LA CULTURE AU CHEVET DU CAMEROUN

Si les crises que connait aujourd’hui le Cameroun sont toutes culturelles, les solutions doivent aussi être culturelles. Et c’est en cela que les camerounais détiennent eux-mêmes les clés. Mais tant qu’on apporte à ces crises des solutions administratives, des solutions militaires ou toutes les solutions non-culturelles, il est clair que les camerounais sont avec leur modèle de solution entrain eux-mêmes d’inviter les étrangers dans ce qui devrait ressembler une grande plateforme de “reinvention”. 

Si on regarde de près la crise de Boko Haram au nord du pays, n’oublions pas que au delà de sa dimension terroriste, Boko Haram veut dire que l’éducation du blanc est mauvaise (un péché). On ne peut nier le fait que cette question de l’éducation du blanc pour beaucoup d’africains reste un problème, combien de camerounais par exemple associent les valeurs culturelles du blanc avec l’homosexualité et donc prônent sans le savoir les memes valeurs que Boko Haram? 

Si on prend la crise anglophone, comment ignorer que c’est la colonisation qui crée ce conflit? On a beau avoir adopté certaines dimension de ce projet occidental qui nous “invente” (V.Y. Mudimbe), on ne saurait ignorer que de fait Allemands, Francais et Anglais doivent être automatiquement convoqués ne serait-ce que par l’Histoire. Qu’est-ce que l’histoire si ce n’est le récit de nos origines en tant que êtres certes mais aussi en tant que nation? La dimension culturelle de l’histoire débarrassée de toute récupération politique aurait permis de poser les bases de ce que nous gardons chez nous et chez les autres et de ce que nous rejetons, de qui a aidé et de qui a trahi. etc. etc.

Si on parle de la crise de tribalisme dans les réseaux sociaux ou dans la destruction de la stèle dédiée à Um Nyobe par les chefs Douala, il est clair que l’Etat que nous avons a joué non seulement les ponce-pilates dans la gestion de la hiérarchie entre la République et l’ethnie mais surtout il a instrumentalisé l’ethnie dans la construction d’une unité nationale qui a eu pour effet pervers de mettre la République au second plan. Et pourquoi ne le serait-elle pas quand on sait que la caution ethnique quand bien même elle n’est qu’un simulacre reste déterminante dans l’ascension que les uns et les autres peuvent observer dans la République. Pourtant il s’agit soit de decider comme le propose Mamadou Diouf d’un retour au paganisme  soit comme le fit Mao en Chine, de faire une “revolution culturelle”.

Il est donc impératif que la culture reprenne tous ses droits et devienne ce médecin que dis-je médecin, cet hôpital dont a besoin le Cameroun pour guérir de ses maux qui sont et restent avant tout culturels. Après l’invention du Kamerun par les Allemands, suivi des Cameroun français et Cameroon Anglais, il est temps que soit inventé le Kmer des camerounais. Hommes et Femmes de culture la balle est donc dans notre camp! Hommes et femmes politiques ne barrez pas la route à la culture!

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LE PAYS OU TOUT LE MONDE EST PRESIDENT!

Si le nombre de camerounais qu’on appelle “Presi”, “Excellence” , “DG”… grandit chaque jour c’est pas un hasard, chaque camerounais est président…  à son niveau. Si un camerounais est à poste, peu importe sa fonction, son grade,son titre, considérez-le comme un président si vous voulez obtenir un service. Que ce soit dans le public, dans le privé, au village ou même au sein des associations, il n’y a rien à faire, vous avez à faire à un “presi!” Si alors par malheur, la personne à qui vous avez à faire a le fameux décret présidentiel, sachez que c’est à Paul Biya lui-même que vous parlez! 

D’où nous vient-il que les camerounais sont tous des presidents? Est-ce le modèle de gestion qui consiste à faire des postes de l’administration des concessions octroyées à telle ethnie, tel département ou meme à tel individu pour ce qu’il représente dans le système? Un modèle qui se fiche de la performance car “ce n’est pas pour ca qu’on l’a mis là” entend-on souvent. Chaque poste est un fauteuil et le fauteuil serait peut-être pour nous camerounais un symbole de la royauté. Ce n’est pas celui qui est assis qui doit servir, c’est celui qui est debout. Peut-être avons-nous à faire à une sémiologie africaine où le modèle colonial qui créé le poste a pensé au “service public” sans tenir compte du sens que nous africains allions donner à ce fauteuil. 

Sauf que le phénomène des présidences ne touche pas que l’administration publique. Si le privé est tout aussi touché, c’est probablement parce que c’est un problème du camerounais lui-même. Le camerounais ne peut vivre que en étant president ou en aspirant à le devenir. Et c’est peut-être le secret de la longévité au pouvoir du president Paul Biya qui a réussi à faire de chaque camerounais un president à son niveau. Voilà pourquoi il ne vient en idée à aucun camerounais de vouloir “sa place”. 

Le laisser faire et le laisser aller qu’on observe au Cameroun est quand même effarant pour quelqu’un qui visite ce pays. Un simple électricien est capable de couper le courant d’un ministère laissant l’edifice sans énergie pendant plusieurs jours sans que le ministre ne soit capable de remettre l’électricité!  “C’est lui qui m’a amené ici?” , “On l’a nommé comme on m’a aussi nommé”, “Il est ministre pour lui là-bas, pas à mon niveau ici”… Bref c’est ca le Cameroun, le pays où tout le monde est president! 

Peut-être que c’est tout simplement une affaire de courage; le camerounais est juste courageux, culotté, bluffeur; car il finit quand même, quand l’autorité se réveille,  à être sanctionné. Et là,  même déchu de son poste, il garde toujours le titre de “prési » en buvant les bières au quartier… en attendant qu’on lui confie un autre royaume à présider. Ainsi va la vie présidentielle au Kmer!

Qu’est-ce que ca donne un pays entier où tout le monde, de la caissière au directeur est président? 

Ca donne un pays avec des millions d’egos à masser; encore faudrait-il qu’il reste quelqu’un pour leur faire des “atalakus”! 

C’est un pays où les egos en concurrence créent des tensions à tous les niveaux de la société, rendant le pays quasiment ingérable. 

C’est un pays où toutes les ambitions convergent vers le poste de pouvoir, abandonnant  les postes techniques et les savoir-faire; bref une société de chefs et donc une société d’incapacité généralisée faite des incapables. 

Un pays d’”Excellences” est donc un pays qui compte sur les étrangers pour faire le job. 

Enfin un pays où tout le monde est président est un pays où aucune unité ne sera possible… et donc un pays où tous les présidents devront tous s’entre-tuer pour qu’il n’en reste qu’un seul à la fin.

LE SILENCE ASSOURDISSANT DE LA FRANCE

Chers amis français, savez-vous que quelque part en Afrique, dans mon pays le Cameroun, une guerre a lieu à cause de votre langue, le français. Savez-vous que le Kamerun est un pays qui fut votre butin de la grande guerre contre l’Allemagne, partagé avec l’Angleterre? Savez-vous que nous si les francophones et eux les anglophones du Cameroun sont aujourd’hui en guerre c’est à cause de votre style de colonisation dans ce pays? Savez-vous que c’est un français, Maurice Duverger qui a rédigé pour notre pays une constitution calquée sur celle de la 5ème République de De Gaulle? Savez-vous que après la soi-disant indépendance du Cameroun, la France a continué à tirer les ficelles de cette République fédérale bilingue parlant français et anglais, en désignant le premier président (non élu), en créant et gérant une école d’administration des élites sur le modèle de l’ENA excluant le “Common Law”; et donc les anglophones. Savez-vous que c’est votre pays la France qui a organisé la suppression du fédéralisme avec cette mascarade de referendum où le peuple encore ignorant devait choisir entre le OUI et le YES, afin de faciliter à la société française Elf l’exploitation secrète du pétrole en zone anglophone parce que l’Algérie venait de nationaliser ses puits de pétrole? 

Si vous ne savez pas toutes ces choses, ce n’est pas grave car le Cameroun a mené une guerre contre la France qui vous a été caché. Mais ce que vous devez savoir c’est que à cause de votre culture de nombreuses vies sont perdues chaque jour au Cameroun dans un conflit qui oppose ceux qui parlent la langue française et qui sont au pouvoir à ceux qui parlent la langue anglaise et qui demandent aujourd’hui la sécession… C’est vrai que les choses sont un peu plus complexes mais ce qui est troublant c’est les appels au dialogues de votre pays se font du bout des lèvres, aucune initiative sérieuse n’est entendue alors que des dizaines de milliers de familles sont déplacées. D’où vous viens cette insensibilité quand il s’agit du Cameroun? Est-ce votre posture habituelle qu’on appelle la France-Afrique ou le Pre-carré … qui perpétue justement votre mauvais rôle historique dans notre pays?  Votre silence est assourdissant et nous amène à nous interroger sur les manoeuvres silencieuses qui sont les vôtres pour perpétuer l’hégémonie française dans notre pays le Cameroun fragilisé qui cherche encore à se définir une identité dans sa pluralité ethnique et religieuse. Le Cameroun a beau être un pays indépendant, il ne fait aucun doute que cette guerre fait partie des séquelles de votre colonisation française avec tout ce qu’elle a signifié et signifie dans encore aujourd’hui dans cette crise entre frères camerounais qui se disent maintenant anglophones pour les uns et francophones pour les autres.

Chers amis français, sachez que quelque soit l’issue de ce qui se passe au Cameroun, la violente histoire coloniale non-expurgée avec la France fait que il n’y aura pas de procès sans que votre pays soit sur le banc des accusé. Et peut-être les camerounais auront pour une fois l’occasion de comprendre enfin ce qui leur est vraiment arrivé.

LE REVE DE MON ARRIERE-GRAND-PERE

Comment en sommes-nous arrivés dans ce pays à avoir des jeunes dont l’ultime rêve est d’avoir un numero matricule de la fonction publique? En d’autres termes, nos enfants ont le même rêve nos grands parents, donc que leurs arrières-grands-parents; le rêve de travailler pour le “gomna” entendez le “government”! Nous sommes peut-être en 2018, nous avons beau être à l’heure de Google, WhatsApp, Facebook et donc d’opportunités illimitées de cette époque, mais toujours dans nos quartiers et nos villages, on célèbre l’entrée de chaque fils et fille à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature ENAM comme on célébrait à la fin des années 60, l’entrée à l’école coloniale. Des jeunes qui faisaient rêver tout un village parce qu’ils allait non pas remplacer le blanc, mais parce qu’ils allait devenir “le blanc”, le gomna ou le chef de terre comme on dit aujourd’hui. Comment les parents et les grands parents d’un pays comme le Cameroun n’ont-ils pas été capables de produire à leurs enfants et petits-enfants, un rêve autre que celui que le blanc a pensé pour eux il y a plus d’un demi-siècle? Comment avons-nous réussi à esquiver systématiquement à l’ère des réseaux sociaux tous ces autres rêves que la modernité offre à tous les jeunes du monde, les mettant à égalité? Pourquoi avons-nous préféré la “position” (… de rente; la chaise…) au “projet”? Et si l’incapacité à se définir un projet autre que celui de remplacer le blanc était le problème véritable? L’Etat chez-nous est le rêve non pas parce qu’il est l’institution du pouvoir du peuple, c’est à dire de la démocratie, l’Etat est le rêve parce qu’il est le pouvoir de la domination de l’Africain sur son frère… comme ce fut avec le colon. On veut entrer à l’ENAM en 2018 pour non pas pour “commander” le monde extérieur, on veut entrer à l’ENAM pour la chaise , la position et non pas un projet (pourtant même le blanc qui l’a créé l’a fait pour un projet… son projet…) on veut entrer à l’ENAM pour commander son propre frère! Et c’était cela toute l’explication de notre retard?

LE VIEUX PRESIDENT ET LA RANGE-ROVER 

La fête devait être belle, fêter était bien mais la fête devait aussi être vraie car le Beau, le Vrai et le Bien. sont des valeurs universelle qui vont au de delà de notre vert-rouge-jaune. Le président nous faisait fêter l’unité de ce couple où la femme demande le divorce et le mari lui réponds que leur couple est “un et indivisible”… Il y avait beaucoup de belles choses, mais le Beau que le président a décidé de montrer aux camerounais,  c’est cette voiture, cette très belle voiture, une voiture que seuls Angela Merkel et Vladimir Poutine possèdent, hissant le Cameroun aux côtés de l’Allemagne et de la Russie… une belle manière de célébrer la grandeur de notre République menacée. “Le Cameroun ne va que sauf que avancer vers l’emergence!” Ceux qui parlent du prix, 656 millions de FCFA doivent rajouter 100% de taxes douanières car c’est comme ca qu’ils achètent leurs voitures eux. A l’époque, c’est le colon qui offrait au “Vieux Nègre la Médaille”  aujourd’hui c’est le “Vieux” president qui s’offre une Range Rover Klassen! C’était peut-être une manière à lui de “fermer la bouche” à ses détracteurs les Ambazoniens; comme on “ferme la bouche” des gens au quartier qui font le “bep! bep! bep”! D’ailleurs la Range Rover ressemble à un char… Google nous informe que le mot le plus googelisé par les camerounais depuis hier est: Range Rover Klassen Mais beaucoup d’autres ne peuvent eux s’empêcher de convertir la Range Rover comme on converti une monnaie. C’est avec l’operation Epervier lancée par le “Vieux” president lui-meme que les camerounais ont pris gout aux mathématiques. 1 Range Rover Klassen =  x hôpitaux, 1 Range Rover Klassen = x Ecoles, 1 Range Rover Klassen = … Et tout cela est BIEN. La question que je vous pose est la suivante: quel message le président voulait-il envoyer aux camerounais en se comportant lui-meme comme un éperviable?  

QUI PARLE, QUI SE TAIT, QUI AGIT?

Quand un pays africain comme le Cameroun actuellement connait une crise, les puissances occidentales nous ont habitué à des comportements qui traduisent bien l’état des relations entre nous les noirs et eux les blancs. Selon qu’on est la France, l’Allemagne, l’Amérique pour ne citer que ceux-la, on parle, on se tait ou on agit. Mais le parler, l’agir ou le silence ici sont chargés de non-dits. 

La France par exemple quand elle parle, elle ne dit pas toujours ce qu’elle fait et ne fait pas toujours ce qu’elle dit parce qu’elle n’arrive toujours pas à se défaire de son ADN de la France-Afrique dans une relation incestueuse où le jeune  président Macron reste un père fouettard. 

L’Allemagne elle se tait parce qu’elle préfère se faire oublier au vu de son passé nazi mais elle n’en pense pas moins. Elle est obligé de se cacher derrière ce grand-frère français en matière coloniale… pour mieux tirer incognito les marrons du feu. 

Enfin l’Amérique qui elle agit, réduisant le discours à l’essentiel, s’avère être celui qui par la simplicité de son langage, celui du cow-boy brandissant le fusil, a plus de chance d’être un justicier qui se retrouve souvent quoiqu’on pense du coté des plus faibles, laissant apparaitre le jeu des deux autres qui ne semble toujours pas sortis de la culpabilité coloniale. 

Pourquoi ni la France, ni l’Allemagne ne peuvent dire comme viennent de le faire les américains à un président africain de 85 ans qu’il est temps qu’il passe la main ? D’abord pour des raisons cosmétiques de bonne image et laisser croire qu’ils ont abandonné leur esprit colonial, mais surtout parce qu’ils ont fini par penser que ce qui s’applique à eux et au reste de l’humanité, je pense aux valeurs universelles telles que la liberté, ne n’appliquerait pas à l’Afrique. Ce discours, l’élite dirigeante africaine l’a tenu à ceux des occidentaux rêvant d’une certaine modernisation des rapports néo-coloniaux… comme pour négocier pour le noir que nous sommes, une exception à l’humanité…. Donc ils s’en sortent avec une bonne image comme des gens n’étant pas paternalistes quand dans tout ce qui concerne leurs intérêts ils le demeurent. Pourtant nous savons que l’africain d’aujourd’hui voudrait tout simplement les mêmes choses que le reste de l’humanité et aspire à s’émanciper d’une élite qui s’accapare de toutes les richesses et n’arrive pas apporter à résoudre les problèmes qui se posent au plus grand nombre. Pour eux l’Afrique serait à part et les africains devraient être dirigés autrement… comme le font leurs dictateurs! Ici autrement sous-entend l’Autre qui n’est pas nous. Quoi de plus raciste que cette acceptation désormais partagée entre l’élite dirigeante africaine et tous ceux-là qui ont choisi de laisser tomber pour les peuples africains abandonnés cette idée universaliste de Bien et du Vrai.

En d’autres termes, les postures de la France et de l’Allemagne bien que différentes seraient plus racistes que celles de l’Amérique qui est pourtant comme l’Allemagne une société égalitariste. Toute l’humanité doit être en mesure d’apprécier le meilleur de l’Amérique fut-il ses hamburger Mc Donald et Coca Cola! Par contre en France, la Sorbonne devait rester le privilège d’une élite surtout pas africaine. Le meilleur de la France ne saurait être “franchisé” en Afrique; même pas au pays de Senghor!

A l’époque coloniale, quand on demandait à un camerounais qui des français, des allemands  étaient les plus racistes, ils répondaient sans hésiter les français. Pourquoi? Parce que les Allemands d’hier comme les Américains d’aujourd’hui étaient égalitaristes quand ils vous punissait c’était parce qu’ils attendait de vous, que vous vous “éleviez“ aux normes allemandes… alors que le français vous punissait parce que vous n’étiez pas restés à votre place d’africain ou que vous aviez osé aspirer à l’égalité. Sans ignorer la dimension fasciste de cet égalitarisme brutal, le camerounais de l’époque coloniale a préféré les allemands car avec eux au moins, ils savaient pourquoi il souffrait, et il a pour preuve les infrastructures allemandes dont il a hérité contrairement aux français qui n’ont fait de grandes réalisations. Est-ce la défaite de l’Allemagne qui a changé sa relation à l’Afrique? Pourquoi aujourd’hui c’est l’Amérique qui occupe cette place et sa voix porte non pas chez l’élite néo-coloniale au pouvoir qui à bénéficié de plus d’un demi siècle de cette relation condescendante avec l’Afrique et personne ne pourra dire le contraire, elle porte chez ceux sont dans l’urgence et accepte le principe du devoir d’ingérence, car opprimés chez par les leurs. Celui qui agit aura toujours raison en face  de celui qui se contente de parler et pire encore de celui qui se tait. En d’autres termes, l’idée  égalitariste d’appliquer à tous les mêmes standards s’est arrêté chez nous en Afrique Centrale au niveau des Républiques qui ne sont très souvent démocratiques que de nom. L’égalité dans la santé et l’éducation pour ne citer que ceux-là, les mêmes Etats reconnaissent leur infériorité et acceptent volontiers les programmes de coopération infantilisants, comme ceux des japonais qui construisent nos écoles primaires! Une belle manière d’adapter le modèle colonial qui a muté en intégrant tout simplement une certaine élite africaine qui elle aussi a renoncé à l’égalité avec leurs concitoyens.

 

Je peux rajouter que, selon qu’on est ONU ou Union Européenne, on se livre au même exercice que la France, l’Allemagne et les Etats-Unis sachant que les trois pays cités sont aussi souvent dans ces institutions. Là-bas, ils condamnent, demandent une résolution, vote une résolution appliquent la résolution, essayent une médiation… avant le passage à l’acte. Puis il y a la fameuse Union Africaine qui souvent envoie un sage à la dernière minute, souvent un autre chef d’Etat en fonction. Et comme d’habitude ce “sage africain” doit affirmer l’indépendance de l’Afrique quand on sait que cette organisation fiancée par l’Union Européenne n’arrive toujours pas à obtenir des Etats Africains l’essentiel; le transfert de souveraineté ne serait-ce que dans les secteurs comme l’éducation, la santé…   Une sagesse qui consiste avant tout à ne pas créer un précédent qui risque de le rattraper lui-même!

Quand on a que parlé ou qu’on s’est tu pendant trop longtemps, il est difficile de ne pas être suspect. L’agir est contagieux. Au lieu de défier en paroles celui qui se pose en justicier de l’agir, il est encore grand temps de se laisser contaminer par l’action et d’anticiper et arrêter ces injustices qu’on vous reproche, de mettre de l’ordre dans la maison en protégeant les plus faibles sinon au nom de la justice, le justicier aura raison de venir même sans consensus et même de manière unilatérale, bousculer le statuquo de ceux qui se ne font que parler et de ceux qui se taisent, nom d’une humanité africaine qui ne doit souffrir d’aucune exception…

QUE PEUT-ON ENCORE REPROCHER AU COLONISATEUR?

Au vu de l’engouement avec lequel notre pays a embrassé le modèle neo-colonial, sommes-nous encore en position de dire que le colonialisme était une mauvaise chose? Nous assistons aujourd’hui à un phénomène qui de la base au sommet, on voit se cristalliser les structures coloniales tant mentales que administratives. Nous sommes à “cet endroit où le blanc nous a laissé” et nous semblons nous y plaire. Pourtant la rupture annoncée avec le colonialisme autour de l’idée de l’indépendance impliquait un projet de reinvention si ce n’est un projet d’invention. Si comme le dit bien Fanon le colonialisme a produit chez nous un comportement mimétique qui fait de nous des gens qui “singent” le blanc, avec des Etats, Républiques Bannières qui “singent” les Républiques occidentales, il nous a surtout ôté la créativité et l’inventivité. La cinéaste Neo Zélandaise Jane Campion disait que les peuples qui dominent les autres le font autour de l’idée que ceux-ci n’ont pas d’imaginaires. Notre pays valide dans ses choix au quotidien cette assertion qui se fait autour des peuples dominés. Si s’inventer, c’est être ce qu’on a décidé qu’on sera, ce à quoi on assiste c’est que nous sommes entrain d’être ce que les autres ont voulu qu’on devienne et nous nous y plaisons. Est-ce que notre président et ses ministres ressemblent à des gens mal à l’aise dans cette organisation qui est venu prendre le relai du Haut-commissaire français et ses administrateurs? Est-ce que le peuple semble souffrir de ces “villes cruelles” où on venait pour servir le blanc, qui sont devenues les seuls centres d’activités attirant de plus en plus de paysans? Si colonialisme rhyme avec modernité il est étonnant que nous nous plaisions tant dans cette modernité pensée par les autres pour eux d’abord; avec tous les écueils qu’on connait, sans aucune velléité de se réinventer. Et si l’inertie dont on parle est avant tout le confort de ces différentes places sur lesquelles le colonialisme nous a installé? – Entendez par place ici, le fauteuil qui est synonyme de pouvoir – Le colonialisme à travers la République nous laissé de nombreux petits fauteuils qui font de nous des petits chefs. Maintenant que nous sommes bien assis et bénéficions des petits privileges conformément à l’article 2, il faut réinventer quoi? Le pays marche très bien comme ca …. « Apprentis sorciers! » Et avec cet esprit de colon du petit chef, l’elite veille désormais sur le maintient de l’ordre, un ordre qui veut que rien ne change. Malheur celui qui va s’essayer dans la reinvention… Si on rajoute à cela le pragmatisme du petit peuple qui par mimétisme cherche aussi par tous les moyens une place, on voit très bien comment la perspective d’un Cameroun réinventé a été définitivement écartée. Il est donc difficile de continuer à accuser le colonisateur à moins de reconnaitre soi-même que l’Africain est éternel enfant dont les comportements sont à imputer au père dont il n’arrive à pas se débarrasser de l’odeur.