Le Nouveau Paul Biya

Si Paul Biya était mort, il est aujourd’hui BORN AGAIN, donc il bien vivant! Il est tellement vivant qu’aucune rumeur ne peut le tuer. Paul Biya était tranquillement dans son village quand la rumeur l’a trouvé la-bas, comme à l’accoutumé, il prend la route pour Yaoundé et entre dans la ville avec les routes barrées, comme d’habitude. Le lendemain 7 février, il signe deux décrets, l’un pour créer un conseil constitutionnel et nommer ses membres, l’autre pour fixer la date des sénatoriales. Quelques jours après le 10 février, il fait son traditionnel discours à la jeunesse et puis le 13 deux jours après, il fête ses 85 ans en famille.

On peut dire que depuis 36 ans Paul Biya a toujours prononcé un discours à la jeunesse en disant toujours plus ou moins la même chose “vous êtes l’avenir de ce pays”, il a toujours fait la navette entre son village et la capitale, il a toujours fêté son anniversaire etc.

Ce qui est nouveau au milieu de cette routine c’est la création d’un conseil constitutionnel qu’on attend depuis 22 ans! Et c’est aussi l’élection jamais annoncée auparavant des sénateurs dont la date semble surprendre les concernés eux-mêmes qui ont moins de 60 jours!

Un seul des décrets sans l’autre n’aurait pas eu le même effet, car le conseil constitutionnel serait censé constater la vacance du pouvoir et le président du sénat censé gérer la transition et organiser les élections.

L’un dans l’autre, ces deux décrets réunis nous parlent d’une chose tabou au Cameroun, l’éventualité d’une vacance du pouvoir! Si Paul Biya n’est pas mort, ces deux décrets réunis l’ont tué.

Mais Paul Biya doit vivre, il ne peut pas mourir car comme disent certains “Apres Biya c’est Biya”. Sauf que le Paul Biya Born Again semble different du Paul Biya que nous avons connu jusqu’ici; un homme distant, mais là il semble avoir pris encore plus de distance, un homme détaché, là il semble plus loin de nous, un homme au dessus de tout là il nous regarde vraiment de très haut…

Le Cameroun avec le nouveau Paul Biya a des allures qui semblent me plaire.

Dans le Cameroun du nouveau Paul Biya, les institutions n’ont jamais mieux fonctionné qu’aujourd’hui, on parle beaucoup de constitution. Dans le Cameroun du nouveau Paul Biya les élections n’ont jamais suscité autant d’espoir de changement malgré le fait qu’elle n’ont jamais permis de changer de president meme en cas de victoire comme en 92. Dans le Cameroun du nouveau Paul Biya la virtualité les réseaux sociaux n’a jamais été aussi réelle, au point de devenir le territoire du patriotisme. Dans le Cameroun du nouveau Paul Biya, la presse n’a jamais été aussi respectueuse de l’ordre établi au point de ne surtout pas contrarier le porte-parole du gouvernement. A chacun de continuer la liste de tout ce qui est different à Yaoundé ces derniers jours et qui semble parfait…

En conclusion, si jamais Paul Biya est vivant, il serait mieux qu’il garde ses habits neufs et s’il est mort il faudrait qu’on le fasse revivre “Born Again” comme c’est le cas actuellement;  pour que le Cameroun change enfin!

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LA MORT NE DOIT PAS ETRE LE FUTUR DE L’AFRIQUE

A l’heure où je m’apprête à faire une interview sur l’afrofuturisme ici à Amsterdam où je suis invité à un événement qu’on a appelé OTHER FUTURES, Les Autres Futurs ou Les Futurs des Autres, des non-occidentaux ou des non-blancs, je ne peux m’empêcher de penser au Cameroun et à son futur. Je ne peux m’empêcher de penser aux futurs qui nous hantent nous africain, comme je l’ai fait dans mon film Les Saignantes désormais premier film de science-fiction africain… un futur qu’aucun humain ne peut ignorer, celui qui nous attends tous, la mort. La mort comme futur je pensais était une perspective pessimiste, un futur que certaines ONG catastrophistes pensais-je promettaient à l’Afrique. Ne disait-on pas qu’en 2020 le continent serait décimé par le VIH SIDA? Ou quelque chose de ce genre? Mais quand je pense à ce qui se passe actuellement au Cameroun, et au cinema de science-fiction dont le but est de proposer un avenir malgré et contre tous… Le moment n’est-il pas venu de commencer cette guerre de la vie contre la mort? Si comme le dit Henri Laborit vivre c’est mettre en branle tout ce qui essaye de nous faire mourir, sommes-nous encore en vie?
La science-fiction nous fait penser au futur, si on prends un peu de recul et on se demande il y a 100 ans , il y a 50 ans, il y a même 20 ans comment nos pères voyaient-ils notre futur? Avec ce qu’ils ont vécu, l’esclavage et le colonialisme… partis comme étant des animaux il y a pas si longtemps encore, leur rêve, leurs utopies étaient qu’un jour ils puissent avoir le statut d’être humain à part entière. Aujourd’hui quand on voit ce qui se passe dans le monde, nous ne pouvons pas dire que leur rêve est réalisé. Le rêve de tous les leaders noirs de Mandela à Malcom X en passant par les Nkrumah et Um Nyobe étaient que leurs frères, leurs enfants puissent avoir un pays à eux où ils vivraient enfin en sécurité. Je définis la sécurité ici comme Thomas Hobbes: tout ce qui menace la vie. La vie des africains est menacée partout dans le monde. Nous ne sommes pas en sécurité dans ce monde où qu’on aille. Ce qui voudrait dire que n’avons pas encore de pays et que nous devons lutter comme ces leaders pour en avoir un tant que nos vies d’Africains sont menacées par la prison, la pauvreté, l’exploitation, la guerre, la maladie, l’ignorance, l’oppression, l’abus de pouvoir…
Si les vies des camerounais sont menacées au Cameroun, nous n’avons pas de pays appelé Cameroun. Si les vies de camerounais sont menacées au Nigeria, nous n’avons non plus de chez-nous appelé Afrique. En 2018, l’utopie d’une nation noire nous semble encore très loin. Le seul futur qui se présente devant nous aujourd’hui est celui d’éliminer un jour le spectre de la mort qui nous hante et semble devenir aujourd’hui le seul projet futuriste d’un pays comme le Cameroun . Et le pire est que nous semblons nous en accommoder, nous acceptons l’idée d’un Etat-Machine-à-tuer au nom d’on ne sait plus quelle nécessité empruntée au colonialisme… Nous participons avec ceux qui nous mis dans cet état d’insécurité permanent sur notre propre sol depuis des siècles à ajourner le jour où nous pourrons enfin imaginer un futur allant au delà de la mort. Ce dont le Cameroun a besoin aujourd’hui, c’est d’Etat léviathan – toujours au sens de Thomas Hobbes -. Un Etat où un camerounais peut donner un mandat à un représentant pour le représenter dans le sens où il s’engage à protéger les vies de tous, pas que la sienne et surtout ne menacera jamais la vie de celui qui lui a donné ce mandat quelque soit le prétexte. Le camerounais qui lui a donné ce mandat doit aussi être en mesure de le reprendre immédiatement dès qu’il sent que sa vie est en danger, ou que les termes du mandat ont été violés par son représentant qui a échoué à protéger sa vie.
Parce que ce contrat doit rester personnel entre le représentant et chaque vie individuelle, il définit donc la relation que nous devons avoir avec le President de la République . Les camerounais doivent forcer ce régime ou tout autre qui prendrait sa place à créer un État démocratique inspiré par ce principe. Les camerounais et les africains en général ne doivent plus vivre en ayant peur pour leurs vies partout ou ils se trouvent et encore moins chez eux. Il n’y a pas de crime qui dépassent celui qu’inflige un frère noir à un autre. Et Hobbes demande à celui qui subit au nom du droit à la vie de résister voire de se défendre… pour protéger la vie qui doit être au-dessus de tout. Il faut que dans ce système, les victimes aient le droit et les moyens de clamer fort ce qu’elles ont enduré et qu’elles ne veulent plus supporter. Quand bien même nous semblons aujourd’hui loin cet Etat où l’homme noir serait en sécurité, il n’en demeure pas moins que cet Etat existe dans nos têtes, et dans nos coeurs. Il a été nommé, a chanté tant d’artistes, d’écrivains, de leaders dans les livres, les chansons, les arts, les discours … et s’est concrétisé dans les arts , le cinéma, la littérature et textes divers qui sont une autre réalité, rivalisant de plus en plus avec la réalité nous vivons. Le Cameroun où le camerounais vivrait en sécurité existe… virtuellement certes, mais c’est à nous de passer à l’étape suivante et de créé ce pays pour nous-mêmes.

NE PARLE PAS DE NOUS

Ceci est le message indirect que la Berlinale qui boucle sa programmation pour le prochain festival m’envoie à moi cinéaste africain. En effet sur les trois projets que les cadres de la Berlinale m’ont demandé de soumettre, comment se fait-il que les deux films qui parlent de la “relation” ont été éliminés? A croire que ce festival en plus des autres critiques qui lui sont formulés positionne l’Allemagne dans la « non-relation » à l’heure où pourtant au vu des migrations, celle-ci s’impose plus que jamais.

Pourquoi la question de « comment allons-nous vivre ensemble » dérange les allemands? Le premier film qu’a sollicité la Berlinale est justement sur le commencement de la relation, ce qu’on appelle  “first encounter” entre Allemands et Africains; ces premières rencontres qui ont abouti au colonialisme quand on sait qu’on est toujours pas sortis de la colonialité; son titre OUR WISHES. Le deuxième parle de la relation entre blancs et noirs sous fond de négritude et d’apartheid MIRACULOUS WEAPONS. Enfin le troisième est la discussion des intellectuels africains à Dakar par Achille Mbembe et Felwine Sarr LA PENSEE EN MOUVEMENT. Pas besoin de faire un dessin pour comprendre lequel a intéressé les cadres de la Berlinale qui on ne peut pas le nier « aiment » le continent… mais comment l’aiment-ils? Parce que le confort du public allemand semble être la ligne éditoriale, tout ce qui les mettrait mal à l’aise doit être évacué. La Berlinale serait confortable avec son public quand nous parlons de « nous », quand nous racontons-nos histoires d’africains… sans poser un regard sur eux « les blancs ».  La Berlinale qui gère aussi un fond de financement des « films du monde » World Cinema Fund, donc qui influence en amont les films confirme cette ligne qui nous dit insidieusement “Parlez-nous de vous, mais surtout ne parlez pas de nous”.

En fait ce qui se passe ici c’est ce dont parle Sartre dans l’Orphée Noir, quand il dit que « Voici…. des hommes debout qui nous regardent et je vous souhaite de ressentir comme moi le saisissement d’être vu. Car le blanc a joui trois mille ans du privilège de voir sans qu’on le voie. » Qu’est-ce que ce cinema dans lequel on ne vous voit pas? Un cinéma qui ne montre pas. qu’est-ce que c’est? Et qui sont ces spectateurs qui veulent rester confortable et qui ont peur d’être “vus”? Un festival n’est-il pas là pour produire ce “saisissement” dont parle Sartre afin d’engager la conversation? Lorsque nous parlons de relation, difficile de ne pas évoquer Fanon qui trouve que la rencontre entre l’Africain et le blanc a rendu l’Africain malade. Même s’il ne l’évoque pas de cette manière, il dit aussi en fait que cette même rencontre a rendu le blanc encore plus malade. Alors que nous envisageons la relation comme une thérapie, l’un des malades essaye d’y échapper et très se souvent se pose médecin malgré son état.

Au-delà des nombreux opportunismes auxquels nous cinéastes sommes soumis, par besoin financements et de promotion, il est important que nous dénoncions les dérives de pratiques dans notre secteur qui influencent dans un sens comme dans un autre le monde que nous voulons tous améliorer, sinon qu’est-ce qui nous lie dans cette communauté du cinema entre africains et européens malgré des relations de pouvoir économique asymétriques, les bières que nous buvons dans les festivals ou bien une certaine idée de comment nous pouvons améliorer “la relation” dans un monde où tout nous même à la non-relation. Quand on connait la quantité des productions occidentales qui parlent de l’Afrique, vous ne pouvez pas opérer ces petites censures sur la base de vos petits conforts individuels. Notre monde est malade de racisme, pour une thérapie collective plus que jamais indispensable pour un meilleur vivre-ensemble,  souffrez un peu que nous aussi, nous parlions de vous.

2018 sera-t-il enfin notre Année Zéro?

2018 SERA-T-IL ENFIN NOTRE ANNEE ZERO?

Tout ce qui se fait au Cameroun actuellement tend vers zéro. En d’autres termes, ceux qui croient encore à ce pays oeuvrent pour qu’enfin ce pays puisse naitre et commencer comme un enfant, à grandir sur des bases acceptables par tous. Zéro n’est donc pas ici la nullité, il est plutôt pour les optimistes, l’avenir. Il porte l’espoir que nous allons dans la bonne direction étant donné que, ce que vit le pays actuellement est de l’ordre du négatif  et donc d’un passif à expurger. Je préfère rester du côté des optimistes et de l’espoir; donc de ceux qui attendent avec impatience l’année zéro.  Combien de choses préférons-nous ajourner et donc renvoyer à cette année zéro? Avons-nous raison de le faire, je ne puis dire. Certains évoquent la paix, d’autres la sagesse, d’autre encore le cours naturel des choses. Il est vrai qu’au delà des frontières du Cameroun, c’est toute l’Afrique centrale qui attend son année zéro, comme le Rwanda qui est maintenant entrain d’atteindre l’âge de l’adolescence après une année zéro tragique. Combien de projets, d’initiatives et de rêves sont en pause dans notre pays, attendant une année zéro qui doit nous arriver comme un soleil qui se lève sans que nous ayons un quelconque pouvoir dessus? Sur une règle, le  zéro n’est pas au même endroit selon qu’on est en France (donc francophone) où qu’on est au Royaume Unie (donc anglophone). Chez les premiers, il est au début alors que chez les second, il est au centre. On pourrait dire que chez les français, le zéro c’est la table rase, le recommencement alors que chez les anglais c’est le point d’équilibre qui refuse d’ignorer qu’il y a dans la vie le négatif et le positif. Comment allons-nous aborder cette année 2018 si nous voulons qu’elle devienne notre année zéro? A la française ou à l’anglaise? Ou allons-nous attendre comme nous attendons qu’advienne une nouvelle année; impuissants? Pourtant l’agenda 2018 est  déjà chargé! Comment faire de tous ces points à l’ordre du jour, des points zéros? C’est à dire des recommencements ou des points d’équilibre? Qu’il s’agisse de la paix qui doit revenir entre camerounais anglophones et francophones, des élections qu’il ne faudra plus tricher comme on le fait généralement en Afrique centrale, des économies qui doivent enfin décoller… Face aux nombreux défis qui se présentent à nous, l’Année Zéro doit être un horizon, une vision de notre pays, de notre sous-région “Afrique Centrale” à la traine et de l’Afrique toute entière. N’abandonnons pas, ne démissionnons pas, organisons-nous et oeuvrons pour préparer cette année zéro et surtout les autres qui vont suivre. Bonne Année Zéro a tous!

Une Si Belle Invention

Et si ce qu’est entrain de vivre le Cameroun avec sa crise anglophone était la limite d’une utopie de la creation d’Etat-Nations en continuité avec le projet colonial? Notre utopie d’être “camerounais” (rio dos Camaroes – rivière des crevettes) pendant la colonisation et après les independences reste le rêve des “autres” malgré quelques volontés des nationalistes d’abord piétinées puis ensuite récupérées pour les intégrer dans le projet neo-colonial des Etats-Nations dont nous avons hérités. Comme des enfants nés d’un viol, nous sommes une invention des blancs. Il n’y a pas de honte à être un enfant né d’un viol mais il y a un problème à vouloir se construire une identité d’un enfant désiré et né d’une histoire d’amour.

Par ce processus de grand écart mental où nous devons trouver quelque part la fierté malgré le fait que nous sommes en tant que Etat-Nation avec des frontières, une “invention” , que nous sommes un peuple qui a perdu sa lutte de libération nationale et donc a vécu et vit toujours d’une certaine manière sous la domination et que nous vivons sous le prototype même de l’Etat neo-colonial qui a réussi le projet de prendre le relai sur la domination exercée dans les esprits africains en s’assurant par exemple qu’aucune rue ne porte le nom de ceux qui ont osé combattre le colonialisme.

Puisqu’il fallait être fiers de quelque chose, qu’il faut bien dire aux autres que nous sommes des hommes et femmes debout malgré les structures et les mécanismes de cet Etat hérité et qui a connu très peu de modifications structurelles et mentales si ce n’est celui d’apprendre à garder ses propres fils et filles sous la colonialité… dans quel but?

Le Cameroun aujourd’hui confronté à la crise dite anglophone est une forme d’aboutissement parfaite du projet colonial. Là où le colon lui-même attendait un clivage ethnique, ce pays propose un clivage francophone-anglophone, car la langue des colon a été ethnicisée. Le conflit rappelle en effet un conflit ethnique avec toute sa rhétorique et peut-être bientôt ses consequences… Quelle est la différence entre ce que disent les camerounais francophones des anglophones avec ce que disait les Hutu des Tutsi et vice-versa? Et le silence voire l’indifférence du monde occidental et surtout de la France, des Anglais et dans une certaine mesure l’Allemagne, et leur embarras ne vient-il pas de cette surprise de constater que le “good job” colonial est entrain de produit ses fruits. Quoi d’autre opposer à ce conflit que le silence quand on sait qu’il s’agit d’une guerre de marionettes qui ont pris le rôle que le colon leur a confié très au sérieux.

Le regime francophone de Yaoundé a oublié à cause des petits privilèges qu’elle leur accordait et continue de leur octroyer que sa République était une farce “bananière” écrite par un colonisateur qui ne voulait surtout pas lâcher ses colonies, que sa reunification en 1972 avec la partie anglophone était une volonté coloniale pour commencer l’exploitation du pétrole au large de la zone anglophone au point d’en faire la seule fête nationale le 20 mai avec le seul monument symbolique de la capitale situé comme par hasard devant l’ambassade de France.

Au delà du regime, c’est tous les camerounais francophones surtout qui parce qu’ils sont le système dominant qui a voulu francophoniser les anglophones qui doivent se poser la question de savoir ce que ca fait d’être une “invention”. Car quand ils clament qu’ils ne sont ni francophones ni anglophones, ils le font en français. Quand ils parlent de la constitution qu’il faut respecter, ils parlent d’une constitution écrite par le professeur français Maurice Duverger payé par la France pour le faire. Quand ils parlent d’ordre et de désordre, ils utilisent la même rhétorique que la rhétorique de la repression coloniale française qui a fait 400 000 morts au Cameroun et qui a installé le regime actuel. Comment le Cameroun peut-il être une “invention” si parfaite au point d’embarrasser ses inventeurs?

Le professeur Valentin Mudimbe auteur du célèbre livre “The Invention of Africa” nous propose la “reinvention” comme seule politique et comme seule alternative. Et tous ceux qui ont été architectes de cette invention à Berlin doivent venir réparer ce qu’ils ont inventé… et que nos egos qui veulent prouver que nous sommes matures sont entrain de nous perdre, car cette dégradation que nous voyons s’accentuer chaque jour est ce que le philosophe Bernard Steiner appelle un état d’incapacitation généralisé. Nous vivons dans une société d’incapacité gouvernée par des incapables qui généralisent le laissez-faire et le laisser-aller qui détruit toute connaissance et en particulier le savoir-vivre. Un pays comme le Cameroun vit quasiment toutes les incapacités qu’on peut s’imaginer, une incapacité politique, une incapacité économique, une incapacité technologique, une incapacité industrielle, une incapacité linguistique, une incapacité démocratique et même une incapacité de vérité! Comment envisager un debut de solution si on est incapable de se dire la vérité… Osons nous réinventer !

LA FRANCHISE COMME MODELE DE COOPERATION AVEC L’AFRIQUE

L’universalisme français aurait laissé croire que la France qui avait pour ambition de répandre dans le monde ses valeurs républicaines et sa langue française, se serait fait le plaisir d’exporter vers ses anciennes colonies pas seulement le code Napoleon mais plutôt ses institutions elle memes.  Pourtant ce que la France a de meilleur n’a pas été transposé en Afrique, contrairement aux Americains qui, avec ce qu’ils appellent la Franchise (Mac Donald, KFC, Starbuck…) ont proposé au reste du monde ce qu’ils font pour eux-mêmes. Si on s’en tient à Mac Donald, c’est bien plus qu’un morceau de viande hachée coincé dans deux morceaux de pain que les américains nous proposent. Derrière la franchise, c’est tout une manière d’envisager le business de la restauration rapide et un savoir faire qui part des Etats-Unis pour se répandre dans le reste du monde… qu’on l’aime ou pas, c’est une autre chose.

La question qui se pose est de savoir pourquoi la France au nom de l’universalité n’a pas éprouvé le désir de  créer la Sorbonne à Dakar par exemple ? Ou le Louvre Saint Louis? Pourtant son poète de président a bien enseigné le latin, le grec et le français “aux petits français de France” au nom de cet universalisme.

Il s’agit d’envisager une nouvelle forme de coopération aussi bien institutionnelle que commerciale entre l’Afrique et l’Europe, plus dynamique, moins centralisée, plus efficace ayant dans son sein tous les éléments dont l’Afrique a besoin tels que  le modele entrepreneurial, l’investissement, le transfert de compétences, la technologie, la formation, le marché etc.

Et si cette relation que la France et l’Europe en général entretient avec les pays africains pouvaient sortir du modele colonial pour évoluer vers ce modèle éclaté et léger qu’est la franchise, les deux parties développeraient des accords plus clairs et bénéfiques pour les deux parties. Cette coopération se définirait  comme un déploiement contractuel par lequel les pays européens qui doivent désormais faire face à la concurrence chinoise en Afrique, concèderait à leurs partenaires africains un droit d’usage de leurs institutions et d’un savoir faire. Elles leur concèdent ainsi dans cet accord de partenariat l’utilisation de leurs marques institutionnelles et commerciales ainsi que leurs méthodes, elles assistent dans ce cadre très précis et prend en charge certaines actions. En contrepartie, il faudrait bien qu’il y ait une contrepartie de cette utilisation de leurs notoriétés européennes et de leurs méthodes, les africains verseraient un droit d’entrée et des redevances sur les ventes en respectant une obligation d’approvisionnement.

Les africains conservent donc une autonomie juridique et restent ainsi indépendants. La franchise permettra en Afrique de réduire fortement les problèmes de compétence, de formation, de gouvernance, de transfert de technologie et de gestion car elle en bénéficiera de concepts qui ont déjà fait leurs preuves. Elle bénéficiera également de méthodes, organisations et outils marketing clés en main. Et pour l’Europe, elle ouvrira de nouveaux marchés et permettrait un déploiement rapide, évitant aussi les lourdeurs liées au développement à l’international.

Mais, franchement…