Paul Biya ira-t-il au paradis?

Au Cameroun, nous savons que c’est Dieu qui a mis Paul Biya au pouvoir et c’est Dieu seul qui va l’enlever. Sauf que ce Dieu là s’appelait Ahmadou Ahidjo, l’ex-president qui lui a passé le pouvoir en prenant sa retraite après 24 ans à la tête du pays.

Au Cameroun, nous savons aussi que Paul Biya, c’est Dieu. Son décret vous mets au paradis ou vous jette en enfer, au point où avoir un décret signé par lui a plus de valeur qu’être élu du peuple. Alors pourquoi croire à une République si abstraite quand un Dieu avec une signature vivant avec nous ici peut faire de vous ce que même Jésus aurait beaucoup de mal à vous garantir? Même comme la foi en ce Jésus grandit ici un peu plus tous les jours depuis que Paul Biya est président. Si les églises ont remplacé les salles de cinéma, cela veut dire que, le miracle a remplacé le rêve. Au Cameroun, nous attendons maintenant le miracle. On comprend le pourquoi du slogan de cette église qui demande aux camerounais de “Pray until Something happens” La question est “What?” Car ici tout peut arriver dans le bon sens comme dans le mauvais… mais tout dependra de Paul Biya dont on dit ici, qu’il sait tout, qu’il voit tout et qu’il prendra la décision juste et bonne où il mettra les méchants en prison. De quoi penser que nous vivons déjà au paradis ici au Cameroun.

Alors Paul Biya aurait-il envie d’aller au Paradis? Si oui, il devrait s’assurer que son Dieu, je veux dire Ahmadou Ahidjo ne s’y trouve pas, car ce dernier pourrait lui demander des comptes sur ce pays qu’il lui a laissé, peut-être aurait-il déjà préparé son dossier de défense . Sinon, il vaudrait mieux pour Paul Biya qu’il choississe lui-meme d’aller en enfer pour eviter ce moment de verité. Sauf que si Ahidjo se trouve en enfer, alors là, Paul Biya n’aurait pas d’autre choix que de tout faire pour aller au paradis. Mais puisque St Marc dit qu’ « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». On peut dire sans risque de se tromper que Paul Biya n’est pas riche et qu’il pourra facilement passer par le trou. Mais comme on dit aussi que l’Afrique est un paradis dirigé par le diable, il faudrait espérer que Paul Biya en rendant visite au Pape chasse le diable de la direction de notre pays et aide ainsi le Cameroun à être un paradis dirigé par Dieu lui-même!

VATICAN-CAMEROON-POPE-BIYA-DIPLOMACY

CE QUI NE LES TUE PAS LES RENDS PLUS FORT

J’étais à Buea…

Je n’ai rencontré aucun “ambazonien”, c’était plutôt la blague et on en riait tous comme pour dire que personne n’a envie de quitter le Cameroun. Et je ne suis pas sûr que j’ai rencontré à Yaoundé autant de fan du Cameroun que ces jeunes qui m’ont invité et avec qui je discutais. Ce sont plutôt des camerounais meurtris et peinés que j’ai rencontré qui ne comprennent pas qu’on ne comprennent pas ce dont ils parlent, en parlant de ce qu’ils vivent. La plus grosse peine était le manque de solidarité des francophones.

J’ai aussi vu des jeunes qui rivalisent en inventivité et créativité technologique pour contourner les coupures d’internet. Deja que tout ce savoir est en anglais, j’ai pu voir à quel point malgré les pertes estimées au 50 ème jour à des centaines de millions de ces jeunes entreprises qui travaillent en ligne directement avec les USA, comment ils sont tous entrain de faire un bond en connaissances technologiques m’expliquant les possibilités.

Les histoires que j’ai entendu à Buea…

Cette maman qui va à la CNPS toucher la pension de son mari décédé qui se retrouve face à une agent qui lui dit qu’elle ne parle pas anglais. La maman qui déjà s’exprime plutôt en pidgin a deja beaucoup de mal avec l’anglais combien de fois le français est désemparée et ne sait comment faire pour dire à cette agent de comprendre  son problème . Un témoin de la scene de qui je tiens l’histoire et qui est parfaitement bilingue essaye de raisonner l’agent de la CNPS plutôt “arrogante dans sa francophonie”. Elle lui demande qu’elle aille chercher un traducteur, ce dernier se propose et aide la maman à résoudre son problème. Cette maman repart évidement sans comprendre cette violence dont elle est victime de la part de quelqu’un juste parce qu’elle ne parle pas français.

Et aussi l’histoire de cette maman au début de la coupure d’Internet qui a aussi touché les transfers d’argent Western Union, elle qui recevait de l’argent toutes les semaine de sa fille de l’étranger vient pour toucher son argent et on lui dit qu’on a coupé les connections. Elle demande qui, on lui dit que c’est le gouvernement à Yaoundé à cause des revendications des anglophones. Elle qui n’a rien à voir avec cette histoire comment ce gouvernement peut l’empêcher de toucher son argent avec lequel elle vit? Elle leur demande comment je fais alors pour acheter les médicaments et la nourriture?

Ou encore l’histoire de ce petit village où de nombreux jeunes ont été arrêtés lors des troubles et ont été amenés à Yaoundé où leurs familles ne savent pas comment ils vont, et ne peuvent pas comment leur donner à manger… Il semblerait que tous les jeunes qui eux n’ont pas étés arrêtés se sont radicalisés et ne veulent plus rien d’autre que la guerre et voient Yaoundé comme cet endroit de déportation où se trouve l’ennemi.

Enfin j’ai vu des jeunes qui profitent de cette trêve pour marquer une pause dans le virtuel pour plutôt se reconnecter avec le réel. Ils m’ont raconté leur bal de la saint Valentin où tout le monde était là pour la fêter de l’amour, les matchs de foot 2-0 plus remplis qu’un match du championnat  etc. “On se reparle maintenant enfin!… on devient pour la premiere fois une vraie communauté!” disent-ils.  Ils semblent presque remercier le regime “francophone de Yaoundé » qui leur permet de s’imaginer une autre façon de vivre et même d’être camerounais… sauf qu’au fond ce qu’ils expriment c’est “FUCK YAOUNDE!” Est-ce cela l’objectif du régime? Ce qui ne les tue pas les rends plus fort.

AN AFRICAN CINEMATOGRAPHIC PROJECT

bekoloAfrican cinema needs to define a project for itself.

We cannot abandon the whole african cinematography wandering between an desire for western acknowledgement, a desire of popular interest around the lowest common denominator and capitalism.
African cinema has many challenges to take up.
The first one is the universal, a universal that gives a direction to history in world where everybody represents Africa for himself , it is an imperative that Africa performs the act of repossession of the world.
African cinema has to suggest not just to africans nor only to humanity a civilisation project but also to animals, to plants and to the entire earth. It has to avoid the trap of autarchy and remain in connection with the “other”, a fruitful and mutual beneficial connection while walking towards autonomy without ignoring asymmetrical forces in our disfavour.
Another challenge of African cinema is is the one of the rebuilding our psychic infrastructures following the colonial history trauma made of denial, violence and shame. African cinema should be a cinema of resilience, a cinema that heals us. It should question our behaviour and deal with questions raised at the psychological level and at the level of our actions.
Finally, African cinema has a technological challenge that starts with our capacity to produce, maintain and make available the Africa visual memory as time is unfolding.
To take up all these challenges, african cinema should produce a language, a semantic and a semiology that offers to the world its life force. A cinematographic language that allows the continent to reinvent itself by staying away from the self-flagellation lexicon presenting us clique people with handicap who are missing nothing, people who have to catch up because they are behind…
African cinema in all lucidity and maturity and self-estime should find a way to tell our presence in this world without being reduced in problematics related to poverty. African cinema should be that companion of the continent movement, a continent busy “working”, an Africa that is screaming because it is giving birth.

POUR UN PROJET CINEMATOGRAPHIQUE AFRICAIN 

bekoloLe cinéma africain a besoin de se définir un projet.

Nous ne pouvons pas abandonner la cinématographie africaine dans une errance située entre l’espoir d’une reconnaissance occidentale, le désir d’une adhesion populaire fédérant autour du plus petit dénominateur commun et le capitalisme.

Le cinema africain a plusieurs défis à relever.
Le premier de ces défis est celui de l’universel; l’universel au sens ou il impose une direction à l’histoire. Parce que le monde entier se représente l’Afrique, il est impératif que l’Afrique pose cet acte de repossession du monde.

Le cinéma africain doit proposer non pas seulement aux africains, ni même à l’humanité, un projet civilisationnel mais aussi aux animaux, aux plantes; à la terre. Il doit donc éviter l’écueil de l’autarcie et rester dans la relation avec l’autre, une relation mutuellement féconde tout en poursuivant la marche vers l’autonomie sans ignorer les rapports force asymétriques en notre défaveur.

Un autre défi du cinema africain est celui de la reconstruction de nos infrastructures psychiques suite à l’histoire coloniale marquée par le déni, la violence et la honte de soi. Le cinéma africain doit être un cinema de la resilience, un cinéma qui nous soigne. Il doit s’attaquer aux questions qui se posent à nous au niveau psychologiques et psycho-comportemental et interroger l’agir humain.

Enfin le cinema africain a un défi technologique qui commence par la capacité à conserver et à rendre accessible la memoire des images du continent qui se construit chaque jour.

Pour relever tous ces défis, il doit produire un langage avec une sémantique et une sémiologie qui propose au monde notre élan vital. Un langage cinématographique permettant de se réinventer en sortant de ce lexique de l’autoflagellation, nous présentant comme des handicapés ou des gens qui sont en retard ou qui manquent de quelque chose.

Le cinéma africain doit en toute lucidité et maturité avec estime de soi, trouver une manière de raconter notre presence au monde sans être réduits à des problématiques de pauvreté; d’accompagner le mouvement du continent, un continent en “travail”, une Afrique qui crie parce qu’elle est entrain d’accoucher.