La Réentrée: l’Afrique doit guerir de sa rencontre avec le blanc*

Avec la révolution constatée aujourd’hui dans les neurosciences où l’on commence à
comprendre comment fonctionne l’esprit, quel crédit encore accorder aux travaux de
Frantz Fanon qui s’inspire de Freud développe dans les années 50, un discours clinique
sur une supposée malade mentale du noir. Le Peau Noire Masques Blancs de Fanon
qui « entend démontrer que la nature complexuelle du nègre s’éclaire, d’un point de vue
psychopathologique. » prend-il en compte les théories de Lakoff qui suggèrent que chaque
être humain construit des modèles cognitifs qui sont le reflet de concepts ayant trait aux
interactions entre le corps, le cerveau et l’environnement. Les modèles cognitifs sont crées
par les êtres humains (ils sont donc idéalisés) mais ils dépendent d’expériences sensorielles
ainsi que de l’expérience kinésique. Comment aujourd’hui s’en tenir à une interprétation
psychanalytique du problème du noir pour révéler les anomalies responsables de « l’édifice
complexuelle » quand on sait le rôle des modèles cognitifs qui font appel à l’incarnation
conceptuelle et que celle-ci s’effectue grâce à des activités corporelles « antérieures au
langage » ? Lakoff a abordé le thème de la grammaire et de la sémantique d’une manière
qui semble mieux correspondre aux données de la biologie et de la psychologie. En partant
de données sur la catégorisation, il en déduit que la signification résulte des mécanismes
intrinsèques du corps et du cerveau.

La réentrée

En relisant aujourd’hui le texte de Fanon dans les Damnés de la Terre ; il y a lieu de
conclure que les africains ont rejeté son appel quand il dit : « Allons, camarades, le jeu
européen est définitivement terminé, il faut trouver autre chose. Nous pouvons tout faire
aujourd’hui à condition de ne pas singer l’Europe (…), à condition de ne pas être obsédés par
le désir de rattraper l’Europe. » L’Afrique a choisi de singer l’Europe ; quand bien même elle
passe par la Chine, son obsession est à défaut de la rattraper, de suivre l’Europe.

Ce qui est intéressant, chez Fanon, c’est qu’il estime que l’attitude du noir est de l’ordre de
la maladie mentale: traumatisme, schizophrénie… le travail de Fanon qui s’inspire de Freud
dit une seule chose. Le noir serait malade de sa rencontre avec le blanc*. Ce qui n’est pas
très différent de ce que dit Valentin Mudimbe dans l’Odeur du père quand il se demande si
l’Afrique peut et doit se débarrasser de l’occident. Ce dernier pose la seule véritable question
qui définit un projet aux Africain ; car c’est autour de sa rencontre avec le blanc que se
dessine aujourd’hui le projet de l’Afrique moderne quoiqu’on dise.

Si l’on considère donc que l’africain soit malade et que les problèmes de l’Afrique
d’aujourd’hui soient liés à ce traumatisme de sa rencontre avec le blanc, il y a lieu de
traduire comment le cerveau africain « malade » serait guérit selon un système sélectif
de reconnaissance appelé la réentrée. En d’autres termes est-ce que la réentrée qui n’est
autre chose que le retour du blanc en Afrique ne serait-il pas la thérapie de cette maladie
mentale dont souffrent d’après Fanon les africains… et les blancs ? Peut-on se servir de ce

modèle utilisé en évolution et en immunologie pour guérir de ce « père » dont l’ « odeur »
est installée pour de bon en Afrique ?

Le blanc

Notre utilisation du terme « blanc » ici obéit au cadre que nous nous sommes fixés ; celui
de Fanon qui est de l’ordre du mental et donc de l’Histoire, du colonialisme, de l’esclavage,
de l’aliénation, du traumatisme. Le blanc dans notre cadre est donc avant tout une
représentation mentale car c’est de cette manière qu’opère l’esprit. Ces représentations sont
censées s’exprimer dans un langage de la pensée ou « mentalais ». Donc quand nous disons
ici le blanc, nous parlons en « mentalais ». Une langue que les africains comprennent bien.
La notion de « blanc » ici est comme ces représentations ; abstraite et symbolique. Elle suit
des règles qui constituent une syntaxe. Ce blanc dont nous parlons est sémantiquement lié
au monde de l’africain, et il est essentiel à la formation du « modèle interne » à son monde
actuel issu de cette rencontre. Le blanc est une forme de représentation interne de l’africain ;
représentation qui correspond aux structures externes du monde africain aujourd’hui. Le
blanc fait donc partie de l’ensemble du système de représentations de l’africain qui forme
son langage de la pensée une lingua mantis ou mentalais. Le mentalais est langage abstrait,
symbolique, toujours en mutation et lié au monde réel fait de marques visibles posées par
Dieu à la surface de la terre, il est un langage lié au monde à la fois réel et fictif qui en
constitue la représentation imaginaire.

La reconnaissance

Voici une définition de la « reconnaissance » qu’on pourrait assimiler à la rencontre avec
le blanc. La reconnaissance est la mise en correspondance adaptative et continuelle des
éléments d’un domaine physique donné aux nouveautés survenant dans les éléments d’un
autre domaine physique plus ou moins indépendant du premier, avec un ajustement qui a
lieu en l’absence de toute instruction préalable.

Nous pouvons dire que l’ambition du projet colonial qui était de faire des africains des
occidentaux a fonctionné. E qu’à la question que pose Mudimbe si l’Afrique peut se
débarrasser de l’occident, la réponse est sans appel. Non. Et les deux signes qui démontrent
l’irréversibilité de cette démarche sont la religion d’une part et la langue d’autre part .
L’africain qui a opté de prier les dieux du blanc et de parler sa langue peut-il encore se
prévaloir d’une identité si différente ? Et la question de savoir toujours dixit Mudimbe s’il
doit se débarrasser de l’occident, il devient clair qu’en se débarrassant de cette « odeur »,
ne se débarrasse-t-il pas d’une partie de lui-même ? Si le rejet du blanc qu’appel Fanon
est compréhensible, le ressentiment qui perdure serait lui aussi de l’ordre de la maladie
et produirait un déséquilibre qui empêcherait l’Afrique aujourd’hui de se projeter vers
l’avenir. L’Afrique est malade et doit guérir de sa rencontre avec le blanc. Et le paradoxe
de cette maladie voudrait que en son absence, le blanc est hyper-présent. Il se retrouve
à des endroits où il parfois il ne devrait pas se retrouver. Il n’y a qu’à regarder comment
l’africain se projette lorsqu’il se sert des supports qui s’offrent à lui ; lorsqu’il essaye de voir
loin. Le monde du blanc est le lieu de l’utopie ; il est cet endroit dans lequel l’africain a
géographiquement situer cette société exemplaire. Il représente assez bien la forme mentale
d’un colonialisme imaginaire. On y a transféré le paradis, le lieu de nos rêves. Pour cet
environnement africain mis en correspondance adaptative et continuelle avec des éléments

du monde des blancs et qui en devient plus moins dépendant, on pourrait donc parler de
reconnaissance.

Selon la théorie de la sélection, l’environnement crée des modèles cognitifs chez les
individus qui reviennent agir sur l’environnement, leur cerveau crée ainsi un antidote à cet
environnement qui l’a généré. Il s’agit d’en déduire un modèle antidote pour compenser
voire remplacer celui en place. C’est la dynamique de la maladie et du médicament. C’est
ce modèle de la reconnaissance sélectif ou la théorie de la reconnaissance sélective de
l’environnement qu’il s’agit d’appliquer à la rencontre de l’africain avec le blanc. En d’autres
termes, si on veut aller dans la direction de Fanon, le blanc et l’africain seraient-ils dans une
dynamique de la maladie et du médicament ? Et qui serait le médicament l’autre ?

Le système immunitaire fonctionne comme un système sélectif de reconnaissance. Votre
système immunitaire sait distinguer les molécules étrangères (non-soi) des molécules
de votre corps (soi) en vertu du fait qu’elles ont des formes différentes. Il y parvient en
fabriquant des protéines appelées anticorps. Chaque cellule immunitaire fabrique un
anticorps dont la région variable est différente de celle des autres : chaque région variable
possède un site de liaison dont la forme est différente. Lorsqu’une molécule étrangère ou
antigène pénètre dans l’organisme, elle ne se lie qu’aux anticorps (présents à la surface
des cellules immunitaires) dont il se trouve que la forme s’ajuste à celle de certaines de
ses parties cellules xyz par exemple). Cet ensemble de cellules se divise alors et forme
des « clones » – des populations de cellules semblables, portant chacune des anticorps
semblables. Lorsque l’antigène sera présenté une seconde fois, un grand nombre de copies
de ces mêmes anticorps seront là pour aider à le détruire. Les cellules xyz par exemple
seront plus nombreuses que les autres et reconnaîtront plus rapidement les molécules
étrangères la prochaine fois que celles-ci s’introduiront dans l’organisme. Ce système est
sélectif parce qu’un grand nombre de formes d’anticorps différentes, susceptibles de se lier
à des antigènes. Les antigènes ne sélectionnent qu’un petit nombre de formes d’anticorps
dont la production est alors énormément amplifiée par la division clonale des cellules
correspondantes, ce qui aboutit à la présence d’énormes quantités de ces anticorps-là. Ainsi ,
la population d’anticorps se modifie avec l’expérience.

La réentrée

La théorie de la sélection de l’environnement réentrante obéit à trois principes: 1.la sélection
au cours de développement, la sélection à travers l’expérience et la réentrée.

Si on assimile le premier principe à la période coloniale depuis la première rencontre avec
le blanc, la découverte l’un de l’autre avec ses incompréhensions, préjugés et attentes sans
oublier les brutalités, l’oppression et l’exploitation. Le deuxième principe lui serait plutôt
la période post-coloniale où fort de l’expérience précédente, l’africain se définit un projet
voulant le prémunir de son expérience antérieure. Il s’agit aujourd’hui de se demander si la
prochaine étape ne serait pas le troisième principe ; celui de la réentrée, c’est à dire du retour
du blanc.

Nous pouvons caractériser la période actuelle de l’Afrique comme celle de la selection au
cours de l’expérience ; en d’autres termes celle du rejet du blanc à la suite de l’expérience
du colonialisme. Si c’est autour de ce rejet que s’est forgé le projet d’autodétermination qui
a produit les indépendances, c’est aussi paradoxalement autour du même rejet que l’Afrique

post-coloniale a définit son projet ; un projet qui contrairement au souhait de Fanon devait
éviter de « singer » l’Europe. Malheureusement, aujourd’hui plus d’un demi-siècle après,
cette relation au blanc est dans l’impasse ; notre expérience antérieure commence à nous
jouer des tours et nous nous retrouvons ainsi figées autour de cette idéologie de la libération
et de la résistance qui était une étape naturelle du principe 2 suivant le principe 1. A quel
moment intervient donc la réentrée ; c’est à dire le principe 3 ?

Si en biologie, la réentrée est la manière dont les aires du cerveau se coordonnent pour
donner naissance à de nouvelles fonctions, il ne fait aucun doute que l’Afrique a besoin de
réinventer sa relation avec le blanc. Donc de créer de nouveaux circuits qui sont des circuits
réentrants. Notons aussi que lors de la réentrée, chaque neurone est soit excitateur pour
d’autres neurones, soit inhibiteur, mais pas les deux à la fois. Il y a un caractère hautement
coopératif à l’activité des groupes de neurones ; ce qui pourrait inspirer cette nouvelle
relation entre le blanc et l’africain. Parce que la propriété de réentrée autorise une synthèse
récursive, il y a lieu de revisiter cette rencontre afin d’en résoudre les nœuds car ici, non
seulement les événements sont corrélés topographiquement sur un ensemble de cartes sans
l’aide d’un quelconque supérieur mais des propriétés sélectives nouvelles émergent au cours
du temps par réentrées successives et récursives à travers les cartes.

Cette perspective de la réentrée ouvre une voie nouvelle qui ne semble pas en contradiction
avec un message des africains eux-mêmes, qui à défaut de s’exprimer dans un langage
articulé, parlent par leurs comportement un « mentalais » qui dit leurs pensées à travers
leurs comportement. Comportement que Fanon pourrait caractériser d’aliénation voire de
maladie mentale.
Comment pourrait-on critiquer l’africain aujourd’hui qui « singe » le blanc ? Quand bien
même ce comportement serait de l’ordre de la maladie, comment envisager une thérapie
excluant la cause de sa maladie ; c’est à dire le blanc ?
Les idéologies issues de l’époque coloniale qui sont le principe 2 de la théorie de la
sélection ne sont-ils pas obsolètes dans le sens où ils ne sont plus en mesure de nous éclairer
sufr le monde ? Qui aujourd’hui essaye encore de résister et encore moins de se libérer
du joug d’un colonialisme dont on sait qu’il est économique ? Quel Etat est véritablement
libre et donc indépendant aujourd’hui des marchés financiers et des multinationales ?
L’Amérique ? L’Angleterre ? La France ? Qu’est-ce qui fait croire aux africains que la lutte
de libération aujourd’hui est encore semblable à celle des années 50 ? Et luttent-ils encore
vraiment ? Quand on voit leur manque d’engouement pour les organisations panafricaines,
n’ont-ils pas dans les faits renoncés à ces rêves d’autodétermination auxquels ils préfèrent
le rêve de l’enrichissement personnel ? Si cet état de fait n’est pas spécifiquement
africain, il n’en demeure pas moins que l’Afrique qui joue le jeu de rejet Fanon demeure
paradoxalement dans une schizophrénie qui l’empêche de se définir un projet et donc de
guérir du blanc.

L’Afrique qui s’inscrit dans un processus de réentrée est une Afrique qui a un projet pour le
blanc tout comme le blanc a eu avec l’esclavage et le colonialisme, un projet pour l’Afrique.
Elle n’ignore pas que le blanc est lui aussi malade d’aveuglement comme le révèla si bien
le président Bolivien Evo Morales qui rappelait en 2008 aux députés européens sur le
point de voter la loi sur la «directive du retour » que « des dizaines de millions d’habitants
partirent aux Amériques pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières,

aux guerres ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités ethniques.
Les Européens sont arrivés dans les pays d’Amérique latine et d’Amérique du Nord, en
masse, sans visa, ni conditions imposées par les autorités. Ils furent toujours bienvenus,
et le demeurent, dans nos pays du continent américain, qui absorbèrent alors la misère
économique européenne et ses crises politiques… » L’insensibilité et l’aveuglement des
députés européens qui ont fini par voter ce le 18 juin 2008 ce texte violant la Déclaration
universelle des droits de l’homme de 1848. Et aujourd’hui seulement 4 ans près l’histoire
donne raison à Evo Morales car des milliers de portugais débarquent en Angola à la
recherche du travail. La crise qui aujourd’hui frappe l’Europe impose cette réentrée que
des pays comme l’Angola ont intégré car ils accueillent ces européens dans la perspective
d’un nouveau projet. Le Nigeria aussi lorsqu’il accueillait les fermiers blancs chassés du
Zimbabwé s’inscrivait dans cette perspective de la réentrée où ce n’est plus l’Europe qui a un
projet pour l’Afrique mais l’Afrique qui a un projet pour l’Europe.

Nous constatons qu’aujourd’hui de nombreux pays africains souffrent de ne pas savoir
comment sortir de cette impasse idéologique du rejet du blanc. Et aujourd’hui le fait
de ne pas avoir des étrangers et plus précisément des blancs intégrés dans leur système
alimente des pratiques d’un autre âge tels que le tribalisme, c’est par ce qu’elle est paralysée
par son experience coloniale qui l’a pourtant paradoxalement préparé à entrer dans
une « mondialisation des êtres». Ainsi, on constate qu’à force de fonctionner entre eux, les
africains ont fini par développer ces relations polarisées qui crispe le fonctionnement et
l’évolution de ces pays à une époque où ils possèdent un avantage sans précédent.
La situation dans les pays occidentaux n’est pas plus évoluée car malgré une certaine
diversité, le concept de la « préférence nationale » qui est aussi raciale en France
alimente du côté blanc, cette maladie et trahit aussi un manque de vision et de projet
de « mondialisation des êtres ». Les Etats-Unis eux aussi ont connu une expérience qui
leur auraient permis de déboucher sur la réentrée, préferent s’en tenir à la mondialisation
des échanges et jouer une « mondialisation cosmétique » avec une Peau Noire et un masque
Blanc à sa tête. L’Afrique ne doit donc compter sur aucun pays occidental pour entamer sa
réentrée. Si on a pris l’habitude de se demander quel est l’avenir que l’Europe, l’Amérique
réserve à l’Afrique, il est temps de demander à l’Afrique ce qu’elle voudrait faire du blanc,
en Afrique et bien au delà.

Que se passe-t-il en Afrique ?
Un affrontement sournois qui s’exprime en « mentalais » a actuellement lieu entre les
masses qui veulent « le blanc » sous certaines formes (immigration, mariages sur internet,
écoles, santé…) et une élite dans la duplicité qui exploite l’argument de l’autodétermination
pour mieux spolier le peuple tout en jouissant d’une relation avec le blanc qu’elle soit de
l’ordre de la légitimité qu’ils en tirent (diplômes occidentaux…) etc.
L’élite dit, en mentalais bien sûr, nous allons y arriver par nous-mêmes. Le peuple lui
répond, en 52 ans vous n’avez pas réussi ne serait-ce qu’à maintenir ce que le colon a laissé,
qu’est-ce qui nous fait croire que c’est du temps dont vous avez besoin. Alors, l’élite brandit
toutes sortes de scénarios apocalyptique au peuple si jamais le blanc revenait. « Vous ne
serez plus libres… ce sera le fouet… l’exploitation… etc. » comme si le peuple ignorait que
ce sont ces régimes africains se chargent aujourd’hui d’exploiter et d’opprimer ; en la matière
les dictatures africaines n’ont aucun complexe vis à vis de l’oppression coloniale et pour le
pillage des richesses ils n’ont besoin que des complices occidentaux ou chinois pour faire le
pont et vider leurs pays de toutes ses richesses qu’ils vont planquer en Suisse. D’après ce que

nous dit le comportement des peuples africains, si on ouvrait les frontières dans certains
pays, c’est tout le pays se videraient ; et à raison ! Et ce ne sera pas pour aller au Congo !
Pourquoi l’élite africaine ne se met-elle pas à ce langage de la pensée et constater que le
temps est à la réentrée ? L’égo de l’africain est une forme de la maladie mentale dont parle
Fanon. Elle est une conséquence de cette rencontre avec le blanc. Sinon comment expliquer
pourquoi l’élite africaine a besoin d’infliger à son peuple autant de douleur ? Juste pour dire
nous dirigeons-nous même notre propre pays ? Créer un Etat moderne, démocratique qui
satisfait à un nombre de besoins pour les citoyens dépasse aujourd’hui les africains et
personne ne peut dire le contraire. Pourquoi y a t-il encore aujourd’hui ce sentiment de honte
devant un échec qui justifie la fuite en avant si ce n’est une maladie? La réentrée permet de
reconnaître qu’il n’y a plus de place à l’hypocrisie et d’avancer. D’abord nous n’avons pas
créé nos pays. Le Cameroun par exemple est une création occidentale depuis son territoire,
jusqu’aux lois et même les villes Yaoundé, Douala… sont des créations occidentales. Et
même ce nom : Cameroun qu’on a jamais osé changé n’est pas de nous. Ce sont les blancs
qui nous l’ont donné « crevettes » camaroes et nous sommes très fiers de le porter
aujourd’hui. Et à raison car si nous parlons le mentalais, comme tout langage, il procède de
sa sémantique. Pourquoi Robert Mugabe le président Zimbabwéen a eu tord d’arracher les
terres aux fermiers blancs ? Ce n’est pas parce qu’ils est faux qu’ils ont occupé de force des
terres appartenant aux indigènes ; des terres qui symbolisaient pour ces derniers leur
héritage, leurs traditions, leurs identité, leur patrimoine. Sauf que plus d’un siècle plus tard,
la colonisation est passée par là, le Zimbabwé est devenu indépendant et les autochtones
voudraient récupérer les terres, ce qui est légitime. Mais Mugabé est-il en train de rendre à
son peuple les terres qui lui ont été prises? Non, car entre temps; la définition sémantique
de la terre a changé. Ces terres n’étaient pas une question de superficie encore moins de
valeur marchande, mais plutôt valeur symbolique, patrimoniale, traditionnelle etc. C’est
pourquoi la terre qu’on arrache au fermier blanc n’est pas la terre qu’on a prise aux
Zimbabwéens. En mentalais, cette terre est devenue dans le monde capitaliste, un capital
susceptible de produire des richesses au même titre qu’une usine qui demande un savoir
faire, un marché, des ouvriers qualifiés, des produits, du marketing etc.

Comment aujourd’hui l’Afrique espère-t-elle s’en sortir sans prendre en compte la matrice du
blanc qui définit tous les contours de sa nouvelle identité?

Si on pourrait perçevoir effectivement dans certains comportements vis à vis du blanc des
gestes de l’ordre de la maladie dont parle Fanon, il faudrait reconnaître que d’autres seraient
plutôt de l’ordre du pragmatisme voire de l’utilitarisme ; tout comme le réfrigérateur a plus
résolu les révendications des féministes dans les années que tous les discours. On se sert du
blanc pour résoudre ses problèmes. Ce phénomène du « blanc-par-utilitarisme » qui n’est
pas spécifique à l’Afrique car il est perceptible en Asie, au proche et moyen orient et même
aux Etats-Unis est un déplacement – shift- voire une avancée du rapport maladif selon
Fanon que l’Afrique a au blanc.
Si est on est obligé aujourd’hui d’aller chercher des blancs fantoches juste pour être pris au
sérieux dans le business ou autre chose? La réentrée nous dit que tant qu’à aller chercher les
blancs, faisons en un programme et appelons les meilleurs !

Quand Fanon parle de la schizophrénie, elle s’est transformée dans l’Afrique d’aujourd’hui
en une duplicité qui consiste à se tromper soi-même pour mieux tromper les autres. L’élite
africaine qui est bien contente d’avoir remplacé le blanc, non pas pour servir mais comme le

blanc, par mimétisme, une autre forme de maladie plutôt pour mieux assujettir son peuple et
bénéficier de son statut. Elle va donc tout prendre chez le blanc : ses méthodes, son système,
ses références qu’elle va « singer » dans le but de légitimer sa position. L’élite africaine qui
fustige le blanc lui doit tout : les diplômes dont ils se prévalent, les postes de responsabilités
de la République qui leur sert de moyens d’enrichissement, même les voitures dans lesquels
ils se pavanent, les costumes qu’ils portent, leurs enfants à l’étranger etc Très souvent, le
président de la République est lui- même une fabrication des blancs ! Et c’est du blanc qu’il
tire tout son charisme par un mimétisme dont il se vante. Ne dit-on pas que notre président
est un « blanc » ! Il impose un comportement de « blanc » à son entourage et donc à cette
élite obligée de les « singer » dans un théâtre où le pouvoir se met en scène comme chez
les blancs. Ici, l’Afrique et ses traditions sont rares dans l’appareil d’État qui est conçu
comme un gâteau et non pas comme une plantation où tous les bras seraient les bienvenus.
Ce que Fanon n’avait pas prévu c’est ce degré de maladie où l’absence du blanc serait le
théâtre médiocre où l’Africain le mettrait en scène avec tous ses défauts qu’il prendrait en
son compte en s’appliquant à exceller dans sa dimension pillage et oppression. L’Etat arraché de

haute lutte au blanc est désormais l’outil de l’exploitation de l’africain par l’africain.

La réentrée serait donc un moyen pour l’africain de sortir de sa duplicité et de son hypocrisie
vis à vis de son propre peuple car aujourd’hui plus que jamais, ce petit peuple a besoin 52
ans plus tard des étrangers pour résoudre les nombreux problèmes qui se posent à eux dans
les domaines de la santé et de l’éducation aujourd’hui abandonné par l’élite dirigeante.

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LE CINEMA DU PRINTEMPS, LES FILMS ARABES, LES REVOLUTIONS, ET L’ISLAMISME

LE CINEMA DU PRINTEMPS,

LES FILMS ARABES, LES REVOLUTIONS, ET L’ISLAMISME

Regard d’un cinéaste membre du Jury sur la 24ème édition des Journées Cinématographiques de Carthage

Par

Jean-Pierre Bekolo

Si les 24èmes Journées Cinématographiques de Carthage coïncidaient avec deux événements majeurs dans la région –le premier la paix à Gaza et le deuxième la décision du nouveau président égyptien de s’octroyer tous les pouvoirs–, les 19 films arabes en compétition internationale, eux-mêmes, s’ils étaient peu visionnaires, ouvrent un débat sur le regard que portent aujourd’hui les cinéastes sur les révolutions arables et l’islamisme. Les réalisateurs maghrébins les plus importants se sont essayés dans un cinéma qu’on pourrait qualifier de « cinéma du printemps » ; un genre dont on a essayé de décrypter le sens, voire de s’interroger si seulement il est possible.

La cérémonie d’ouverture des JCC fut semblable à cette vague révolutionnaire qui a frappé, il y a un an, la Tunisie : à la fois euphorique et chaotique. Le film «DEGAGE» de Mohamed Zran, programmé pour l’ouverture, donnait le sentiment d’une ère nouvelle pleine de naïveté et d’enthousiasme. Les JCC allaient nous faire revivre ce fameux printemps par procuration, du moins le pensions-nous.

Les cinéastes ont essayé de faire sens de ces révolutions. Pour une fois, tous étaient demandeurs : les bailleurs de fonds du cinéma maghrébin, les publics arabes et occidentaux. Il ne fallait pas une fois de plus laisser la place aux seuls images occidentales soupçonnées ici d’être chargées d’un agenda . Il fallait s’exprimer quitte à donner le sentiment de surfer sur une vague. Le film qui donna le plus ce sentiment d’opportunisme, tellement il provoqua le courroux des Palestiniens est le «ROYAUME DES FOURMIS» de Chawki Mejri, qui traite de la question palestinienne comme un opéra mélodramatique chargé de symbolique.

Voilà en quoi les JCC étaient un événement cinématographique historique à ne pas manquer. Les premiers JCC post-révolution. D’ailleurs toute l’élite du cinéma maghrébin s’était donné rendez-vous à Tunis, avec chacun film traitant de la révolution ou de l’islamisme et très souvent des deux car il fallait déployer les grands talents pour faire sens de ce désordre inquiétant qui pointe à l’horizon.

Ce qui donne, pour «JE NE MEURS PAS», un cinéaste qui raconte une histoire qu’il ne connaît pas à des gens qui la connaisse. Le Tunisien Nouri Bouzid nous offre un film avec une belle esthétique visuelle où le spectateur souffre autant que le réalisateur pour entrer dans ce conflit sur fond de la révolution qui tourne autour de deux jeunes filles, faisant un chassé-croisé avec l’une à qui l’oblige de mettre le voile mais qui refuse et l’autre à qui l’on oblige à l’enlever mais qui refuse. Avec «LES CHEVAUX DE DIEU», l’on découvre comment il est facile de devenir islamiste quand on est jeune, innocent et surtout issu des quartiers défavorisés. Si le réalisateur Nabil Ayouche nous fait une très belle description de l’enfance des futurs islamistes dans le style de «LA CITE DE DIEU» ou de «SLUMDOG MILLIONNAIRE», il nous surprend par la facilité avec laquelle ses personnages, tellement bien installés, acceptent, au travers d’une conversation, de devenir islamistes. Et «LE REPENTI» arrive comme pour nous dire ces islamistes que vous stigmatisez sont des hommes comme vous, aussi gentils que vous, le personnage principal a ce visage «babyface» qui vous ferait lui donner le Bon Dieu sans confession. Au lieu de se repentir lui-même, tout ce qu’il fait de bon, c’est qu’il va, contre de l’argent, montrer à ce couple la tombe de leur fille tuée par les islamistes, sachant que la zone n’est pas sécurisée. Enfin celui dont l’approche est la plus cinématographique, car elle se sert d’un événement dont nous avons tous été témoins par télévision interposée, c’est l’Egyptien Youri Nasrallah, dont le film «APRES LA BATAILLE» est le plus moderne, car il pose, au travers d’une belle histoire d’amour, la seule question véritable de ces révolutions : celle de la lutte des classes. Il n’est alors pas étonnant que le jury en guise de réponse aie plutôt porté son dévolu sur un film moins ambitieux «MORT A VENDRE» (Tanit d’Argent), traitant de trois jeunes désorientés, dont un islamiste, qui essayent de gagner leur vie en volant de l’argent dans cette jungle urbaine dont Faouzi Bensaidi fait une peinture originale. Le jury a trouvé «LE PROFESSEUR» (Prix du scénario) film tunisien plus approprié à la période que vit actuellement la Tunisie et qui pose dans un film d’époque conventionnel sans artifice sur les années Bourguiba, la question du recul et de la distance sur les événements. Le Tunisien Mahmoud Ben Mahmoud a peut-être mieux réussi à parler au jeune public très présent dans une salle de Tunis en posant une question qui se pose à tous et surtout aux nouveaux leaders actuels. Vont-ils, eux-aussi, participer ou fermer les yeux à l’exploitation du peuple pour quelques honneurs, privilèges et avantages, ou bien vont-ils comprendre pourquoi le peuple s’est levé et a chassé un dictateur ce 14 janvier 2011 ?

La cérémonie de clôture n’a pas semblé présager un avenir de bonne augure, tellement elle était froide, voire glaciale, tant elle était organisée et contrôlée par l’institution. Nous étions très loin de la légèreté de l’ouverture avec ses ratés mais qui nous as donné un temps le sentiment que le printemps arabe avait au moins changé quelque chose.

Cameroun: Et si on réapprenait à parler d’avenir ?

A l’heure où il semble ne pas y avoir de perspectives d’alternance politique, c’est peut-être le moment de faire rêver les camerounais en leur parlant de ce qui sera différent lorsque Paul Biya ne sera plus là. Une manière de sortir des débats stériles sur une gestion passée qui nous empêchent de nous projeter dans l’avenir et de commencer à s’inventer un autre pays. Ne dit-on pas qu’on ne peut obtenir ce qu’on ne peut pas voir… Et si on parlait d’avenir? 

Puisqu’il est désormais clair que le match est terminé et que nous jouons maintenant les arrêts de jeu, commençons à débattre des changements que nous allons opérer une fois ce régime parti car il est évident que nous n’aimons pas le pays tel qu’il est aujourd’hui. Notre  passé  récent  et notre présent ne sont pas beaux,  il ne sert plus à rien de perdre son énergie dans des débats stériles à parler. Parlons donc plutôt d’avenir. Pensons au jour où nous allons nous mettre à rêver de nouveau…

J’aimerais voir tant de choses changer… Parmi les choses que j’aimerais voir différemment une fois la fin du match sifflé, il y a le style de gouvernance !
J’aimerais qu’on ait un régime ayant une certaine proximité avec le peuple. J’aimerais que la simplicité, le sens pratique et l’humilité anime nos dirigeants. J’aimerais voir des gens au service des autres, des gens ayant de l’empathie qui communique mieux, travaillent en équipe dans  la transparence avec enthousiasme et professionnalisme. Des gens qui sont là pour servir et non pour se servir.

Moi je vois l’avenir en 7 dimensions :

  1. Sur le plan de l’EDUCATION, parce que la moitié de la population à moins de 17 ans, l’école doit devenir le lieu où tout se passe. Je vois une « école ouverte », où parents peuvent venir prendre des enseignements sur le nouveau type de paludisme par exemple, où un policier peut venir parler de son métier aux enfants etc…  Je vois des écoles ou passe régulièrement un médecin pour les soins et la prévention. Je vois chaque école avec une cantine scolaire subventionnée avec un repas à 100 Francs préparé par les mamans des villes rémunérées avec des produits agricoles cultivés par les mamans des villages, boostant ainsi tout le secteur agricole. Je vois des nouveaux programmes scolaires avec un maximum de contenu local, je vois des enfants avec des tablettes numériques utilisables pendant toute leur scolarité, contenant tous les livres en version électronique, donc moins cher et des outils pédagogiques audiovisuels. Je vois des bus scolaires subventionnés faire du ramassage des élèves surtout en zone rurale où les distances sont grandes. Je vois un développement des sports de compétition à l’école ainsi que la pratique des arts grâce aux infrastructures et aux événements.
  2. Sur le plan de l’ECONOMIE, parce que nous devons sortir de l’économie des matières premières et  transformer nous-mêmes nos produits, Je vois un accompagnement des entrepreneurs sur les aspects création (par exemple le design pour les menuisiers), l’emballage, le marketing avec la création des marques et la vente en ligne par exemple, la logistique (transport). Je vois une assistance aux entrepreneurs  et à la formation du petit personnel en favorisant l’entrée des franchises étrangères dans notre pays qui fournissent les modèles tout en aidant au développement des franchises locales. Je vois les banques prêter aux PME, je vois les procédures de création d’entreprises allégées grâce à la suppression de passage obligé chez les notaires. Je vois la création d’une usine de montage de voitures pour créer des emplois, au vu du nombre de voitures que nous consommons dans ce pays. Je vois aussi supprimé la subvention sur le carburant car c’est aux gros consommateurs de carburant qu’elle profite le plus  (multinationales…)  et non aux petits consommateurs. Je vois enfin un statut pour les distributeurs de produits des multinationales et grandes entreprises (call boxeurs, vendeurs de cigarettes, de boissons…)
  3. Sur le plan de la SANTE, parce que les gens arrivent toujours trop tard à l’hôpital. Je vois chaque camerounais avec son blog médical, racontant sa maladie au jour le jour en attendant de voir le médecin. Je vois chaque camerounais avec une assurance maladie lui offrant systématiquement une couverture (soins, médicaments, examens) en privilégiant les plus démunis ne pouvant cotiser eux-mêmes. Je vois des services d’urgences très performants avec des ambulances dans toute la ville.
  4. Sur le plan du SERVICE PUBLIQUE, je vois toute la fonction publique informatisée à commencer par le courrier sous forme de e-mail. Je vois une fonction publique avec non pas une seule école d’administration, mais plusieurs écoles de management privé et public où on enseigne avant tout la force de la démocratie et non plus seulement celle de l’Etat comme c’était le cas avec l’ENAM. Avec des concours qui se feraient après l’école pour entrer dans la fonction publique avec des tests réguliers. Je vois une fonction publique avec un médiateur où peuvent se plaindre les usagers. Je vois une administration sans sous-préfets où les attributions de ce dernier seraient transférées chez les élus maires. Je vois un service publique où le train de vie de l’Etat serait réduit avec le développement des cités administratives où logent en même temps les fonctionnaires supprimant ainsi les voitures de services privés permettant d’économiser des milliards dépensés en achats, maintient et en carburant.
  5. Sur le plan des ELECTIONS et de la POLITIQUE locale, il est temps que ceux qui n’habitent pas les villages laissent les villageois faire la politique chez eux. Je vois des partis politiques différenciés obligés de se positionner tous sur les mêmes questions permettant de distinguer s’ils sont de droite ou de gauche, tels que  la répartition des richesses, sécurité sociale, impositions… Pour éviter la tricherie aux élections faute de moyens, je vois un système électoral s’appuyant sur une méthode statistique comme les sondages. J’aimerais aussi voir en direct à la télé, les débats de l’assemblée nationale.
  6. Sur le plan de la CULTURE, des MEDIAS et du TOURISME, je vois des villes avec des rues portant les noms de nos héros, avec leurs monuments pour renforcer notre identité nationale, je vois des fêtes sans défilé pour les civiles, des fêtes crées et imaginées par des metteurs en scènes et créateurs. Je vois des instituts de langues nationales partout, je vois la culture érigée en priorité nationale impliquant toutes les institutions. Je vois une Maison des Camerounais de l’Etranger leur permettant d’apporter au pays leur contribution. Je vois de nouveaux opérateurs de téléphonie mobile dont les bénéfices sont taxés pour financer la culture. Je vois une importante société de production et de distribution de la culture camerounaise. Je vois un réseau de médias locaux images, textes, sons, vidéo, boutique  (sous forme de page web) dans chaque petite localité du pays opérant sous le moto « possède ton image, raconte ton histoire, vends tes produits et services ». Je vois des publicités aux productions et contenus 100% local permettant de faire vivre photographes, mannequins, designers etc…
  7. Sur le plan des AUTRES choses qui restent, je vois pour la JUSTICE une dépénalisation des délits de presse et des pratiques homosexuels. Je vois pour l’ENERGIE un développement de l’énergie solaire et de l’énergie hydraulique à petite échelle dans les rivières et fleuves. Je vois pour le TRANSPORT EN COMMUN, la création des trains de ville sur les tracés existants. Je vois une formation pour les candidats à l’IMMIGRATION. Je vois pour l’ENVIRONNEMENT la relance des traditions africaines jugées écologiques, l’interdiction de l’emballage plastique et la redistribution de la taxe carbone aux communautés et individus préservant les forêts. Je vois la création de cimetières urbains et la limitation de la durée des funérailles pour limiter leur poids sur les familles. Je vois dans la COOPERATION la création au Cameroun des institutions jumelles de celles de références occidentales dans tous les domaines. Sur le plan de la FAMILLE, du POUVOIR D’ACHAT et des BIENS, parce que les familles sont surtout en conflit pour des questions liées à la succession et à la terre, je vois une réforme du code de la famille, du droit de succession, du droit foncier où la terre ne serait plus à vendre et des déclarations des revenus. Je fois des autochtones exonérés de la taxe foncière.  Je vois aussi la maison à 50 000 FCFA par mois pour les familles.

Conquérir la France

Face à la montée de l’extrémisme et du racisme anti-immigrés africains en France, les africains se trouvent dans une position où ils ne peuvent plus laisser les français être les seuls à  définir le type de relation qu’ils veulent avoir avec l’Afrique. Les africains aujourd’hui acculés à devoir se justifier en permanence sur la raison de leur présence sur le territoire français sont obligés de se doter de se doter d’un arsenal idéologique leur permettant de réussir leur projet de vie en occident.

L’africain doit aller à la conquête de la France car un conquérant n’a pas besoin de justifier sa présence sur le sol qu’il décide d’occuper. Parce qu’il sait que son sol et son sous-sol africain est sous occupation, il sait qu’il doit partir. Parce qu’il ne peut devenir un résistant encore moins un terroriste, il sait pourtant qu’il doit réagir. Parce qu’un conquérant est déjà dans une logique guerrière de victoire, il recherche l’excellence.

Dans une démarche individuelle d’abord, puis en se mettant en réseau ensuite, le conquérant se doit d’être discipliné et informé afin de profiter au maximum des avantages qui s’offrent à lui qu’ils soient juridiques, démographiques, culturels ou même de la nature des emplois qui lui sont offerts, bref de tout ce qu’il a à sa disposition pour conquérir la France.

L’Africain n’est plus sans ignorer que la chasse à l’immigré observée ici et là est une guerre menée contre lui et que malgré les initiatives parfois timides des partis de gauche, et des associations, personne ne peut mener cette guerre à sa place et qu’il devra être en première ligne.

Mettre la Culture au Centre de la République

A l’heure de la crise économique, de la mondialisation, de la corruption et de la fin des régimes rentiers en Afrique et au moyen orient, les Etats africains ont plus que jamais besoin de la culture pour produire à leur population  le développement promis. A ce jour tous les modèles appliqués par ces Etats dans domaines économiques et politiques échouent parce qu’ils sont extérieurs aux africains et à leur culture. Les systèmes hérités du colonialisme sont inertes, sclérosés et gangrenés et tournent le dos à la créativité de la culture qui s’offre à eux. Pourtant les africains n’arrêtent pas de s’exprimer  tous les jours sur ce qu’ils sont et sur ce à quoi ils aspirent. Il n’y a qu’à écouter les artistes  et à s’intéresser à leurs œuvres ;  il n’y a qu’à observer les comportements quotidiens des africains inventifs. Le spectacle que nous offre les rues et les villages africains (au grand plaisir de certains médias qui s’en donnent à cœur joie tout comme les ethnologues à une certaine époque) sont un grand livre qui ne demande qu’à être décrypté. Comme lors d’une cérémonie rituelle, ces expressions et ces comportements ont une double dimension divertissante (révélée) pour les non-initiés et discursive (cachée) pour les initiés. Un travail de décryptage qu’il faudrait s’approprier et ne plus laisser seulement aux personnes en quête de stéréotypes car leur finalité n’a aucunement été jusqu’ici à l’avantage de ces « auteurs du réel » qui doivent désormais prendre possession de leurs histoires  et de leur images dans ce monde médiatico-politico-économique où le pouvoir réside désormais dans le contrôle des histoires.

Les histoires parasites ont investis tous les aspects de notre vie au point de modifier notre identité. Nous sommes désormais les histoires que nous mangeons, que nous portons (vêtements), que nous regardons (tv), que nous buvons, que nous écoutons, que nous cultivons, que nous apprenons, que nous possédons, que nous consommons.

Comment protéger les africains contre cette aliénante machine médiatico-politico-économique qui produit la misère chez eux et la richesse ailleurs si ce n’est en œuvrant avant tout pour que ceux-ci  reprennent possession de leur image et de leurs histoires ? Car ne l’oublions pas, le projet colonial avait avant tout pour but d’amener les africains à changer de culture. Aujourd’hui, 50 ans après les indépendances les africains doivent se redéfinir eux-mêmes une culture contemporaine faites de toutes les dimensions qui sont les leurs aujourd’hui. Et les artistes sont en première ligne et devraient servir de modèle pour cette révolution attendue, car à travers leurs œuvres on observe que sur le plan du contenu, ils ont opéré des choix soit syncrétiques, traditionnalistes ou modernistes, avec plus au moins de succès au niveau local et international. C’est cette approche que doivent adopter nos Etats qui sur le plan politique sont une copie (photocopie) de la 5ème République française (pays francophones) et sur le plan économique des fournisseurs de matières premières. L’artiste ne se contente pas d’envoyer des sons pygmées en occidents ou des masques ancestraux (modèle de matière premières), au-delà du contenu, il organise une économie autour de sa création une petite entreprise qui parfois réussi à exporter à l’échelle mondiale (Youssou Ndour, Salif Keita… en musique)  alors que leurs Etats restent incapables d’offrir des produits compétitifs à l’international. C’est un artiste qui le premier dans les années 70 a le premier a dénoncé publiquement la corruption des régimes en Afrique, il a été arrêté à maintes reprises sans que personne ne s’en émeuvent, aujourd’hui même les Nations Unies et récupéré cette thématique. Ce même artiste a identifié et révélé à travers ses œuvres et son engagement une dizaine de maux dont l’Afrique allait être victime. Cet artiste était Fela. Si jadis ce qu’on appelle aujourd’hui l’artiste faisait partie intégrante de la société, il est évident que l’Afrique postcoloniale ne lui trouve pas une autre place que celle d’un amuseur public ayant le statut de petit commerçant sans infrastructure qui n’est même pas protégé contre la piraterie. Il rejoint ainsi tout ce secteur qui révèle le manque de créativité et de capacité d’organisation des Etats africains, le secteur dit  informel  ou encore « la débrouille ».  Si les artistes sont aujourd’hui instrumentalisés par les politiques et les multinationales, c’est bien parce qu’ils ont une fonction dans la société. Mais leur statut incertain et fluctuant sert la cause de tous sauf la leur et encore moins celle des pays. Il est donc important qu’ils s’invitent dans le débat national avec leurs forces et leurs faiblesses ; et qu’ils s’invitent là où se décide le sort de leur pays c’est-à-dire lors des élections.

L’Afrique a été avant tout victime de l’histoire que les premiers explorateurs ont raconté sur elle. Coupable de n’avoir pas proposé au reste du monde sa propre histoire. Une histoire stéréotypée forte aux traits marqués qui reste malgré les variantes et déclinaisons la même, celle que l’explorateur Stanley envoyait au New-York Times de l’époque. L’histoire qui a fait que le Vatican a douté que les africains aient une âme et a ainsi ouvert le terrain à tous les abus dont l’esclavage.

La présence des artistes au conseil des ministres,  à l’assemblée nationale, dans les conseils municipaux, les conseils d’administrations de sociétés est aujourd’hui indispensable. Nos pays ont besoin de leurs vérités pour se développer car leur vérité est la nôtre. Contrairement aux vérités qui nous viennent d’ailleurs et qui organisent sans grand succès la vie sociale, politique et économique de nos pays.

Si l’histoire des pays occidentaux leur permet de mettre l’artiste là où ils l’ont mis, la nôtre nous impose de le mettre au chœur  de notre dispositif sociétal. L’Afrique est orpheline de son art ancestral si prisé en occident. Si notre culture a pu produire cet art dit primitif dont la valeur n’a pas d’égal aujourd’hui tant il était chargé de sens ; un sens à lui donné par des artistes dépositaires du patrimoine africain, pourquoi nos Etats indépendants refuserait-ils de réveiller l’esprit qui a produit cet art et qui sommeille en nous et particulièrement en nos artistes ? D’autant plus que les œuvres d’art africain n’étaient pas produite pour rester dans les galeries et les musées ; ces œuvres s’invitaient dans tous les aspects de la vie et ponctuaient les rituels du quotidien. Pourquoi  ne pas inviter notre art et nos artistes partout où nous travaillons pour améliorer le quotidien de nos concitoyens non pas pour qu’ils deviennent autre chose, mais plutôt qu’ils soient eux-mêmes et nous apporte ce désajustement dont nous avons besoin, d’autant plus que le projet d’aliénation qui nous attends aura besoin de résistants voire de renaissance à une échelle nationale voire internationale.  Aucun ministère n’échappe au paradoxe culturel. Si 80% de la charge médicale national est entre les mains des tradipratriciens, ils restent dans l’informel  le ministère de la santé ne les prend pas en considération dans son projet, ils n’ont pas d’hôpitaux, pas de structure de formation etc. La justice ne prend en compte les droits coutumiers que de manière folklorique. Aucune institution de l’éducation national ne dispense l’enseignement des 280 langues recensées au Cameroun par exemple alors que l’Etat certifie et agrège en anglais, en espagnol, en allemand. Ne parlons pas des autres savoirs et connaissances endogènes qui nourrissent les recherches de doctorants (Phd) occidentaux.

La majorité des programmes en application aussi aujourd’hui dans toutes les sphères de la vie sociale, politique, économique et culturelles sont issues des concepts importés en dehors du continent. Malgré le peu de succès de ces programmes on persiste et on poursuit sur un chemin qui ne produit pas de résultats sur le terrain. Le résultat est clair. L’aide n’a pas développé l’Afrique ! Pourtant des initiatives culturelles, créatives et inventives naissent et grandissent sous nos yeux et produisent des résultats

A la Recherche des Héros Perdus

Cher Président Wade,

Nous savons que l’Afrique est avant tout malade de sa mauvaise image et c’est à nous cinéastes que reviendrait la tâche de la soigner. Toutefois, c’est vous chefs d’Etats qui êtes responsable de la réalité africaine qui alimente cette mauvaise image. Pire encore, vos collègues alimentent Hollywood qui produit à coups de millions de dollars des films inspirés par des dictateurs africains. Quand bien même nous nous évertuons à produire des films sur nos héros vous pêchez par l’absence de vos Etats dans le montage financier de nos films. Comment peut-on envisager d’exister dans cette guerre d’images que l’Afrique est entrain de perdre quand en face d’un Idi Amin – Dernier Roi d’Ecosse nous pouvons difficilement imposer un Lumumba tant l’écart de budget est important?

Si certains de vos collègues se demandent encore à quoi sert le cinéma, vous êtes désormais en position de leur répondre. Le cinéma est cette identification et cette projection dont ont besoin nos peuples pour se créer un destin noble sans avoir besoin de s’humilier auprès de donateurs qui nous offrent le « développement » sur un plateau d’argent.
A travers votre appel de Dakar, nous comprenons que c’est d’un cinéma au service du développement de l’Afrique que vous prônez, un cinéma qui corrige les mentalités, un cinéma qui dit que les choses peuvent, doivent et vont être différentes. Le cinéma peut être un guide de nos sociétés africaines et nous cinéastes acceptons cette noble mission. Mais est-ce une affaire des seuls cinéastes Le cinéma africain est une affaire de tous ! Le cinéma africain est une entreprise transnationale panafricaine!

Cher Président Wade, au cinéma, un héros n’est pas un héros sur ses seules paroles ; un héros est héros sur la base de ses actions. C’est pourquoi nous cinéastes attendons des actes car à ce jour, nos Etats n’ont pas une politique culturelle. Nos Etats n’ont pas de lignes budgétaires de financement du cinéma, les chaines de télévision d’Etat ne produisent ni n’achètent de films africains, nos Etats ne combattent pas la piraterie et la majorité de nos Etats n’ont même plus de salles de cinéma.

Quand on sait que le film Lumumba a été produit pour le prix de trois voitures d’un cortège présidentiel, on comprend que tout est une question de choix. Nous voyons ainsi impuissants notre jeunesse africaine captive de l’imaginaire des ennemis de l’Afrique sur son propre sol parce que vos collègues et vous préférez financer des équipements de guerre d’un autre temps. Pendant ce temps, ces ennemis étalent sur les chaines de télévision du monde, nos misères, nos massacres, nos viols, nos épidémies; condamnant ainsi l’Afrique à être perçue aux yeux du monde comme un déchet de l’humanité.
Si vous pensez que le cinéma coûte cher, l’absence d’un cinéma africain coûte encore plus cher à l’Afrique. Cher Président Wade, l’Afrique est en guerre, une guerre des images dans laquelle nous cinéastes sommes en première ligne.

Au delà de la célébration des héros africains, Cher Président Wade, c’est tout un continent qu’il s’agit de galvaniser autour de son propre projet et non plus sur les plans établis pour l’Afrique depuis l’extérieur. Un projet de reconstruction de notre identité tant ancestrale que contemporaine, nous permettant de mieux définir la relation avec l’Autre dans en monde où chaque peuple propose désormais son modèle.