Une Si Belle Invention

Et si ce qu’est entrain de vivre le Cameroun avec sa crise anglophone était la limite d’une utopie de la creation d’Etat-Nations en continuité avec le projet colonial? Notre utopie d’être “camerounais” (rio dos Camaroes – rivière des crevettes) pendant la colonisation et après les independences reste le rêve des “autres” malgré quelques volontés des nationalistes d’abord piétinées puis ensuite récupérées pour les intégrer dans le projet neo-colonial des Etats-Nations dont nous avons hérités. Comme des enfants nés d’un viol, nous sommes une invention des blancs. Il n’y a pas de honte à être un enfant né d’un viol mais il y a un problème à vouloir se construire une identité d’un enfant désiré et né d’une histoire d’amour.

Par ce processus de grand écart mental où nous devons trouver quelque part la fierté malgré le fait que nous sommes en tant que Etat-Nation avec des frontières, une “invention” , que nous sommes un peuple qui a perdu sa lutte de libération nationale et donc a vécu et vit toujours d’une certaine manière sous la domination et que nous vivons sous le prototype même de l’Etat neo-colonial qui a réussi le projet de prendre le relai sur la domination exercée dans les esprits africains en s’assurant par exemple qu’aucune rue ne porte le nom de ceux qui ont osé combattre le colonialisme.

Puisqu’il fallait être fiers de quelque chose, qu’il faut bien dire aux autres que nous sommes des hommes et femmes debout malgré les structures et les mécanismes de cet Etat hérité et qui a connu très peu de modifications structurelles et mentales si ce n’est celui d’apprendre à garder ses propres fils et filles sous la colonialité… dans quel but?

Le Cameroun aujourd’hui confronté à la crise dite anglophone est une forme d’aboutissement parfaite du projet colonial. Là où le colon lui-même attendait un clivage ethnique, ce pays propose un clivage francophone-anglophone, car la langue des colon a été ethnicisée. Le conflit rappelle en effet un conflit ethnique avec toute sa rhétorique et peut-être bientôt ses consequences… Quelle est la différence entre ce que disent les camerounais francophones des anglophones avec ce que disait les Hutu des Tutsi et vice-versa? Et le silence voire l’indifférence du monde occidental et surtout de la France, des Anglais et dans une certaine mesure l’Allemagne, et leur embarras ne vient-il pas de cette surprise de constater que le “good job” colonial est entrain de produit ses fruits. Quoi d’autre opposer à ce conflit que le silence quand on sait qu’il s’agit d’une guerre de marionettes qui ont pris le rôle que le colon leur a confié très au sérieux.

Le regime francophone de Yaoundé a oublié à cause des petits privilèges qu’elle leur accordait et continue de leur octroyer que sa République était une farce “bananière” écrite par un colonisateur qui ne voulait surtout pas lâcher ses colonies, que sa reunification en 1972 avec la partie anglophone était une volonté coloniale pour commencer l’exploitation du pétrole au large de la zone anglophone au point d’en faire la seule fête nationale le 20 mai avec le seul monument symbolique de la capitale situé comme par hasard devant l’ambassade de France.

Au delà du regime, c’est tous les camerounais francophones surtout qui parce qu’ils sont le système dominant qui a voulu francophoniser les anglophones qui doivent se poser la question de savoir ce que ca fait d’être une “invention”. Car quand ils clament qu’ils ne sont ni francophones ni anglophones, ils le font en français. Quand ils parlent de la constitution qu’il faut respecter, ils parlent d’une constitution écrite par le professeur français Maurice Duverger payé par la France pour le faire. Quand ils parlent d’ordre et de désordre, ils utilisent la même rhétorique que la rhétorique de la repression coloniale française qui a fait 400 000 morts au Cameroun et qui a installé le regime actuel. Comment le Cameroun peut-il être une “invention” si parfaite au point d’embarrasser ses inventeurs?

Le professeur Valentin Mudimbe auteur du célèbre livre “The Invention of Africa” nous propose la “reinvention” comme seule politique et comme seule alternative. Et tous ceux qui ont été architectes de cette invention à Berlin doivent venir réparer ce qu’ils ont inventé… et que nos egos qui veulent prouver que nous sommes matures sont entrain de nous perdre, car cette dégradation que nous voyons s’accentuer chaque jour est ce que le philosophe Bernard Steiner appelle un état d’incapacitation généralisé. Nous vivons dans une société d’incapacité gouvernée par des incapables qui généralisent le laissez-faire et le laisser-aller qui détruit toute connaissance et en particulier le savoir-vivre. Un pays comme le Cameroun vit quasiment toutes les incapacités qu’on peut s’imaginer, une incapacité politique, une incapacité économique, une incapacité technologique, une incapacité industrielle, une incapacité linguistique, une incapacité démocratique et même une incapacité de vérité! Comment envisager un debut de solution si on est incapable de se dire la vérité… Osons nous réinventer !

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LA FRANCHISE COMME MODELE DE COOPERATION AVEC L’AFRIQUE

L’universalisme français aurait laissé croire que la France qui avait pour ambition de répandre dans le monde ses valeurs républicaines et sa langue française, se serait fait le plaisir d’exporter vers ses anciennes colonies pas seulement le code Napoleon mais plutôt ses institutions elle memes.  Pourtant ce que la France a de meilleur n’a pas été transposé en Afrique, contrairement aux Americains qui, avec ce qu’ils appellent la Franchise (Mac Donald, KFC, Starbuck…) ont proposé au reste du monde ce qu’ils font pour eux-mêmes. Si on s’en tient à Mac Donald, c’est bien plus qu’un morceau de viande hachée coincé dans deux morceaux de pain que les américains nous proposent. Derrière la franchise, c’est tout une manière d’envisager le business de la restauration rapide et un savoir faire qui part des Etats-Unis pour se répandre dans le reste du monde… qu’on l’aime ou pas, c’est une autre chose.

La question qui se pose est de savoir pourquoi la France au nom de l’universalité n’a pas éprouvé le désir de  créer la Sorbonne à Dakar par exemple ? Ou le Louvre Saint Louis? Pourtant son poète de président a bien enseigné le latin, le grec et le français “aux petits français de France” au nom de cet universalisme.

Il s’agit d’envisager une nouvelle forme de coopération aussi bien institutionnelle que commerciale entre l’Afrique et l’Europe, plus dynamique, moins centralisée, plus efficace ayant dans son sein tous les éléments dont l’Afrique a besoin tels que  le modele entrepreneurial, l’investissement, le transfert de compétences, la technologie, la formation, le marché etc.

Et si cette relation que la France et l’Europe en général entretient avec les pays africains pouvaient sortir du modele colonial pour évoluer vers ce modèle éclaté et léger qu’est la franchise, les deux parties développeraient des accords plus clairs et bénéfiques pour les deux parties. Cette coopération se définirait  comme un déploiement contractuel par lequel les pays européens qui doivent désormais faire face à la concurrence chinoise en Afrique, concèderait à leurs partenaires africains un droit d’usage de leurs institutions et d’un savoir faire. Elles leur concèdent ainsi dans cet accord de partenariat l’utilisation de leurs marques institutionnelles et commerciales ainsi que leurs méthodes, elles assistent dans ce cadre très précis et prend en charge certaines actions. En contrepartie, il faudrait bien qu’il y ait une contrepartie de cette utilisation de leurs notoriétés européennes et de leurs méthodes, les africains verseraient un droit d’entrée et des redevances sur les ventes en respectant une obligation d’approvisionnement.

Les africains conservent donc une autonomie juridique et restent ainsi indépendants. La franchise permettra en Afrique de réduire fortement les problèmes de compétence, de formation, de gouvernance, de transfert de technologie et de gestion car elle en bénéficiera de concepts qui ont déjà fait leurs preuves. Elle bénéficiera également de méthodes, organisations et outils marketing clés en main. Et pour l’Europe, elle ouvrira de nouveaux marchés et permettrait un déploiement rapide, évitant aussi les lourdeurs liées au développement à l’international.

Mais, franchement…

 

Paul Biya ira-t-il au paradis?

Au Cameroun, nous savons que c’est Dieu qui a mis Paul Biya au pouvoir et c’est Dieu seul qui va l’enlever. Sauf que ce Dieu là s’appelait Ahmadou Ahidjo, l’ex-president qui lui a passé le pouvoir en prenant sa retraite après 24 ans à la tête du pays.

Au Cameroun, nous savons aussi que Paul Biya, c’est Dieu. Son décret vous mets au paradis ou vous jette en enfer, au point où avoir un décret signé par lui a plus de valeur qu’être élu du peuple. Alors pourquoi croire à une République si abstraite quand un Dieu avec une signature vivant avec nous ici peut faire de vous ce que même Jésus aurait beaucoup de mal à vous garantir? Même comme la foi en ce Jésus grandit ici un peu plus tous les jours depuis que Paul Biya est président. Si les églises ont remplacé les salles de cinéma, cela veut dire que, le miracle a remplacé le rêve. Au Cameroun, nous attendons maintenant le miracle. On comprend le pourquoi du slogan de cette église qui demande aux camerounais de “Pray until Something happens” La question est “What?” Car ici tout peut arriver dans le bon sens comme dans le mauvais… mais tout dependra de Paul Biya dont on dit ici, qu’il sait tout, qu’il voit tout et qu’il prendra la décision juste et bonne où il mettra les méchants en prison. De quoi penser que nous vivons déjà au paradis ici au Cameroun.

Alors Paul Biya aurait-il envie d’aller au Paradis? Si oui, il devrait s’assurer que son Dieu, je veux dire Ahmadou Ahidjo ne s’y trouve pas, car ce dernier pourrait lui demander des comptes sur ce pays qu’il lui a laissé, peut-être aurait-il déjà préparé son dossier de défense . Sinon, il vaudrait mieux pour Paul Biya qu’il choississe lui-meme d’aller en enfer pour eviter ce moment de verité. Sauf que si Ahidjo se trouve en enfer, alors là, Paul Biya n’aurait pas d’autre choix que de tout faire pour aller au paradis. Mais puisque St Marc dit qu’ « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». On peut dire sans risque de se tromper que Paul Biya n’est pas riche et qu’il pourra facilement passer par le trou. Mais comme on dit aussi que l’Afrique est un paradis dirigé par le diable, il faudrait espérer que Paul Biya en rendant visite au Pape chasse le diable de la direction de notre pays et aide ainsi le Cameroun à être un paradis dirigé par Dieu lui-même!

VATICAN-CAMEROON-POPE-BIYA-DIPLOMACY

CE QUI NE LES TUE PAS LES RENDS PLUS FORT

J’étais à Buea…

Je n’ai rencontré aucun “ambazonien”, c’était plutôt la blague et on en riait tous comme pour dire que personne n’a envie de quitter le Cameroun. Et je ne suis pas sûr que j’ai rencontré à Yaoundé autant de fan du Cameroun que ces jeunes qui m’ont invité et avec qui je discutais. Ce sont plutôt des camerounais meurtris et peinés que j’ai rencontré qui ne comprennent pas qu’on ne comprennent pas ce dont ils parlent, en parlant de ce qu’ils vivent. La plus grosse peine était le manque de solidarité des francophones.

J’ai aussi vu des jeunes qui rivalisent en inventivité et créativité technologique pour contourner les coupures d’internet. Deja que tout ce savoir est en anglais, j’ai pu voir à quel point malgré les pertes estimées au 50 ème jour à des centaines de millions de ces jeunes entreprises qui travaillent en ligne directement avec les USA, comment ils sont tous entrain de faire un bond en connaissances technologiques m’expliquant les possibilités.

Les histoires que j’ai entendu à Buea…

Cette maman qui va à la CNPS toucher la pension de son mari décédé qui se retrouve face à une agent qui lui dit qu’elle ne parle pas anglais. La maman qui déjà s’exprime plutôt en pidgin a deja beaucoup de mal avec l’anglais combien de fois le français est désemparée et ne sait comment faire pour dire à cette agent de comprendre  son problème . Un témoin de la scene de qui je tiens l’histoire et qui est parfaitement bilingue essaye de raisonner l’agent de la CNPS plutôt “arrogante dans sa francophonie”. Elle lui demande qu’elle aille chercher un traducteur, ce dernier se propose et aide la maman à résoudre son problème. Cette maman repart évidement sans comprendre cette violence dont elle est victime de la part de quelqu’un juste parce qu’elle ne parle pas français.

Et aussi l’histoire de cette maman au début de la coupure d’Internet qui a aussi touché les transfers d’argent Western Union, elle qui recevait de l’argent toutes les semaine de sa fille de l’étranger vient pour toucher son argent et on lui dit qu’on a coupé les connections. Elle demande qui, on lui dit que c’est le gouvernement à Yaoundé à cause des revendications des anglophones. Elle qui n’a rien à voir avec cette histoire comment ce gouvernement peut l’empêcher de toucher son argent avec lequel elle vit? Elle leur demande comment je fais alors pour acheter les médicaments et la nourriture?

Ou encore l’histoire de ce petit village où de nombreux jeunes ont été arrêtés lors des troubles et ont été amenés à Yaoundé où leurs familles ne savent pas comment ils vont, et ne peuvent pas comment leur donner à manger… Il semblerait que tous les jeunes qui eux n’ont pas étés arrêtés se sont radicalisés et ne veulent plus rien d’autre que la guerre et voient Yaoundé comme cet endroit de déportation où se trouve l’ennemi.

Enfin j’ai vu des jeunes qui profitent de cette trêve pour marquer une pause dans le virtuel pour plutôt se reconnecter avec le réel. Ils m’ont raconté leur bal de la saint Valentin où tout le monde était là pour la fêter de l’amour, les matchs de foot 2-0 plus remplis qu’un match du championnat  etc. “On se reparle maintenant enfin!… on devient pour la premiere fois une vraie communauté!” disent-ils.  Ils semblent presque remercier le regime “francophone de Yaoundé » qui leur permet de s’imaginer une autre façon de vivre et même d’être camerounais… sauf qu’au fond ce qu’ils expriment c’est “FUCK YAOUNDE!” Est-ce cela l’objectif du régime? Ce qui ne les tue pas les rends plus fort.