3,8 milliards = 0,08% pour la culture!

Je ne sais pas si je suis le seul à être choqué par ce chiffre 3,8 milliards. Le budget de l’année 2017 du Cameroun est de 4373,6 milliards et nous artistes n’aurons droit qu’à 3,8 milliards, soit 0,08%! Chers amis artistes, pensez-vous que nous ne représentons que 0,08% de l’activité de ce pays?
Messieurs Biya, Cavaye, Yang, Mey, Mouelle et vous tous qui avez pris cette décision, sur 4 373,8 milliards de FCFA tout ce que vous avez trouvé que nous artistes méritons c’est 3,8 milliards? Quand on dit Arts et Culture, ce n’est pas de quelqu’un d’autre dont il s’agit, c’est de NOUS! La culture c’est NOUS. Ce qui voudrait dire ce que nous nous donnons à NOUS, pour être nous-memes, c’est 0,08%. C’est à dire quasiment rien…
Ce qui voudrait dire que notre projet national traduit en chiffre est d’être tout sauf nous-memes.
En 2017 nous allons donc mettre 111 milliards pour produire beaucoup de café et de cacao pour que les belges, les français, les italiens, les allemands… puissent boire du bon café et du bon chocolat… Et rembourser les dettes contractées à l’étranger … En 2017 nous allons mettre 151 millards pour mieux jouer au football et que nos meilleurs joueurs puissent aller servir les plus grands clubs du monde… En 2017, nous allons acheter beaucoup beaucoup béton de Lafarges (Cimencam) dans les 318,6 milliards de l’éducation et les 208,2 milliards de la santé… pour construire. En 2017, nous allons dépenser 238 milliards pour lutter contre Boko Haram et pour taper sur les camerounais qui vont crier leurs problèmes dans la rue, on va donc leur apprendre à souffrir en silence avec tous ces milliards!
Qu’est-ce qui n’est pas culturel? Et lequel de tous ces ministères peut-il vraiment se passer de la culture? La culture ce n’est pas les groupes de danse traditionnelle qu’on envoie à l’aéroport accueillir le président, comme à l’époque coloniale! Combien de bonnes infrastructures actuelles sont en ruine chez nous faute d’une contextualisation culturelle?
Au commencement il y a la culture, et quand tout est fini il n’y a que la culture qui reste, c’est à dire  NOUS. Ce que nous sommes, de ce que nous avons été et de ce que nous deviendrons. La culture est en mesure de transformer les 3,8 milliards en 3800 millards! Comme L’Amérique et son Coca Cola sans parler de son Hollywood. Avant de faire quoi que ce soit, la culture nous impose de nous poser la question de QUI SOMMES NOUS?
Quelle honte pour nous de nous retrouver entrain de nous quereller sur un problème anglophone-francophone, qui après tout n’est qu’un problème culturel, la culture des « autres » quand nous savons que nous avons plus de 200 langues, que nous avons même une écriture (celle de Njoya). Pourquoi sommes-nous si incapable d’investir les 4373, 6 milliards de FCFA sur autre chose que ce que le colon a tracé pour nous? Comme cette émergence qui dans de nombreux pays se traduit en très peu de riches et beaucoup de pauvres!
Pouvons-nous avec ce gouvernement sortir de cet esprit car c’est de l’esprit dont il s’agit, sortir l’esprit du colonisé? Pourquoi nos jeunes n’ont-ils pas droit en ce début d’année 2017 au rêve ? Le rêve après toutes ces années d’aliénation culturelle, d’être enfin eux-mêmes? Un rêve leur permettant d’aller à l’assaut de leur pays et du monde? Pourquoi doivent-ils continuer à déprimer pour une année encore avec ces crises à répétitions  dont la gestion encore plus déprimante d’un autre age ne semble pas produire ce sursaut culturel qui voudrait que le Cameroun devienne enfin cette « République Culturelle » dont je reve? A moins que tous ces acteurs aient déjà tous démissionné attendant tout simplement le souffle neuf du prochain régime à qui ils préfèrent déjà laisser tout ce potentiel culturel!
 

Chers Mme Lagarde et M. Sapin

Maintenant que votre institution le FMI et votre pays, la France viennent de signer avec des dirigeants de la CEMAC dont certains ont perdu les élections dans leur pays; des dirigeants qui ne seraient  donc pas légitimes pour nous représenter,
nous les peuples de cette Afrique Centrale à qui vous prêterez de l’argent pour faire face à une crise économique dont ces mêmes dirigeants sont en partie responsable; l’un d’eux  était encore poursuivi par vos tribunaux il y a quelques semaines encore pour biens mal acquis,
il serait décents Mme Lagarde et M. Sapin, que vous appreniez à avoir un peu de consideration pour les peuples africains à qui vos institutions  ont accordé très peu de valeur jusqu’ici.  L’une lors du premier ajustement structurel – PAS1.0 – L’autre dans ces rapports dits de la franceafrique qui perdurent quelque soit le regime et dont la perversité et les effets négatifs sur nos peuples de cette Afrique centrale si riche mais si pauvre, qui reste à la traine du continent à cause de votre pays, la France.

La décence aurait été d’abord de trouver une manière de communiquer directement avec les peuples d’Afrique centrale (partis d’opposition, société civile etc.) tout au long de cette négociation et non de se réfugier derriere la langue de bois de ces regimes dits Républicains qui estiment qu’ils  n’ont aucun devoir d’information et encore moins de compte à rendre à leurs peuples. Parce que ce sont les peuples d’Afrique Centrale qui vont payer ce montant d’une dette dont on ignore tout; le montant, les conditions etc. Des peuples qui ne sont jamais consultés, des peuples qui ont deja tout sacrifié et à qui on demandera encore des sacrifices, les peuples d’Afrique Centrale auraient du être cosignataires de cet accord.

Vous comprenez malheureusement Mme Lagarde et M. Sapin que nous ne pouvons qu’être en droit de penser sans exagération que votre démarche lors de ce que nous pouvons appeler le PAS2.0 malgré les belles phrases  soit d’ordre à anéantir encore davantage les peuples africains sous le regard silencieux de tout le monde occidental complice… au nom du capitalisme.

Bande d’Incapables

Et si la crise économique de la CEMAC à l’origine de cette reunion qui remets nos pays dans les bras du FMI pour un ajustement structurel n’était qu’une affaire d’incapacité?

Ces chefs d’Etats présents à Yaounde ce 23 décembre qui se sont bel et bien résignés à l’idée qu’ils ne sont pas à mesure de résoudre les problèmes qui se posent à nous, se sont-ils posés une seule fois la question de leur approche de résolution de problèmes? En tout cas, je n’ai jamais senti qu’on a  jamais donné aux citoyens une approche compréhensible et clairement lisible par tous pour sortir de nos problèmes. Saufs des slogans dans les discours où on répète tous des termes du genre “ajustement structurel”, “emergence”, “point d’achèvement”, etc. pensant que cette propagande verbale va fournir à chacun depuis la base jusqu’au sommet, des outils d’action collective de resolution des problèmes qui se posent à nous tous.

Non contents d’être eux incapables, ils nous transforment tous en incapables car le système opèrent à une destruction systématique des  « capacités » au point de plonger nos pays dans un état d’ “incapacitation généralisée” ! Quand je parle de cette société d’incapacitation qui règne, gouvernée par des incapables qui généralisent le « laisser-faire », le «  laisser-passer » qui détruit les savoirs sous toutes les formes et en particulier le savoir-vivre. En installant ainsi le « je-m’en-foutisme » généralisé c’est avant tout une question de mœurs qui conduit à l’aliénation par la consommation addictive des biens ou « commodités », c’est à dire par la généralisation de l’incurie et qui est devenu mentalement mentalement toxique au point que nous vivons dans une société où personne n’est rien et tout le monde est tout!

L’émergence de toute entreprise chez-nous doit donc faire face à ce contexte d’incapacité généralisé: l’incapacité économique, l’incapacité politique, l’incapacité de visibilité, l’incapacité technologique et même l’ incapacité de langage car il y a même l’incapacité à s’exprimer. On parle pour ne rien dire car tout est organisé pour ne surtout rien exprimer. Il y a l’incapacité du langage, le langage utilisé ne dit pas ce qui se passe réellement. Et au quotidien, les camerounais par exemple ne disent pas ce qu’ils pensent et ne pensent pas ce qu’ils disent. Sans compter le Black-out sur l’histoire du pays qui n’est toujours pas racontée.

Il y a l’incapacité à consommer. Parce que les salaires  et les prix ne correspondent à aucune réalité économique, on utilise l’Etat pour consommer. Il y a aussi l’incapacité politique. C’est à dire qu’on ne peut faire de la politique qu’autour du fauteuil du Président de la République. Toutes les politiques à mettre en place ne peuvent être que le bon vouloir le chef de l’Etat qui devrait entre en mesure d’en tirer tous les benefices que lui ou son entourage estime qu’il en aurait besoin. Il y a l’incapacité à connaître. La vérité n’a pas de tribune. Donc la connaissance non plus.

Oublions un instant des concepts dits “panafricanistes” et restons loin de vouloir résoudre les problèmes qui sont d’un tout autre ordre, problèmes de dignité, de fierté, d’héroïsme etc… du peuple africain, il s’agit d’avoir une approche quasi « radiologique » voire diagnostique de notre activité si nous voulons affronter cette question d’incapacité.

Quelle est la réalité de ces concepts qui nous viennent d’en haut? Du ciel? Alors que nous nous vivons sur terre avec ses réalités et que le fossé qui sépare ce ciel et notre terre nous semble de plus en plus immense?

S’il y a bien quelqu’un à blamer pour cette incapacité généralisée qui nous gagne, c’est avant tout nous-mêmes. Nous pensons naïvement qu’il y a un lien entre nos bonnes intentions du haut et l’aboutissement de notre ideal en bas. Nous ne nous rendons pas toujours compte que très souvent ce que nous faisons, quand bien même nous le faisons avec toutes les bonnes intentions ou par amour du prochain, nous le faisons très souvent sous l’emprise de l’idéologie. Souvenons nous que le communisme, comme le christianisme à une l’époque de l’Inquisition ont été criminels par amour de l’humanité. Il est donc impératif de savoir avant tout d’où viennent les idées? D’où vient l’émergence? D’où vient le plan d’ajustement structurel? D’où vient le point d’achèvement?  Au nom desquelles nous décidons d’agir, en quoi ces idées que nous prenons pour des vérités ont une veritable capacité de transformer notre quotidien d’africains?

Sortir de la Francophonie

Le véritable message de nos frères anglophones est que nous ne pouvons continuer à fonctionner avec un pays bâti sur des fausses bases. Voici un pays, où on nous a fait croire qu’on pouvait à la fois servir le colonisateur et son peuple. Le Cameroun dans ses institutions et sa politique actuelle a été mis en place par une France victorieuse d’une guerre contre les nationalistes. Le pire est que nous camerounais l’avons accepté et érigé ce grand écart en modèle.

Les revendications actuelles sans le dire sont un appel à tous les camerounais francophones et anglophones à enfin faire face à leur histoire; une histoire d’un peuple ayant perdu sa lutte de libération nationale avec des héros remarquables, mais un peuple qui a perdu quand même et qui a développé une « psyché » de perdant avec tout ce que cela comporte. Ecoutons-nous francophone parler des anglophones. Nous avons le même language que celui des colons français alors que les camerounais les combattaient dans le maquis. Est-ce un hasard? Nous avons étés contaminés par les méthodes de l’oppresseur et sommes devenus oppresseurs de notre propre peuple. Quand je dis nous ici, il s’agit de ce camerounais que nous sommes tous devenus, ce camerounais qui n’a pas combattu le colon mais jouit des privileges de l’indépendance, ce camerounais qui ne s’est jamais intéressé à cette histoire… Est-ce parce que nous sommes du mauvais côté de l’histoire?

La preuve est que une fois rattrapés comme nous le sommes actuellement, nous commençons d’abord par être dans le déni, « il n’y a pas de problème anglophone » puis ensuite nous pataugeons sur des faits et dates qui devraient pourtant être dans nos livres d’histoire.

Ce qui est vraiment bizarre, c’est notre manière d’être sur la défensive et la manière dont nous nous braquons avec beaucoup de violence contre nos frères anglophones qui heureusement pour nous n’ont pas subi cette « guerre psychologique anti-revolutionnaire » française inventée uniquement pour nous camerounais. Elle avait pour ambition de nous affecter à très long terme et j’ai l’impression que ses effets sont toujours à l’oeuvre aujourd’hui.

Les anglophones nous montrent la lune et nous francophones idiots, nous regardons le doigt. Ils sont dans une certaine mesure notre dernière chance de sortir définitivement des bricolages institutionnels qui n’avaient pour but que de permettre à la France de tirer son epingle du jeu dans la machine néo-coloniale qu’elle mettait soigneusement en place avec ceux qui ne l’avaient pas combattus.

Comme cette histoire du pétrole de Limbe qu’il fallait commencer à exploiter en 1972 après les nationalisations de 1971 en Algérie et qui nous aurait valu la reunification et donc notre fête nationale du 20 mai 1972… (lu dans le livre Kamerun) Si c’est le cas, le projet de francophonisation et était bel bien un projet de l’ex-puissance coloniale, alors pourquoi le défendons-nous aujourd’hui? Ensuite il était avant tout un projet économique d’exploitation des richesses de tout le Cameroun – libre et indépendant! – appartenant à tous les camerounais, anglophones et francophones!

Pourtant la perspective d’une sortie de la francophonie serait avant tout une sortie du colonialisme français non expurgé au Cameroun; elle mettrait un point final à tous ces pactes signés qui plombent encore aujourd’hui nos pays francophones qui tardent à se developper économiquement. Mais tout cela dépendra de la capacité de l’élite dirigeante francophone à s’émanciper non seulement du projet colonial dont ils sont aujourd’hui devenus les promoteurs mais aussi d’en finir avec la duplicité qui consiste à usurper l’étiquette de « nationaliste » sans jamais poser aucun acte patriotique… à commencer simplement par celui de raconter l’histoire des véritables héros.

La Politique de la Plantation Nationale

Comment en est-on arrive à voir un anglophone comme on verrait un Peulh, un Beti, un Bamiléké ou un Bafia? Une seule réponse: le modèle politique de gestion. Pourquoi cette tribalisation de l’appartenance à une ère linguistique? Quel est ce modele politique de cohésion nationale dont nous dit-on, le monde entier nous envie? La politique du gâteau national ou plutôt la politique de la table? La politique de celui qui a le pouvoir d’inviter à la mangeoire qui il veut et quand il veut. La politique chez nous se résume donc à manoeuvrer pour être invité, pour garder sa chaise ou pour enlever quelqu’un de la table. C’est cette politique de la table qui donne l’illusion d’une unité nationale alors qu’elle sème dans chaque famille, chaque région, chaque ethnie des guerres fratricides qui empêchent tout développement, car elle est avant tout la politique des coups bas contre les siens. Puisqu’on est invité à la mangeoire selon sa region d’origine.
Pour beaucoup de camerounais, la présence des anglophones à des postes obéirait donc au même principe de représentation ethnique autour du gâteau national. Etant donné que l’histoire ici est comme le bois mort qu’on va chercher en ne ramenant que les morceaux qui nous plaisent, personne ici n’a plus de lisibilité sur le comment du pourquoi les deux Camerouns en sont arrivés là. Pourquoi alors continuer avec cette politique dite de la table, de la chaise, de la mangeoire ou du gâteau? Tout simplement parce qu’elle permet à celui qui gère la mangeoire de se maintenir car les appétits des petits privilèges individuels mis en place par le fameux article 2 pour acheter l’élite sont très grands. Une élite qui a deja depuis longtemps sacrifié le projet collectif qu’est la constitution d’un Etat commun à qui pourtant elle doit tout.
N’y aurait-il pas d’autres modèles pour remplacer celui-ci? J’imagine bien qu’on puisse remplacer le “gâteau national” par la “plantation nationale”, « l’atelier national », « l’usine nationale »… La politique de la plantation nationale consisterait à transformer le pays non plus en gâteau mais plutôt en plantation. Une plantation à laquelle on inviterait tout le monde et surtout tous ceux qui ont des bras pour travailler; une plantation qui permettrait ainsi augmenter la production afin qu’il y aie à manger pour tous! Et non plus seulement pour les élites de telle ou telle region dans l’espoir qu’ils partagent avec les leurs; ce qui ne se produit jamais dans les faits! La politique de la plantation nationale parce que le drame avec le gâteau, c’est qu’il finit toujours par finir.

Le blanc doit accepter de se soigner

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– Appel à la deuxième rencontre –

Apres avoir regardé de près les dysfonctionnement de la société africaine à partir du postulat de Fanon, il est important aussi d’aborder toujours sur la base des theories de Lakoff  la question de la reentrée du coté européen. En effet, la première rencontre a été un véritable désastre avec le prix que les noirs ont du payer et payent encore. Comme Fanon le dit si bien, cette rencontre a rendu le noir malade et son identité a été aliénée à jamais. Par contre ce qui ne se dit pas assez, c’est que cette rencontre a tout aussi bien rendu le blanc malade.

Comment cette maladie pourrait-elle être décrite? Si on se réfère à Kwame Anthony Appiah, qui parle de ces partis politique de droite; les Républicains aux Etats-Unis et les partis d’extrême-droite en Europe, qui ne sont pas en mesure de proposer du travail à la masse de chômeurs blanc; Appiah estime que  ces derniers leur proposent une chose qui semble très bien marcher comme le démontre le succès de Donald Trump aux élections Américaine: le privilège d’être blanc. Et le problème est que cette masse semble s’en satisfaire. Le privilège d’être blanc ou en encore “la suprématie blanche” comme projet à ce qu’on a appelé le “white trash” serait à mon avis cette maladie issue de la première rencontre entre le blanc et le noir. Ce qui voudrait dire que le blanc traine jusqu’aujourd’hui encore un comportement maladif qui dure depuis des siècles et semble se transmettre.

Quand ce n’est pas ce complexe de supériorité qui l’aveugle, c’est un sentiment de culpabilité surement lié lui aussi à cette même première rencontre. La première encontre avec le noir a aussi créé chez le blanc la peur du noir d’où la stigmatisation du “angry black man/woman” qui aurait de bonnes raisons d’être en colère. La peur d’un noir qui se vengerait du mal qu’il a subi lors de cette première rencontre hante le blanc. Enfin on pourrait aussi décrire la maladie qu’a provoqué cette première rencontre comme une bouderie infantile née du fait que l’émancipation des noirs lui aurait enlevé son “joujou”.

Aujourd’hui, le problème n’est pas tant dans ces symptômes décrits plus haut que dans le refus du blanc d’admettre son état. Notre théorie de la reentrée s’appuie sur les modèle des sciences cognitives et systèmes immunitaires qui nous permettent de voir en quoi la deuxième rencontre serait une forme de thérapie. Mais cette deuxième rencontre est-elle envisageable si le blanc opère une fuite en avant en se réfugiant dans les narratives qui lui permettent de perpétuer sa suprématie. Voila comment il doit inventer toutes ces narratives du développement, du sous-développement, de la coopération, de l’aide, de l’assistance à l’Afrique… pour échapper  à la thérapie. Le blanc malade adore le noir pauvre. Le blanc malade adore aussi le noir enfant. Il lui permet de continuer à exercer ce que la décolonisation lui a interdit et il enveut aux noirs pour ça. Puis, il y a aussi le “nous sommes riches vous êtes pauvres, vous n’avez pas d’autre choix que celui d’écouter ce que nous avons à vous dire… si vous voulez notre argent.” Ainsi dans la relation entre le noir et le blanc la narrative coloniale de suprématie se perpétue grâce à la supposée richesse du blanc et à la supposée misère du noir. Voila comment dans tous ces projets qui impliquent le noir et le blanc, en plus de choisir des noirs dociles, gentils et sans personnalité, le blanc s’appuie sur le fait que c’est son pays “riche” qui paye, donc le noir qui aurait une vision différente n’a rien à dire. Oubliant qu’à partir du moment où on est deux, les deux parties ont à dire. Ici, la supposée richesse de son pays le remets dans cette posture dominatrice antérieure qui rend impossible le traitement. Sauf que la question qui se pose est de savoir comment un malade peut soigner un autre? Le noir et le blanc sont tous les deux malades et le blanc lui tout seul décide qu’il va soigner le noir. Et le noir accepte! Comment va-t-il faire, d’autant plus que le noir qu’il prétends soigner serait aussi son médicament et vice versa – selon la théorie de la ré-entrée? Le noir doit tout faire pour que le blanc qui essaye de s’échapper subisse lui aussi une thérapie. Et cette thérapie, c’est la deuxième rencontre; la ré-entré. Cette reentree qu’on pourrait assimiler à la relation que le corps a avec un virus dans le cadre d’un vaccin. Si on considère ici que le blanc est la maladie et le noir son médicament, la première rencontre aura été celle de la vaccination et la deuxième serait sans celle du bien-être, celle d’un corps en bonne santé grâce à l’effet des anticorps.

Arrêter la machine à imiter

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Il faudrait quand même reconnaitre que certaines de nos souffrances en Afrique pourraient être évitées. Nous souffrons très souvent soit de choses que d’autres ont déjà résolu soit de choses dont nous avions nous mêmes des solutions avant. Je ne parle pas alors de ces génies, cette manne du ciel que nous laissons moisir dans nos rues, des surdoués qui inventent avec rien des choses qui rendraient moins pénible nos vies d’africains.

A quoi cela sert-il de gesticuler, de monter descendre, de “se battre” comme on dit ici, quand on sait que ce que nous faisons n’allège en rien nos souffrances? On peut peut-être les ajourner, “les décaler” mais très souvent, nous en rajoutons. Nous travaillons pour la destruction de notre monde d’Africain qui a commencé avec le colonialisme. Et le monde que l’occident a commencé à construire pour nous avec la colonisation et que nous prétendons developper aujourd’hui nous réduit progressivement dans un espace sans orientation existentielle. Nous avons accepté l’idée qu’un être humain ne peut qu’être soit un mendiant, soit un consommateur, un propriétaire soit rien du tout. En d’autres termes, notre destinée en tant qu’être humain est de moins en moins claire pour nous. De quoi souffrons-nous alors? Car ce n’est qu’en faisant le bon diagnostique que le traitement sera évident. Ce n’est qu’une fois la cause de nos souffrances identifiées que nous pourrons commencer a envisager les pistes d’un bonheur en Afrique! Les pistes de notre bonheur contemporain car je ne pense pas que nous avons toujours souffert comme nous souffrons aujourd’hui.

Allumons la télévision! Regardons la! Nos chaine de télévision sont des outils de diagnostique énormes, des espèces de scanners qui nous permettent de voir  à grande échelle la maladie dont nous souffrons.  Voyez-vous ce que je vois? Je vois partout une seule chose: la mauvaise imitation! Des gens qui parlent faux, qui ont un mauvais goût dans tout, leur manière de s’habiller, de se coiffer, de se tenir… D’abord d’où nous vient cette idée que c’est comme ça qu’il faudrait faire? Et pourquoi acceptons-nous la mauvaise copie? Une espèce de photocopie délavée qui déforme l’original? Un original ne serait-il pas mieux?

Evidement, nous avons une histoire avec la mauvaise imitation, c’était tout le projet colonial; nous faire changer de culture. Faire de nous des sous-français, des sous-anglais etc. On nous a appris à imiter, à parler le français petit genre Y a Bon Banania, puis à parler “mieux le français que le petit français de France!” Puis nous avons eu des “Républiques”, nous avons des constitutions, des élections, des présidents, des ministres, des universités, des professeurs et même des ethnologues… nous avons fait des “Chevaliers de l’ordre de la valeur”… La machine de l’imitation a continué ainsi comme si nous n’avions pas le choix. Pourtant, tout comme le colonialisme avait pour projet de nous faire changer de culture, la décolonisation à contrario aurait du, elle être un projet de retour à nos culture; un peu comme une renaissance ou au moins de réinvention d’une nouvelle culture avec la nouvelle qui nous a été imposée. Le résultat aujourd’hui est que nous sommes des imitateurs, des mauvais imitateurs. Pouvait-il en être autrement? Car cette imitation n’a pas fait de nos pays des France, des Angleterre etc. N’excluons pas l’option où une bonne imitation aurait pu produire des résultats qui dépassent ceux des colonisateurs dans certains secteurs; c’est à dire le cas où l’élève dépasse le maitre! C’est envisageable. Nous sommes donc comme des gens qui sont partis de chez-eux mais qui ne sont jamais arrives à destination. Le “chez-eux” ici, c’est en fait le chez-nous, nos cultures et la destination ce sont les colons et leurs cultures.

La culture de l’imitation, de la mauvaise imitation s’est imposé comme unique alternative pour notre élite… par opportunisme. Par exemple, bien que de nombreux pays reconnaissent le droit coutumier, nous imaginons mal quelqu’un devenir un grand avocat sans être affilié au barreau de Paris!

Au sortir des indépendances, au niveau individuel, ceux qui imitaient étaient ceux qui allaient faire carrière et devenir l’élite aux commandes des nouveaux pays. Les cas de Senghor  et Bokassa bien qu’aux deux antipodes sont emblématiques du programme d’imitation mis en place par les français pour l’élite africaine. Aujourd’hui toute la scène politique africaine francophone ressemble à un grand théâtre où la langue des discours dits politiques n’a rien a voir avec la langue que parle  réellement la personne qui lit le discours, très souvent à des populations qu’il faudrait davantage impressionner par le niveau de son français qu’ils ne comprennent de toutes les façons pas. Bref le projet de cette élite était et reste de perpétuer l’entreprise d’imitation par une performance quasi magique où on doit avant tout voir en eux l’être imité.

Derrière l’imitation, il y a une aspiration à une certaine perfection que représente celui qu’on imite: le blanc! Si encore celui qu’on imite méritait même d’être imité! Après toute cette histoire coloniale et post-coloniale, il est difficile de croire encore que l’imitation nous mène à quelque chose sinon à assujettir les nôtres.

Que nous a apporté l’imitation aujourd’hui? Quand le Gabon, un pays de moins d’un million d’habitants devient le premier pays importateur de champagne français au monde, on comprends très bien que ce n’est pas tant pour son goût que l’élite locale boit du champagne mais plutôt  par imitation de qui on sait. Qu’elle soit un conditionnement ou choix délibéré, on voit bien que l’entreprise de singerie qu’est l’imitation peut rapporter gros. On nous vends un rêve qui nous coûte très cher, nous l’achetons, les autres autour de nous font de même et voila toute une société entrain de ne consommer une chose que parce que quelqu’un d’autre qui est la référence le fait.

Le projet d’imitation et donc d’aliénation que fut l’entreprise coloniale n’a été qu’une manière de mieux nous exploiter. Donc derrière toute cette mise en scène il y a une machine économique: l’exploitation de l’homme par l’homme. L’entreprise capitaliste qui supplante l’entreprise coloniale  quand les deux ne sont pas liés se nourrit de nos choix.

Ce dont nous souffrons donc aujourd’hui c’est avant tout d’un choix. Le choix que nous avons fait au sortir des soit disant indépendances d’être des êtres “bananiers” comme nos Républiques Banania! Quelle différence avec la publicité qui nous fait rêver de choses dont nous n’avons pas besoin et pour lesquels nous travaillons toute notre vie pour les acheter. Quelqu’un disait “nous ne produisons pas de pommes, nous mangerons des mangues” il y a lieu de poursuivre en disant que puisque nous ne pouvons pas nous payer des pommes, nous mourrons de faim étant donné que nous n’avons pas planté des manguiers.

Pour se perpétuer, l’entreprise d’imitation se présente toujours comme l’avenir! C’est elle qui nous donne le sentiment que nous sortons des ténèbres de nos brousses. A chaque fois, on nous propose une nouvelle chose à imiter et nous tombons toujours dans le piège. Pendant ce temps, nos souffrances ne semblent pas s’alléger. Aujourd’hui, on a même déplacé l’objet à imiter du nord vers le sud. En gros on nous dit: “ ok, on a compris, ça fait trop longtemps qu’on vous demande de nous imiter sans résultat, c’est de notre faute. On change, imitez plutôt des gens comme vous, ceux qui on réussi a être un peu comme nous et qui ont aussi été colonisés comme vous. Aspirez à être un pays émergeant en 2035!” Et hop! Nous aussi on s’engouffre dans la brèche et c’est reparti pour un tour!

A quel moment allons-nous faire une pause et dire, il y a un truc qui n’est pas clair dans cette affaire. Depuis que nous vous imitons, nos conditions ne semblent pas s’améliorer, au contraire.… On ne souffrait pas avant autant. Est-ce que ce n’est pas cette imitation qui nous rends malade? Vous même regardez encore nos télévision, regardez cette société d’imitateurs, est-ce qu’elle a l’air saine? Elle nous faire certes sourire et même rire; la preuve que c’est une grande comédie qu’il donc est temps d’arrêter.

Comment guérir alors de cette souffrance, de nos souffrances dont nous comprenons maintenant la cause? En arrêtant d’imiter bien sûr! En décidant donc de guérir. Guérir ici c’est commencer par être soi et être soi ici est avant tout une entreprise économique. C’est bien le champagne français que boivent les gabonais et non du vin de palme de chez-eux! Si l’imitation rapporte à d’autres et pas à nous, nous devons donc sortir de cette Matrix qui nous désoriente et nous frustre en tant qu’individu tant sur le plan historique que sur les plans politique et économique. Nous ne pouvons bâtir notre bonheur sur l’idée principale d’être quelqu’un d’autre! On ne saurait non plus nous présenter ce choix comme le seul choix possible car nos sociétés heureusement gardent un écho de leurs modèles pré-coloniaux pouvant leur permettre de sortir de cette Matrix qu’on veut leur faire croire est le seul choix possible.

La narrative du seul choix possible depuis l’effondrement du bloc communiste est avant tout une narrative qui nous fait croire que le capitalisme libéral mondialisé avec ses inégalités est la seule Matrix dans laquelle nous devons chacun d’entre-nous trouver notre rôle d’être humain.

Tous ceux qui se penchent sur le chevet de l’Afrique malade ne parlent que d’argent comme remède. Et nous aussi qui cherchons à alléger nos souffrances ne pensons qu’à l’argent comme  unique solution. Et si c’était alors l’argent lui-même qui nous rends pauvre? Peut-on imaginer l’argent en dehors de la Matrix? L’argent n’est pas une invention de Dieu. Nous l’avons embrassé car il faisait partie du programme d’imitation. Les imitateurs les plus acharnés se retrouvaient entrain de tenir les cordons d’une bourse dont ils ne connaissaient ni les tenants ni les aboutissants. La transformation qui s’est opérée est qu’aujourd’hui c’est principalement l’argent qui structure désormais nos relations humaines. Dans nos sociétés pré-coloniales, l’argent qui n’existait pas vraiment n’était pas comme aujourd’hui la seule mesure de la valeur. En d’autres termes, comme beaucoup d’autres sociétés avant, nous avions un type de relations où l’argent était quasiment absent; il y avait une “économie du sens”; c’est à dire que les gens s’investissaient dans un tas de choses uniquement parce qu’elles avaient du sens eux.

Au lieu de courir aujourd’hui après un capitalisme brutal où nous Africains ne représentons que le bas de la pyramide de toutes les façons , pourquoi ne pas imaginer un modèle d’Etat qui se focaliserait comme avant aux types de relations que nous voyons aujourd’hui se developper et que nos sociétés africaines connaissent très bien: le partage, la coopération, le travail collaboratif etc.

Les technologies de l’information nous offrent une double perspective celle d’une sortie du modèle colonial et post-colonial qui serait à la fois une sortie du capitalisme. Les technologies de l’information nous permettent de rêver à nouveau à une société où le besoin de travailler serait considérablement réduit, où la frontière entre le temps libre et le travail serait floue. Elles ont amené une recrudescence de la production collaborative: les biens, les services et les organisations qui n’ont plus besoin de répondre ni au diktat du marché ni à la hiérarchie managériale. Des trous de vies économiques commencent à faire bouger les choses dans un rythme different, des monnaies parallèles, des banques de temps, des coopératives, des espace autogérés prolifères comme un résultat de la crise que connait actuellement les anciennes structures. Des nouvelles formes de crédit, des contrats de type nouveaux, on parle d’économie du partage, de la production entre individus “peer-production”.

Les technologies de l’information seraient entrain de tuer le capitalisme tel que nous l’avons connu: le capitalisme global, fragmenté avec le travail temporaire et des tâches et compétences multiples, où la consommation est devenue un mode d’expression…Un capitalisme qui a tué la vieille idée socialiste de l’Etat  qui contrôle le marché au bénéfice des pauvres et organise la production au sein d’une économie planifiée etc. Les technologies de l’information tournent la page de ces deux vieux terrains pour ouvrir une toute nouvelle. La production collaborative, l’utilisation des technologies de l’information pour produire des biens et services qui ne marchent que quand ils sont gratuits ou partagés, défini une route au delà de l’économie de marché.

Pendant des décennies, les Etats africains dans leur programme d’imitation choisissaient soit le bloc de l’Est, soit le bloc de l’ouest soit alors de manière officielle le groupe les non-alignés même si on savait à quel bloc ils appartenaient. Avec la disparition du bloc de l’Est beaucoup n’ayant pas de véritable projet font dans l’improvisation ce que certains appellent le “libéralisme communautaire”, se croyant plus intelligent. Pourtant ce n’est pas en ces termes que la question se pose à nous; choisir entre deux identités ou les mélanger car qu’aucune de ces décoctions ne nous a guéri. Ce que nous ne nous sommes jamais autorisé à faire c’est de se définir un bonheur selon nos propres termes et de le mettre en pratique. Et pour cela nous ne pouvons partir du modèle de cette société aliénée qui joue un rôle défini pour lui par d’autres quand bien même elle en aurait fait un cocktail. La désorientation brutale que produit le capitalisme mondialisé pour les paysans et les chômeurs dans un monde vidé de son sens aujourd’hui est la même  désorientation que vivent les africains post-colonisés condamnés à singer le bonheur de l’autre

Comment expliquons-nous que nous n’ayons pas à ce jour formulé une voie stratégique au reste du monde? Dans nos révolutions, nos luttes de contestation et même de libération, le choix d’une société fondamentalement différente qui serait organisée autour de la poursuite du bien-être loin des schèmes coloniaux se fait encore attendre. En attendant il y a lieu de se demander: qu’est-ce qui se passe sur Facebook et qui est si different de ce qui se passait dans nos sociétés africaines pré-coloniales? Passer son temps gratuitement à raconter des histoires à ses amis? La monnaie coloniale le Franc CFA peut-elle encore être un problème à l’ère des monnaies virtuelles comme Bitcoin?

Quand nous regardons nos villes, nos quartiers, nos villages et qu’on voit ces hommes, femmes, jeunes, enfants…on ne peut s’empêcher de se poser une question fondamentale: qui va donner un travail à tout ce monde? L’émergence en 2035 qui industrialiserait l’Afrique en rejouant avec un siècle de retard le match de l’occident industriel? Quelle entropie! Quel désordre! Quels désastres! Tout ce qu’il faudrait produire pour aboutir à une cette finalité?  Et pour quel résultat? Si au contraire on supprimait tout simplement le travail? L’emploi (job en anglais)… qui est en fait le travail capitaliste. Celui dont l’unique finalité est le salaire car la mère qui s’occupe de son enfant travaille tout autant! Drôle de projet que celui d’une réduction de l’être humain à n’être qu’un emploi! L’humain doit-il servir a quelque chose?

Dans un monde où il faut l’avouer on préfère faire un travail qui ne nous rapporte rien comme tchatter sur internet par exemple à un job, dans un monde où les machines font de plus en plus le travail pénible des hommes, un nouvel homme serait entrain de naître  dans ce monde post-capitaliste où le travail n’est plus mesurable et des biens sont produits au coût quasiment nul, l’homme pourrait proposer son temps non plus contre de l’argent pour des travaux pénibles que les machines peuvent faire, mais plutôt pour mener des activités d’humain comme s’occuper des vieux, des malades… (tâches difficile pour les robots)! Un monde où ils offriraient ce qu’ils ont (comme le temps) et prendraient ce dont ils ont besoin… pour le bonheur commun! Ce monde  aujourd’hui utopique ressemble beaucoup à un monde que nous africains avons pourtant connu. Cet homme ressemble lui aussi à quelqu’un que nous avons déjà rencontré. Il ressemble à ce vieux qui n’est plus qu’un être mental – par opposition à l’homme physique qui travaille avec ses mains – qui gère les dimensions complexes de notre existence sur terre. Cet être dont le travail sera celui d’être un homme.