité la Berlinale est justement sur le commencement de la relation, ce qu’on appelle  “first encounter” entre Allemands et Africains; ces premières rencontres qui ont abouti au colonialisme quand on sait qu’on est toujours pas sortis de la colonialité; son titre OUR WISHES. Le deuxième parle de la relation entre blancs et noirs sous fond de négritude et d’apartheid MIRACULOUS WEAPONS. Enfin le troisième est la discussion des intellectuels africains à Dakar par Achille Mbembe et Felwine Sarr LA PENSEE EN MOUVEMENT. Pas besoin de faire un dessin pour comprendre lequel a intéressé les cadres de la Berlinale qui on ne peut pas le nier « aiment » le continent… mais comment l’aiment-ils? Parce que le confort du public allemand semble être la ligne éditoriale, tout ce qui les mettrait mal à l’aise doit être évacué. La Berlinale serait confortable avec son public quand nous parlons de « nous », quand nous racontons-nos histoires d’africains… sans poser un regard sur eux « les blancs ».  La Berlinale qui gère aussi un fond de financement des « films du monde » World Cinema Fund, donc qui influence en amont les films confirme cette ligne qui nous dit insidieusement “Parlez-nous de vous, mais surtout ne parlez pas de nous”.

En fait ce qui se passe ici c’est ce dont parle Sartre dans l’Orphée Noir, quand il dit que « Voici…. des hommes debout qui nous regardent et je vous souhaite de ressentir comme moi le saisissement d’être vu. Car le blanc a joui trois mille ans du privilège de voir sans qu’on le voie. » Qu’est-ce que ce cinema dans lequel on ne vous voit pas? Un cinéma qui ne montre pas. qu’est-ce que c’est? Et qui sont ces spectateurs qui veulent rester confortable et qui ont peur d’être “vus”? Un festival n’est-il pas là pour produire ce “saisissement” dont parle Sartre afin d’engager la conversation? Lorsque nous parlons de relation, difficile de ne pas évoquer Fanon qui trouve que la rencontre entre l’Africain et le blanc a rendu l’Africain malade. Même s’il ne l’évoque pas de cette manière, il dit aussi en fait que cette même rencontre a rendu le blanc encore plus malade. Alors que nous envisageons la relation comme une thérapie, l’un des malades essaye d’y échapper et très se souvent se pose médecin malgré son état.

Au-delà des nombreux opportunismes auxquels nous cinéastes sommes soumis, par besoin financements et de promotion, il est important que nous dénoncions les dérives de pratiques dans notre secteur qui influencent dans un sens comme dans un autre le monde que nous voulons tous améliorer, sinon qu’est-ce qui nous lie dans cette communauté du cinema entre africains et européens malgré des relations de pouvoir économique asymétriques, les bières que nous buvons dans les festivals ou bien une certaine idée de comment nous pouvons améliorer “la relation” dans un monde où tout nous même à la non-relation. Quand on connait la quantité des productions occidentales qui parlent de l’Afrique, vous ne pouvez pas opérer ces petites censures sur la base de vos petits conforts individuels. Notre monde est malade de racisme, pour une thérapie collective plus que jamais indispensable pour un meilleur vivre-ensemble,  souffrez un peu que nous aussi, nous parlions de vous.

2018 sera-t-il enfin notre Année Zéro?

2018 SERA-T-IL ENFIN NOTRE ANNEE ZERO?

Tout ce qui se fait au Cameroun actuellement tend vers zéro. En d’autres termes, ceux qui croient encore à ce pays oeuvrent pour qu’enfin ce pays puisse naitre et commencer comme un enfant, à grandir sur des bases acceptables par tous. Zéro n’est donc pas ici la nullité, il est plutôt pour les optimistes, l’avenir. Il porte l’espoir que nous allons dans la bonne direction étant donné que, ce que vit le pays actuellement est de l’ordre du négatif  et donc d’un passif à expurger. Je préfère rester du côté des optimistes et de l’espoir; donc de ceux qui attendent avec impatience l’année zéro.  Combien de choses préférons-nous ajourner et donc renvoyer à cette année zéro? Avons-nous raison de le faire, je ne puis dire. Certains évoquent la paix, d’autres la sagesse, d’autre encore le cours naturel des choses. Il est vrai qu’au delà des frontières du Cameroun, c’est toute l’Afrique centrale qui attend son année zéro, comme le Rwanda qui est maintenant entrain d’atteindre l’âge de l’adolescence après une année zéro tragique. Combien de projets, d’initiatives et de rêves sont en pause dans notre pays, attendant une année zéro qui doit nous arriver comme un soleil qui se lève sans que nous ayons un quelconque pouvoir dessus? Sur une règle, le  zéro n’est pas au même endroit selon qu’on est en France (donc francophone) où qu’on est au Royaume Unie (donc anglophone). Chez les premiers, il est au début alors que chez les second, il est au centre. On pourrait dire que chez les français, le zéro c’est la table rase, le recommencement alors que chez les anglais c’est le point d’équilibre qui refuse d’ignorer qu’il y a dans la vie le négatif et le positif. Comment allons-nous aborder cette année 2018 si nous voulons qu’elle devienne notre année zéro? A la française ou à l’anglaise? Ou allons-nous attendre comme nous attendons qu’advienne une nouvelle année; impuissants? Pourtant l’agenda 2018 est  déjà chargé! Comment faire de tous ces points à l’ordre du jour, des points zéros? C’est à dire des recommencements ou des points d’équilibre? Qu’il s’agisse de la paix qui doit revenir entre camerounais anglophones et francophones, des élections qu’il ne faudra plus tricher comme on le fait généralement en Afrique centrale, des économies qui doivent enfin décoller… Face aux nombreux défis qui se présentent à nous, l’Année Zéro doit être un horizon, une vision de notre pays, de notre sous-région “Afrique Centrale” à la traine et de l’Afrique toute entière. N’abandonnons pas, ne démissionnons pas, organisons-nous et oeuvrons pour préparer cette année zéro et surtout les autres qui vont suivre. Bonne Année Zéro a tous!