Cameroun: Et si on réapprenait à parler d’avenir ?

A l’heure où il semble ne pas y avoir de perspectives d’alternance politique, c’est peut-être le moment de faire rêver les camerounais en leur parlant de ce qui sera différent lorsque Paul Biya ne sera plus là. Une manière de sortir des débats stériles sur une gestion passée qui nous empêchent de nous projeter dans l’avenir et de commencer à s’inventer un autre pays. Ne dit-on pas qu’on ne peut obtenir ce qu’on ne peut pas voir… Et si on parlait d’avenir? 

Puisqu’il est désormais clair que le match est terminé et que nous jouons maintenant les arrêts de jeu, commençons à débattre des changements que nous allons opérer une fois ce régime parti car il est évident que nous n’aimons pas le pays tel qu’il est aujourd’hui. Notre  passé  récent  et notre présent ne sont pas beaux,  il ne sert plus à rien de perdre son énergie dans des débats stériles à parler. Parlons donc plutôt d’avenir. Pensons au jour où nous allons nous mettre à rêver de nouveau…

J’aimerais voir tant de choses changer… Parmi les choses que j’aimerais voir différemment une fois la fin du match sifflé, il y a le style de gouvernance !
J’aimerais qu’on ait un régime ayant une certaine proximité avec le peuple. J’aimerais que la simplicité, le sens pratique et l’humilité anime nos dirigeants. J’aimerais voir des gens au service des autres, des gens ayant de l’empathie qui communique mieux, travaillent en équipe dans  la transparence avec enthousiasme et professionnalisme. Des gens qui sont là pour servir et non pour se servir.

Moi je vois l’avenir en 7 dimensions :

  1. Sur le plan de l’EDUCATION, parce que la moitié de la population à moins de 17 ans, l’école doit devenir le lieu où tout se passe. Je vois une « école ouverte », où parents peuvent venir prendre des enseignements sur le nouveau type de paludisme par exemple, où un policier peut venir parler de son métier aux enfants etc…  Je vois des écoles ou passe régulièrement un médecin pour les soins et la prévention. Je vois chaque école avec une cantine scolaire subventionnée avec un repas à 100 Francs préparé par les mamans des villes rémunérées avec des produits agricoles cultivés par les mamans des villages, boostant ainsi tout le secteur agricole. Je vois des nouveaux programmes scolaires avec un maximum de contenu local, je vois des enfants avec des tablettes numériques utilisables pendant toute leur scolarité, contenant tous les livres en version électronique, donc moins cher et des outils pédagogiques audiovisuels. Je vois des bus scolaires subventionnés faire du ramassage des élèves surtout en zone rurale où les distances sont grandes. Je vois un développement des sports de compétition à l’école ainsi que la pratique des arts grâce aux infrastructures et aux événements.
  2. Sur le plan de l’ECONOMIE, parce que nous devons sortir de l’économie des matières premières et  transformer nous-mêmes nos produits, Je vois un accompagnement des entrepreneurs sur les aspects création (par exemple le design pour les menuisiers), l’emballage, le marketing avec la création des marques et la vente en ligne par exemple, la logistique (transport). Je vois une assistance aux entrepreneurs  et à la formation du petit personnel en favorisant l’entrée des franchises étrangères dans notre pays qui fournissent les modèles tout en aidant au développement des franchises locales. Je vois les banques prêter aux PME, je vois les procédures de création d’entreprises allégées grâce à la suppression de passage obligé chez les notaires. Je vois la création d’une usine de montage de voitures pour créer des emplois, au vu du nombre de voitures que nous consommons dans ce pays. Je vois aussi supprimé la subvention sur le carburant car c’est aux gros consommateurs de carburant qu’elle profite le plus  (multinationales…)  et non aux petits consommateurs. Je vois enfin un statut pour les distributeurs de produits des multinationales et grandes entreprises (call boxeurs, vendeurs de cigarettes, de boissons…)
  3. Sur le plan de la SANTE, parce que les gens arrivent toujours trop tard à l’hôpital. Je vois chaque camerounais avec son blog médical, racontant sa maladie au jour le jour en attendant de voir le médecin. Je vois chaque camerounais avec une assurance maladie lui offrant systématiquement une couverture (soins, médicaments, examens) en privilégiant les plus démunis ne pouvant cotiser eux-mêmes. Je vois des services d’urgences très performants avec des ambulances dans toute la ville.
  4. Sur le plan du SERVICE PUBLIQUE, je vois toute la fonction publique informatisée à commencer par le courrier sous forme de e-mail. Je vois une fonction publique avec non pas une seule école d’administration, mais plusieurs écoles de management privé et public où on enseigne avant tout la force de la démocratie et non plus seulement celle de l’Etat comme c’était le cas avec l’ENAM. Avec des concours qui se feraient après l’école pour entrer dans la fonction publique avec des tests réguliers. Je vois une fonction publique avec un médiateur où peuvent se plaindre les usagers. Je vois une administration sans sous-préfets où les attributions de ce dernier seraient transférées chez les élus maires. Je vois un service publique où le train de vie de l’Etat serait réduit avec le développement des cités administratives où logent en même temps les fonctionnaires supprimant ainsi les voitures de services privés permettant d’économiser des milliards dépensés en achats, maintient et en carburant.
  5. Sur le plan des ELECTIONS et de la POLITIQUE locale, il est temps que ceux qui n’habitent pas les villages laissent les villageois faire la politique chez eux. Je vois des partis politiques différenciés obligés de se positionner tous sur les mêmes questions permettant de distinguer s’ils sont de droite ou de gauche, tels que  la répartition des richesses, sécurité sociale, impositions… Pour éviter la tricherie aux élections faute de moyens, je vois un système électoral s’appuyant sur une méthode statistique comme les sondages. J’aimerais aussi voir en direct à la télé, les débats de l’assemblée nationale.
  6. Sur le plan de la CULTURE, des MEDIAS et du TOURISME, je vois des villes avec des rues portant les noms de nos héros, avec leurs monuments pour renforcer notre identité nationale, je vois des fêtes sans défilé pour les civiles, des fêtes crées et imaginées par des metteurs en scènes et créateurs. Je vois des instituts de langues nationales partout, je vois la culture érigée en priorité nationale impliquant toutes les institutions. Je vois une Maison des Camerounais de l’Etranger leur permettant d’apporter au pays leur contribution. Je vois de nouveaux opérateurs de téléphonie mobile dont les bénéfices sont taxés pour financer la culture. Je vois une importante société de production et de distribution de la culture camerounaise. Je vois un réseau de médias locaux images, textes, sons, vidéo, boutique  (sous forme de page web) dans chaque petite localité du pays opérant sous le moto « possède ton image, raconte ton histoire, vends tes produits et services ». Je vois des publicités aux productions et contenus 100% local permettant de faire vivre photographes, mannequins, designers etc…
  7. Sur le plan des AUTRES choses qui restent, je vois pour la JUSTICE une dépénalisation des délits de presse et des pratiques homosexuels. Je vois pour l’ENERGIE un développement de l’énergie solaire et de l’énergie hydraulique à petite échelle dans les rivières et fleuves. Je vois pour le TRANSPORT EN COMMUN, la création des trains de ville sur les tracés existants. Je vois une formation pour les candidats à l’IMMIGRATION. Je vois pour l’ENVIRONNEMENT la relance des traditions africaines jugées écologiques, l’interdiction de l’emballage plastique et la redistribution de la taxe carbone aux communautés et individus préservant les forêts. Je vois la création de cimetières urbains et la limitation de la durée des funérailles pour limiter leur poids sur les familles. Je vois dans la COOPERATION la création au Cameroun des institutions jumelles de celles de références occidentales dans tous les domaines. Sur le plan de la FAMILLE, du POUVOIR D’ACHAT et des BIENS, parce que les familles sont surtout en conflit pour des questions liées à la succession et à la terre, je vois une réforme du code de la famille, du droit de succession, du droit foncier où la terre ne serait plus à vendre et des déclarations des revenus. Je fois des autochtones exonérés de la taxe foncière.  Je vois aussi la maison à 50 000 FCFA par mois pour les familles.

MACHIAVEL ET LES CAMEROUNAIS

Si Le Prince de Machiavel est aujourd’hui le livre le plus lu par l’élite camerounaise constituée de Ministres, Secrétaires Généraux, Directeur Généraux, Directeurs, Chef de Services et tous les aspirants, c’est bien parce que le « prince » d’Etoudi aurait déclaré que cet auteur adepte du « diviser pour mieux régner »  l’avait inspiré. En effet avec 30 ans de règne au compteur, il est difficile de ne pas lui reconnaître un certain succès et par conséquent les camerounais sont plus que jamais divisés. Il n’y a pas un village, un bureau, un quartier, un ministère, une société, une région où les camerounais ne sont à couteaux tirés. Et tous les leaders  qui auraient pour ambition de fédérer les camerounais ont du pain sur la planche.

Si les œuvres des Fanon, Martin Luther King, Steve Biko, Nelson Mandela, Amilcar Cabral, Kwame Nkrumah elles, ne connaissent pas le même succès auprès de cette même élite camerounaise, c’est bien parce que par mimétisme,  le Prince d’Etoudi n’a jamais visité ni Soweto ni Harlem. Il ne s’est jamais incliné sur la tombe d’aucun héros de la cause noir et pireencore, il n’a jamais en 30 ans  cité dans aucun discours une figure du « black consciousness ».

Avec quelle conscience le machiavélisme inspire-t-il l’élite camerounaise ? Diviser pour mieux régner. Et régner pour quoi faire ? Quel genre de prince aspirent-ils à devenir ? Ne dit-on pas que c’est une malédiction d’être un prince au royaume des misérables ?

Au vu du comportement vorace de cette élite boulimique qui s’accapare de tout, on est en droit de s’interroger sur l’origine d’une telle méchanceté vis-à-vis de son propre peuple. Même le plus machiavélique des ennemis de l’Afrique n’aurait jamais imaginé une telle entreprise de destruction nationale. Si Machiavel avait connu Steve Biko, il aurait écrit Le Prince Africain.  Une version du Prince ayant une conscience noire qui nous ferait dire que le machiavélisme sans « black consciousness » n’est que ruine de l’âme. Quand on sait que la nouvelle élite politique européenne et américaine qui a porté un noir à la maison blanche a aujourd’hui pour modèle les Mandela, Martin Luther King etc.

Qu’est-ce qui motive le moyen âge dans lequel l’élite camerounaise de la base au sommet maintient les camerounais et leur pays ? Serait-ce l’œuvre des loges maçonniques ou rosicruciennes auxquelles ils appartiennent tous aujourd’hui ? Pourtant c’est l’un d’eux qui s’est moqué des africains à Dakar en leur disant qu’ils n’étaient pas entrés dans l’histoire. En effet la question mérite d’être posée, pourquoi nos francs-maçons refusent qu’on entre dans l’histoire ? Pourquoi acceptent-ils par exemple que leurs héros n’aient pas de monuments dans leurs villes, quand leurs frères occidentaux œuvrent pour le contraire ? Sont-ils seulement maîtres de ces  machines à soumettre l’élite africaine ? Comment acceptent-ils l’idée de laisser à leurs progénitures des villas mais renoncent à leur laisser un pays ?

La lecture de Machiavel ne semble pas produire les mêmes résultats  selon qu’on le lit en occident ou qu’on le lit en Afrique. A moins que nous n’ayons pas le même cerveau. S’il est machiavélique d’endormir le peuple pendant 30 ans avec des discours pleins de grandes ambitions, il est criminel d’accueillir avec autant de cynisme tous ceux qui sur le plan national et international se présentent naïvement devant le chef de l’Etat, un ministre, un Secrétaire Général, un Directeur Général, un Directeur, un Chef de Service avec pour objectif de contribuer au développement d’une jeune nation africaine. Que notre élite n’oublie pas que lorsqu’elle se rend en France pour traiter avec les français, elle est noire, lorsqu’elle se rendra en Amérique pour traiter avec des américains, elle sera toujours noire, lorsqu’elle se rend en Chine pour traiter avec les chinois, elle est et reste noire. Si elle ne sait pas ce que c’est d’être noire, elle est disqualifiée pour représenter nos pays car elle est aujourd’hui  la risée de tous y compris de ceux qui prennent un malin plaisir à nous « baiser ».

Jean-Pierre Bekolo, cinéaste

 

Mettre la Culture au Centre de la République

A l’heure de la crise économique, de la mondialisation, de la corruption et de la fin des régimes rentiers en Afrique et au moyen orient, les Etats africains ont plus que jamais besoin de la culture pour produire à leur population  le développement promis. A ce jour tous les modèles appliqués par ces Etats dans domaines économiques et politiques échouent parce qu’ils sont extérieurs aux africains et à leur culture. Les systèmes hérités du colonialisme sont inertes, sclérosés et gangrenés et tournent le dos à la créativité de la culture qui s’offre à eux. Pourtant les africains n’arrêtent pas de s’exprimer  tous les jours sur ce qu’ils sont et sur ce à quoi ils aspirent. Il n’y a qu’à écouter les artistes  et à s’intéresser à leurs œuvres ;  il n’y a qu’à observer les comportements quotidiens des africains inventifs. Le spectacle que nous offre les rues et les villages africains (au grand plaisir de certains médias qui s’en donnent à cœur joie tout comme les ethnologues à une certaine époque) sont un grand livre qui ne demande qu’à être décrypté. Comme lors d’une cérémonie rituelle, ces expressions et ces comportements ont une double dimension divertissante (révélée) pour les non-initiés et discursive (cachée) pour les initiés. Un travail de décryptage qu’il faudrait s’approprier et ne plus laisser seulement aux personnes en quête de stéréotypes car leur finalité n’a aucunement été jusqu’ici à l’avantage de ces « auteurs du réel » qui doivent désormais prendre possession de leurs histoires  et de leur images dans ce monde médiatico-politico-économique où le pouvoir réside désormais dans le contrôle des histoires.

Les histoires parasites ont investis tous les aspects de notre vie au point de modifier notre identité. Nous sommes désormais les histoires que nous mangeons, que nous portons (vêtements), que nous regardons (tv), que nous buvons, que nous écoutons, que nous cultivons, que nous apprenons, que nous possédons, que nous consommons.

Comment protéger les africains contre cette aliénante machine médiatico-politico-économique qui produit la misère chez eux et la richesse ailleurs si ce n’est en œuvrant avant tout pour que ceux-ci  reprennent possession de leur image et de leurs histoires ? Car ne l’oublions pas, le projet colonial avait avant tout pour but d’amener les africains à changer de culture. Aujourd’hui, 50 ans après les indépendances les africains doivent se redéfinir eux-mêmes une culture contemporaine faites de toutes les dimensions qui sont les leurs aujourd’hui. Et les artistes sont en première ligne et devraient servir de modèle pour cette révolution attendue, car à travers leurs œuvres on observe que sur le plan du contenu, ils ont opéré des choix soit syncrétiques, traditionnalistes ou modernistes, avec plus au moins de succès au niveau local et international. C’est cette approche que doivent adopter nos Etats qui sur le plan politique sont une copie (photocopie) de la 5ème République française (pays francophones) et sur le plan économique des fournisseurs de matières premières. L’artiste ne se contente pas d’envoyer des sons pygmées en occidents ou des masques ancestraux (modèle de matière premières), au-delà du contenu, il organise une économie autour de sa création une petite entreprise qui parfois réussi à exporter à l’échelle mondiale (Youssou Ndour, Salif Keita… en musique)  alors que leurs Etats restent incapables d’offrir des produits compétitifs à l’international. C’est un artiste qui le premier dans les années 70 a le premier a dénoncé publiquement la corruption des régimes en Afrique, il a été arrêté à maintes reprises sans que personne ne s’en émeuvent, aujourd’hui même les Nations Unies et récupéré cette thématique. Ce même artiste a identifié et révélé à travers ses œuvres et son engagement une dizaine de maux dont l’Afrique allait être victime. Cet artiste était Fela. Si jadis ce qu’on appelle aujourd’hui l’artiste faisait partie intégrante de la société, il est évident que l’Afrique postcoloniale ne lui trouve pas une autre place que celle d’un amuseur public ayant le statut de petit commerçant sans infrastructure qui n’est même pas protégé contre la piraterie. Il rejoint ainsi tout ce secteur qui révèle le manque de créativité et de capacité d’organisation des Etats africains, le secteur dit  informel  ou encore « la débrouille ».  Si les artistes sont aujourd’hui instrumentalisés par les politiques et les multinationales, c’est bien parce qu’ils ont une fonction dans la société. Mais leur statut incertain et fluctuant sert la cause de tous sauf la leur et encore moins celle des pays. Il est donc important qu’ils s’invitent dans le débat national avec leurs forces et leurs faiblesses ; et qu’ils s’invitent là où se décide le sort de leur pays c’est-à-dire lors des élections.

L’Afrique a été avant tout victime de l’histoire que les premiers explorateurs ont raconté sur elle. Coupable de n’avoir pas proposé au reste du monde sa propre histoire. Une histoire stéréotypée forte aux traits marqués qui reste malgré les variantes et déclinaisons la même, celle que l’explorateur Stanley envoyait au New-York Times de l’époque. L’histoire qui a fait que le Vatican a douté que les africains aient une âme et a ainsi ouvert le terrain à tous les abus dont l’esclavage.

La présence des artistes au conseil des ministres,  à l’assemblée nationale, dans les conseils municipaux, les conseils d’administrations de sociétés est aujourd’hui indispensable. Nos pays ont besoin de leurs vérités pour se développer car leur vérité est la nôtre. Contrairement aux vérités qui nous viennent d’ailleurs et qui organisent sans grand succès la vie sociale, politique et économique de nos pays.

Si l’histoire des pays occidentaux leur permet de mettre l’artiste là où ils l’ont mis, la nôtre nous impose de le mettre au chœur  de notre dispositif sociétal. L’Afrique est orpheline de son art ancestral si prisé en occident. Si notre culture a pu produire cet art dit primitif dont la valeur n’a pas d’égal aujourd’hui tant il était chargé de sens ; un sens à lui donné par des artistes dépositaires du patrimoine africain, pourquoi nos Etats indépendants refuserait-ils de réveiller l’esprit qui a produit cet art et qui sommeille en nous et particulièrement en nos artistes ? D’autant plus que les œuvres d’art africain n’étaient pas produite pour rester dans les galeries et les musées ; ces œuvres s’invitaient dans tous les aspects de la vie et ponctuaient les rituels du quotidien. Pourquoi  ne pas inviter notre art et nos artistes partout où nous travaillons pour améliorer le quotidien de nos concitoyens non pas pour qu’ils deviennent autre chose, mais plutôt qu’ils soient eux-mêmes et nous apporte ce désajustement dont nous avons besoin, d’autant plus que le projet d’aliénation qui nous attends aura besoin de résistants voire de renaissance à une échelle nationale voire internationale.  Aucun ministère n’échappe au paradoxe culturel. Si 80% de la charge médicale national est entre les mains des tradipratriciens, ils restent dans l’informel  le ministère de la santé ne les prend pas en considération dans son projet, ils n’ont pas d’hôpitaux, pas de structure de formation etc. La justice ne prend en compte les droits coutumiers que de manière folklorique. Aucune institution de l’éducation national ne dispense l’enseignement des 280 langues recensées au Cameroun par exemple alors que l’Etat certifie et agrège en anglais, en espagnol, en allemand. Ne parlons pas des autres savoirs et connaissances endogènes qui nourrissent les recherches de doctorants (Phd) occidentaux.

La majorité des programmes en application aussi aujourd’hui dans toutes les sphères de la vie sociale, politique, économique et culturelles sont issues des concepts importés en dehors du continent. Malgré le peu de succès de ces programmes on persiste et on poursuit sur un chemin qui ne produit pas de résultats sur le terrain. Le résultat est clair. L’aide n’a pas développé l’Afrique ! Pourtant des initiatives culturelles, créatives et inventives naissent et grandissent sous nos yeux et produisent des résultats

Des Ministres Sans Idées

14 janvier 2012

Si aujourd’hui on mesure  la puissance d’un pays au nombre de brevets d’inventions déposés, c’est bien parce que les idées  sont cœur de la construction de la modernité. Un pays comme le Cameroun qui s’organise autour d’une administration centrale gérée par des ministres avec des portefeuilles devrait se construire autour des idées qui constituent l’essentiel d’un projet ministériel ; dont la fameuse feuille de route que leur réclame le président de la République. Or la plus part de nos ministres sont devenus des épiciers qui se contentent de gérer des budgets et de distribuer des 4-9.

Lorsqu’ils en ont, quelle lisibilité avons-nous des idées de nos Ministres ? Quelle sera l’idée derrière la feuille de route du ministre de la jeunesse, de l’agriculture, du tourisme, des sports, de la recherche, de la culture, des transports, de la famille… ? Y en a-t-il qui comme Martine Aubry en France par exemple ont leurs 35 heures ? Si nous ne sommes incapables de nous souvenir de leurs idées, c’est peut-être tout simplement parce qu’ils n’en ont pas. Les Ministres doivent aujourd’hui plus que jamais être des visionnaires.

Quelques idées…

Le ministre de l’éducation de base pourrait proposer par exemple de mettre l’école primaire au centre de la vie de chaque village et de chaque quartier en l’ouvrant aux parents qui ont aussi besoin d’acquérir certaines connaissances (nouvelles maladies, nouveaux produits sur le marché, nouveaux appareils …), en l’ouvrant aussi aux visiteurs et personnalités de passage pouvant apporter leurs expériences de la vie sous forme de connaissances ; ainsi à l’école les enfants pourraient échanger avec un policier, un pompier, un médecin, un pilote, un fonctionnaire, un étranger, un retraité etc… Car si Yannick Noah est un champion aujourd’hui, c’est parce qu’il a rencontré ici au Tennis Club de Yaoundé l’américain Arthur Ashe.

Le ministre de la santé pourrait par exemple résoudre les problèmes de santé en optant pour un tri médical efficace en usant d’internet où tout camerounais pourrait raconter sa maladie au jour le jour, offrant ainsi une base de données importante aux médecins lors de la consultation, offrant ainsi une alternative  aux problèmes d’accès aux médecins. Le même ministre pourrait faire de la prévention une solution aux problèmes de santé en instituant le médecin à l’école.

Le ministre des transports pourrait lui utiliser les lignes de chemin fer pour résorber les problèmes de  transport urbain à Douala et à Yaoundé avec une ligne partant par exemple à Yaoundé du quartier Dakar jusqu’à Etoudi etc.

Le ministre des finances pourrait amener l’Etat à se porter garant de l’épargne des camerounais quel que soit la banque ou l’organisme de microfinance où ils ont épargné.

Le ministre de la culture lui pourrait défendre comme j’ai voulu le faire avec le film avorté sur Eto’o de fédérer tous les arts et talents à travers des projets  «  locomotives »  de cinéma  suffisamment financés  pour que des centaines de créateurs dans la mode, l’architecture, la danse, la musique, les arts dramatiques, le graphisme, l’écriture…  puissent non seulement être rémunérés mais aussi puissent disposer d’une vitrine pour présenter leur savoir-faire made in Cameroon à l’international grâce à un film vendable sur les marchés de cinéma du monde.

Plus de lisibilité…

Les Ministres, les Directeurs Généraux et autres gestionnaires de l’administration publique ont besoin plus que jamais besoin d’avoir des idées. Et leurs idées doivent pouvoir s’énoncer simplement et clairement pour tous les camerounais sans se cacher dans des termes techniques qui n’ont aucun sens pour les citoyens de base à qui l’élu qui les a nommé doit rendre compte.  A quand un gouvernement lisible où chacun n’essaye pas de décrypter ce qu’a voulu faire le chef de l’Etat en nommant telle personne plutôt que telle autre à un poste ? N’est-ce pas cette lisibilité qui est le contrat entre l’élu et le peuple ? Les messages contradictoires que reçoit le peuple qui voit un ministre récompensé (par le maintien ou l’attribution d’un portefeuille plus important) ne favorisent pas non plus la recherche d’idées. Un Ministre n’est pas un gestionnaire de budget, il est là avant tout pour proposer une idée et la matérialiser avec les moyens mis à sa disposition. Au lieu de nous faire un matraquage médiatique sur ses nombreux colloques, séminaires…  ce qui n’est rien d’autre que de la propagande, c’est sur son idée et sa matérialisation que l’attendent les camerounais. Au Ministre de trouver l’idée qui produira le plus grand impact avec le moins de moyens possible. Car si le manque d’argent est un problème, le manque d’idées des ministres est un problème plus grave encore.

Le temps de la créativité…

Jusqu’ici, personne n’a jamais été nommé ministre parce qu’il avait une idée. C’est pourquoi avoir des idées n’est pas une qualité attendue chez un ministre camerounais, au contraire. On devient ministre au Cameroun en faisant tout sauf en proposant une idée ; et le ministre n’est pas maintenu ni révoqué sur la base de ses idées. Pourtant nous avons plus que jamais besoin des idées…

A quand la créativité dans un gouvernement au Cameroun. Peut-il  seulement être une plateforme de créativité et créer comme Yunus Mohamed au Pakistan la microfinance ? Nos ministres peuvent-ils sortir de la signature des 4/9 ? Jusqu’à quand les camerounais vont-ils continuer à supporter la routine et la platitude ministérielle qui prend en otage tout un pays pourtant créatif, et se contenter de consommer la créativité des autres parfois moins créatifs que nous ? La plupart des idées qui sous-tendent aujourd’hui  l’action gouvernementale quand elles ne sont pas l’émanation des donateurs internationaux sont des transpositions des idées pensées ailleurs. L’émergence en 2035 qui est l’objectif des « grandes réalisations » peut-elle seulement être pensée sous le prisme de la créativité camerounaise ? Si oui nous en attendons les articulations dans les feuilles de routes des différents ministères sinon nous risquons comme tout peuple sans idée de ne jamais nous retrouver eux côtés de ceux  qui réinventent chaque jour le monde dans lequel ils vivent.

Quand il n’y a rien derrière, sinon rendre à Vanessa son bébé !


« Qui » est derrière un homme qui demande qu’on rende le bébé volé à une jeune fille dans un hôpital public ? Qu’est-ce qu’il y a « derrière » l’idée d’organiser une conférence de presse ou une marche pour faire toute la lumière sur cette affaire du bébé volé ? Et s’il n’y avait rien strictement rien derrière la démarche du Professeur Vincent Sosthene FOUDA, excepté ce qu’il y a devant ? De la solidarité que nous avons perdue, de l’humanisme que nous avons perdu, de l’amour du prochain que nous avons perdu !

Que sommes-nous en train de devenir au Cameroun ? Comment en sommes-nous arrivés à ne plus chercher que « derrière » ce qu’il y a devant, ce qui est clair, ce qui est évident ? Comment en sommes-nous arrivés à être tous des interprètes ? Des interprètes qui veulent traduire ce qui est en train de se passer devant  nous tous, en une chose secrète ? Avec les fameuses formules «cette affaire n’est pas simple ! » « Vous savez ce qu’il y a derrière tout ca ? » Mais d ’où vient ce désir d’ésotérisme permanent ? Ce qui se passe au Cameroun est-il si unique que cela a toujours besoin de décryptage ? Comme par hasard, cet ésotérisme est toujours politique !

Tout ne peut pas être politisé !

Si le vol du bébé de Vanessa est devenu politique, c’est bien de la faute d’un agent de police zélé qui a vu chez le Pr Vincent Sosthène Fouda un homme qui  « cherchait quelque chose… ». Encore que, il serait normal pour un homme politique déclaré comme cet éminent professeur de Sciences politiques, de vouloir le pouvoir… Après tous les reproches qui ont été faits à l’opposition camerounaise, n’est-ce pas un exemple pour les autres ?  Seulement, ici la politique est une affaire du « derrière ».  A force de ne chercher que dans l’obscurité, on ne peut voir davantage, la lumière du jour. Voilà ce qui semble dérouter les camerounais dans le personnage du Pr Vincent Sosthène Fouda. Lui, il  propose aux camerounais de faire la politique par devant, et au grand jour. On refuse d’écouter ce que demande cet homme politique engagé dans les problèmes des  camerounais, notamment ceux qui sont victimes de la loi des plus forts comme la pauvre Vanessa. Mais tout le monde cherche à savoir ce qu’il y a « derrière » son engagement.

Comment comprendre avec cette affaire du bébé volé de Vanessa Tchatchou l’inertie que le Chef de l’Etat  a lui-même maintes fois  condamné ? On serait allé dire au Président que c’est un groupe qui se cache derrière l’affaire du bébé volé de Vanessa Tchatchou pour tenter de le renverser. Pas moins ! Et du coup, il n’y aurait jamais eu de bébé volé et toute  cette affaire  aurait été montée de toutes pièces. Exactement comme on lui  dit à chaque revendication sociale que des « apprentis sorciers » veulent le renverser. Résultat : Pas d’enquêtes sérieuses pour rendre à Vanessa son bébé, mais des manœuvres pour couvrir les responsables de ce qui semble bien être un vaste réseau de trafic de nourrissons !

Le Président que son entourage a appris à connaître et à « dribler » serait-il sensible à ces affaires du derrière ? On comprendrait pourquoi le pays est autant paralysé. Il suffit qu’une personne aille dire que telle autre personne qui est entrain de vouloir construire un hôpital pour les pauvres camerounais cherche la place du président pour qu’il soit coupé dans son élan ! Du coup, personne n’ose plus prendre aucune initiative ! On est surpris que le pays régresse. Car tout aura été politisé et faire de la politique consiste simplement  à « aller dire… »  au Président  que « ce que vous voyez là… n’est pas ce vous voyez !». Voilà comment on décroche qui un poste ici, qui un poste là…

Un bébé qui menace la République !

Si le bébé d’à peine quelques mois voudrait renverser Paul Biya, c’est que l’Etat est devenu bien fragile ! Sinon comment expliquer que pendant que les voleurs sont tous libres de leurs mouvements,  l’Etat s’acharne et traine en justice ceux qui comme le Pr Vincent Sosthène Fouda, Valsero, les étudiants de l’ADDEC ne demande qu’une chose : Qu’on rende à Vanessa  son bébé. Ils vont être jugés le 08 mai prochain pour « trouble à l’ordre public et mise en mal de la paix » ! Comme si la paix qu’on défendait était celle d’une petite élite qui a déjà tout pris aux camerounais au point de prendre même  le peu qui leur reste, leur progéniture.

Le bébé de Vanessa semble être venu au monde pour leur régler leur compte. Alors que les responsables religieux et même les chancelleries des pays des droits de l’Homme s’en étaient accommodés, la faiblesse naïve semble pour une fois prendre le dessus sur la force arrogante. Elle vient mettre fin  au vampirisme boulimique de l’élite camerounaise engraissée et protégée.

De grâce, pour une fois essayons d’exorciser la bête politique qui nous gangrène et enfin redevenir des hommes, faisons tout  par devant afin que cette fois, le président n’aie plus besoin d’interprètes pour lui dire ce qu’il y a « derrière ».

Puisque nous camerounais sommes tous si mauvais et que vous président êtes si bon…

Le 25 avril 2012

Monsieur le président, si vous et nous sommes encore ensemble aujourd’hui, c’est parce que nous sommes mariés. Bien qu’il s’agisse d’un mariage arrangé, j’ai le sentiment que notre mariage fut en fait un mariage forcé car, il est apparent aux yeux du monde que nous ne nous aimons plus.  Si nous sommes encore ensemble aujourd’hui, c’est parce que notre mariage a évolué  pour finalement devenir est devenu un mariage de raison.

Il semblerait que nous ne vous méritons pas Monsieur le président. Nous camerounais sommes tellement nuls et vous président êtes tellement brillant… Nous camerounais sommes tous des voleurs et vous président, vous restez le seul homme honnête de ce pays. Nous camerounais sommes tellement décevants et vous président, vous êtes la seule personne efficace qui nous reste. Nous camerounais sommes tellement fainéants et vous président vous êtes le seul à vraiment travailler… Oubliant que si nous sommes ce que nous sommes, c’est aussi à cause de vous qui avez la charge de l’organisation de nos vies. En d’autres termes, le temps est venu pour que vous assumiez le mauvais comportement de vos « enfants ». Les camerounais ne peuvent pas tous être si mauvais sans que vous ayez une part de responsabilité. Tout ça ne peut être que de la faute des autres ! Si vous étiez vraiment bons, nous ne serions pas aussi mauvais !

Monsieur le président, aujourd’hui nous constatons que « vous nous avez perdu le temps » et nous savons que vous ne pouvez pas nous rendre notre jeunesse. Vous êtes comme un polygame qui doit tout à sa première femme que nous sommes mais qui préfère la dernière. Comme si ça ne suffisait pas, vous continuez à faire de nous ce que vous voulez. La question que je vous pose Monsieur le Président est la suivante : pourquoi restez-vous encore dans ce mariage ?

Vous ne voulez plus de nous Monsieur le président, vous ne nous aimez plus, si vous nous avez-vous seulement jamais aimé ? Notre désamour est aujourd’hui consommé. Pourquoi continuer à rester dans cette union désormais vidée de son contenu : contraintes, arrangements, raison. Maintenant que nous savons qu’il n’y a plus rien entre nous Monsieur le président, nous demandons une seule chose,  rendez-nous notre liberté !

Les Apprentis Sorciers Blancs de la Communication Présidentielle

Si aujourd’hui le travail d’un communicateur consiste à trouver la bonne histoire pour son client, ce qu’on appelle le storytelling, les communicateurs blancs de Paul Biya qui lui déconseillent les médias africains, au profit des leurs, et à des prix exorbitants viennent par cynisme de nous livrer à travers les pages  du journal « Le Monde », une histoire africaine comme les français les aiment. Quelle idée de faire un publi-reportage post électoral dans un journal de gauche ayant critiqué ces mêmes élections ? Pensaient-ils vraiment changer l’opinion des lecteurs du journal « Le Monde » sur leur client ? Pourtant le storytelling qui reste la technique de communication la plus efficace car elle a porté Nicolas Sarkozy à la présidence française est d’origine africaine. Parce que raconter des histoires est un élément important de la culture africaine, il serait aujourd’hui difficile aux communicateurs d’Etoudi d’exclure les camerounais  de leur projet  communication. Ils échouent là où Fanny Pigeaud a réussi  avec son « Au Cameroun de Paul Biya » et un article dans le journal  Libération sans avoir eu à débourser 307 millions de Francs CFA, peut-être parce qu’elle s’est inspiré  du storytelling à la camerounaise… Le Cameroun a une belle histoire et une belle histoire, bien racontée aura toujours plus de succès auprès du public que toutes les campagnes de communication à l’ancienne.
Quel est finalement le story de ce publi-reportage aux lecteurs du journal « Le Monde » qui sont généralement des français de gauche et des intellectuels ; donc des gens qui sont en théorie pour l’émancipation des peuples africains, pour une aide accrue aux pays africains, pour l’alternance démocratique et contre la France-Afrique ? Le story  dit que l’élection s’est bien déroulée quand le même journal a dit le contraire à ses lecteurs, que les camerounais sont heureux et que l’avenir est radieux avec le système en place. Sauf que les mêmes lecteurs savent que le Cameroun comme de nombreux pays africains a des problèmes et ils sont très souvent ceux qui militent pour que la dette soit éradiquée, que l’aide soit augmentée, que les multinationales cessent leur pillage etc.

Supposons en effet que ces lecteurs se trompent  et que ce qui est dit dans le publi-reportage est vrai, alors pourquoi éprouve-t-on le besoin de communiquer là-dessus ? Pour quelles retombées en France ? Pourquoi payez-vous une telle somme d’argent à un journal français qui n’en a pas besoin et qui de surcroit vous a critiqué ; quand on sait que la France envoi une aide supposée ou réelle au Cameroun ? La narrative qui se dégage du storytelling des communicateurs « blancs » de Paul Biya renforce les stéréotypes d’un régime qui chercherait à redorer son blason auprès de la France à laquelle elle reste entièrement soumise et à n’importe quel prix.

Ces communicateurs « blancs » d’Etoudi  se font donc payer pour une narrative que même les ennemis de ce régime n’auraient jamais imaginé. Le font-ils exprès où pêchent-ils par ignorance? Leur histoire n’est pas sans rappeler la fable du scorpion et de la grenouille. Le scorpion qui désirait passer de l’autre côté d’un marigot demande à la grenouille de l’aider à traverser sur son dos. La grenouille lui dit qu’il sait qu’il va le piquer s’il le prend sur son dos pour traverser. Le scorpion lui demanda de ne pas être stupide car s’il le pique tous les deux mouraient car il ne sait pas nager. La grenouille accepte et au milieu du marigot, elle sent la brulure d’une piqure. Elle demande au scorpion pourquoi il a fait ça, ils vont tous les deux mourir ! Le scorpion lui répond, je suis désolé, on n’échappe pas à sa nature.
En tant qu’africain lisant le journal Le Monde, je me suis senti doublement piqué. Non seulement l’Afrique paye ses anciens colons avec de l’argent qu’elle n’a pas, pour améliorer son image, en plus l’Afrique demande ainsi que se perpétue ce lien néocolonial de la France-Afrique dont une certaine frange de français voudraient sortir. A qui d’autre devons-nous nous en prendre sinon à nous-mêmes, lorsque la France se sent investie de sa noble mission sur notre continent ? N’oublions pas que la narrative de l’Afrique avec ses clichés et préjugés s’installe définitivement  dans l’imaginaire occidental avec les récits de Stanley, parti à la recherche de Livingstone qui délivre dans l’équivalent du New York Times de l’époque, un storytelling qui  fait perdre à  l’Afrique  la guerre des narratives qui sévit aujourd’hui. Quand Aristote dit qu’ « une bonne histoire doit susciter la crainte et la pitié », difficile de ne pas y voir un complot des médias occidentaux qui ne parlent d’Afrique qu’en termes de guerres ( crainte) et de famine (pitié). Si les africains sont dans la situation dans laquelle ils se trouvent c’est pour avoir oublié qu’il existait une guerre du storytelling à laquelle leurs ancêtres les ont pourtant prémuni en leur dotant de cette culture de la parole où tout est storytelling.

Comment expliquer à nos ancêtres qu’après un héritage de millénaires de culture orale et de contes, nous fassions encore  appel à des « sorciers blancs » pour raconter à notre place notre histoire? Nos ancêtres doivent  se demander quels types d’africains  sont devenus leurs enfants. S’ils reconnaissaient aux narratives une fonction sociale, c’est parce qu’ils voulaient nous éviter d’être victime des narratives des autres, car nous sommes les histoires que nous entendons, que nous voyons, que nous mangeons,  nos ancêtres voulaient que le storytelling soit au service du Bien, du Vrai et  du Juste, ils ne voulaient pas qu’on vienne nous raconter des histoires.

By Jean pierre bekolo 8 décembre 2011