Chers Mme Lagarde et M. Sapin

Maintenant que votre institution le FMI et votre pays, la France viennent de signer avec des dirigeants de la CEMAC dont certains ont perdu les élections dans leur pays; des dirigeants qui ne seraient  donc pas légitimes pour nous représenter,
nous les peuples de cette Afrique Centrale à qui vous prêterez de l’argent pour faire face à une crise économique dont ces mêmes dirigeants sont en partie responsable; l’un d’eux  était encore poursuivi par vos tribunaux il y a quelques semaines encore pour biens mal acquis,
il serait décents Mme Lagarde et M. Sapin, que vous appreniez à avoir un peu de consideration pour les peuples africains à qui vos institutions  ont accordé très peu de valeur jusqu’ici.  L’une lors du premier ajustement structurel – PAS1.0 – L’autre dans ces rapports dits de la franceafrique qui perdurent quelque soit le regime et dont la perversité et les effets négatifs sur nos peuples de cette Afrique centrale si riche mais si pauvre, qui reste à la traine du continent à cause de votre pays, la France.

La décence aurait été d’abord de trouver une manière de communiquer directement avec les peuples d’Afrique centrale (partis d’opposition, société civile etc.) tout au long de cette négociation et non de se réfugier derriere la langue de bois de ces regimes dits Républicains qui estiment qu’ils  n’ont aucun devoir d’information et encore moins de compte à rendre à leurs peuples. Parce que ce sont les peuples d’Afrique Centrale qui vont payer ce montant d’une dette dont on ignore tout; le montant, les conditions etc. Des peuples qui ne sont jamais consultés, des peuples qui ont deja tout sacrifié et à qui on demandera encore des sacrifices, les peuples d’Afrique Centrale auraient du être cosignataires de cet accord.

Vous comprenez malheureusement Mme Lagarde et M. Sapin que nous ne pouvons qu’être en droit de penser sans exagération que votre démarche lors de ce que nous pouvons appeler le PAS2.0 malgré les belles phrases  soit d’ordre à anéantir encore davantage les peuples africains sous le regard silencieux de tout le monde occidental complice… au nom du capitalisme.

Bande d’Incapables

Et si la crise économique de la CEMAC à l’origine de cette reunion qui remets nos pays dans les bras du FMI pour un ajustement structurel n’était qu’une affaire d’incapacité?

Ces chefs d’Etats présents à Yaounde ce 23 décembre qui se sont bel et bien résignés à l’idée qu’ils ne sont pas à mesure de résoudre les problèmes qui se posent à nous, se sont-ils posés une seule fois la question de leur approche de résolution de problèmes? En tout cas, je n’ai jamais senti qu’on a  jamais donné aux citoyens une approche compréhensible et clairement lisible par tous pour sortir de nos problèmes. Saufs des slogans dans les discours où on répète tous des termes du genre “ajustement structurel”, “emergence”, “point d’achèvement”, etc. pensant que cette propagande verbale va fournir à chacun depuis la base jusqu’au sommet, des outils d’action collective de resolution des problèmes qui se posent à nous tous.

Non contents d’être eux incapables, ils nous transforment tous en incapables car le système opèrent à une destruction systématique des  « capacités » au point de plonger nos pays dans un état d’ “incapacitation généralisée” ! Quand je parle de cette société d’incapacitation qui règne, gouvernée par des incapables qui généralisent le « laisser-faire », le «  laisser-passer » qui détruit les savoirs sous toutes les formes et en particulier le savoir-vivre. En installant ainsi le « je-m’en-foutisme » généralisé c’est avant tout une question de mœurs qui conduit à l’aliénation par la consommation addictive des biens ou « commodités », c’est à dire par la généralisation de l’incurie et qui est devenu mentalement mentalement toxique au point que nous vivons dans une société où personne n’est rien et tout le monde est tout!

L’émergence de toute entreprise chez-nous doit donc faire face à ce contexte d’incapacité généralisé: l’incapacité économique, l’incapacité politique, l’incapacité de visibilité, l’incapacité technologique et même l’ incapacité de langage car il y a même l’incapacité à s’exprimer. On parle pour ne rien dire car tout est organisé pour ne surtout rien exprimer. Il y a l’incapacité du langage, le langage utilisé ne dit pas ce qui se passe réellement. Et au quotidien, les camerounais par exemple ne disent pas ce qu’ils pensent et ne pensent pas ce qu’ils disent. Sans compter le Black-out sur l’histoire du pays qui n’est toujours pas racontée.

Il y a l’incapacité à consommer. Parce que les salaires  et les prix ne correspondent à aucune réalité économique, on utilise l’Etat pour consommer. Il y a aussi l’incapacité politique. C’est à dire qu’on ne peut faire de la politique qu’autour du fauteuil du Président de la République. Toutes les politiques à mettre en place ne peuvent être que le bon vouloir le chef de l’Etat qui devrait entre en mesure d’en tirer tous les benefices que lui ou son entourage estime qu’il en aurait besoin. Il y a l’incapacité à connaître. La vérité n’a pas de tribune. Donc la connaissance non plus.

Oublions un instant des concepts dits “panafricanistes” et restons loin de vouloir résoudre les problèmes qui sont d’un tout autre ordre, problèmes de dignité, de fierté, d’héroïsme etc… du peuple africain, il s’agit d’avoir une approche quasi « radiologique » voire diagnostique de notre activité si nous voulons affronter cette question d’incapacité.

Quelle est la réalité de ces concepts qui nous viennent d’en haut? Du ciel? Alors que nous nous vivons sur terre avec ses réalités et que le fossé qui sépare ce ciel et notre terre nous semble de plus en plus immense?

S’il y a bien quelqu’un à blamer pour cette incapacité généralisée qui nous gagne, c’est avant tout nous-mêmes. Nous pensons naïvement qu’il y a un lien entre nos bonnes intentions du haut et l’aboutissement de notre ideal en bas. Nous ne nous rendons pas toujours compte que très souvent ce que nous faisons, quand bien même nous le faisons avec toutes les bonnes intentions ou par amour du prochain, nous le faisons très souvent sous l’emprise de l’idéologie. Souvenons nous que le communisme, comme le christianisme à une l’époque de l’Inquisition ont été criminels par amour de l’humanité. Il est donc impératif de savoir avant tout d’où viennent les idées? D’où vient l’émergence? D’où vient le plan d’ajustement structurel? D’où vient le point d’achèvement?  Au nom desquelles nous décidons d’agir, en quoi ces idées que nous prenons pour des vérités ont une veritable capacité de transformer notre quotidien d’africains?

Sortir de la Francophonie

Le véritable message de nos frères anglophones est que nous ne pouvons continuer à fonctionner avec un pays bâti sur des fausses bases. Voici un pays, où on nous a fait croire qu’on pouvait à la fois servir le colonisateur et son peuple. Le Cameroun dans ses institutions et sa politique actuelle a été mis en place par une France victorieuse d’une guerre contre les nationalistes. Le pire est que nous camerounais l’avons accepté et érigé ce grand écart en modèle.

Les revendications actuelles sans le dire sont un appel à tous les camerounais francophones et anglophones à enfin faire face à leur histoire; une histoire d’un peuple ayant perdu sa lutte de libération nationale avec des héros remarquables, mais un peuple qui a perdu quand même et qui a développé une « psyché » de perdant avec tout ce que cela comporte. Ecoutons-nous francophone parler des anglophones. Nous avons le même language que celui des colons français alors que les camerounais les combattaient dans le maquis. Est-ce un hasard? Nous avons étés contaminés par les méthodes de l’oppresseur et sommes devenus oppresseurs de notre propre peuple. Quand je dis nous ici, il s’agit de ce camerounais que nous sommes tous devenus, ce camerounais qui n’a pas combattu le colon mais jouit des privileges de l’indépendance, ce camerounais qui ne s’est jamais intéressé à cette histoire… Est-ce parce que nous sommes du mauvais côté de l’histoire?

La preuve est que une fois rattrapés comme nous le sommes actuellement, nous commençons d’abord par être dans le déni, « il n’y a pas de problème anglophone » puis ensuite nous pataugeons sur des faits et dates qui devraient pourtant être dans nos livres d’histoire.

Ce qui est vraiment bizarre, c’est notre manière d’être sur la défensive et la manière dont nous nous braquons avec beaucoup de violence contre nos frères anglophones qui heureusement pour nous n’ont pas subi cette « guerre psychologique anti-revolutionnaire » française inventée uniquement pour nous camerounais. Elle avait pour ambition de nous affecter à très long terme et j’ai l’impression que ses effets sont toujours à l’oeuvre aujourd’hui.

Les anglophones nous montrent la lune et nous francophones idiots, nous regardons le doigt. Ils sont dans une certaine mesure notre dernière chance de sortir définitivement des bricolages institutionnels qui n’avaient pour but que de permettre à la France de tirer son epingle du jeu dans la machine néo-coloniale qu’elle mettait soigneusement en place avec ceux qui ne l’avaient pas combattus.

Comme cette histoire du pétrole de Limbe qu’il fallait commencer à exploiter en 1972 après les nationalisations de 1971 en Algérie et qui nous aurait valu la reunification et donc notre fête nationale du 20 mai 1972… (lu dans le livre Kamerun) Si c’est le cas, le projet de francophonisation et était bel bien un projet de l’ex-puissance coloniale, alors pourquoi le défendons-nous aujourd’hui? Ensuite il était avant tout un projet économique d’exploitation des richesses de tout le Cameroun – libre et indépendant! – appartenant à tous les camerounais, anglophones et francophones!

Pourtant la perspective d’une sortie de la francophonie serait avant tout une sortie du colonialisme français non expurgé au Cameroun; elle mettrait un point final à tous ces pactes signés qui plombent encore aujourd’hui nos pays francophones qui tardent à se developper économiquement. Mais tout cela dépendra de la capacité de l’élite dirigeante francophone à s’émanciper non seulement du projet colonial dont ils sont aujourd’hui devenus les promoteurs mais aussi d’en finir avec la duplicité qui consiste à usurper l’étiquette de « nationaliste » sans jamais poser aucun acte patriotique… à commencer simplement par celui de raconter l’histoire des véritables héros.

La Politique de la Plantation Nationale

Comment en est-on arrive à voir un anglophone comme on verrait un Peulh, un Beti, un Bamiléké ou un Bafia? Une seule réponse: le modèle politique de gestion. Pourquoi cette tribalisation de l’appartenance à une ère linguistique? Quel est ce modele politique de cohésion nationale dont nous dit-on, le monde entier nous envie? La politique du gâteau national ou plutôt la politique de la table? La politique de celui qui a le pouvoir d’inviter à la mangeoire qui il veut et quand il veut. La politique chez nous se résume donc à manoeuvrer pour être invité, pour garder sa chaise ou pour enlever quelqu’un de la table. C’est cette politique de la table qui donne l’illusion d’une unité nationale alors qu’elle sème dans chaque famille, chaque région, chaque ethnie des guerres fratricides qui empêchent tout développement, car elle est avant tout la politique des coups bas contre les siens. Puisqu’on est invité à la mangeoire selon sa region d’origine.
Pour beaucoup de camerounais, la présence des anglophones à des postes obéirait donc au même principe de représentation ethnique autour du gâteau national. Etant donné que l’histoire ici est comme le bois mort qu’on va chercher en ne ramenant que les morceaux qui nous plaisent, personne ici n’a plus de lisibilité sur le comment du pourquoi les deux Camerouns en sont arrivés là. Pourquoi alors continuer avec cette politique dite de la table, de la chaise, de la mangeoire ou du gâteau? Tout simplement parce qu’elle permet à celui qui gère la mangeoire de se maintenir car les appétits des petits privilèges individuels mis en place par le fameux article 2 pour acheter l’élite sont très grands. Une élite qui a deja depuis longtemps sacrifié le projet collectif qu’est la constitution d’un Etat commun à qui pourtant elle doit tout.
N’y aurait-il pas d’autres modèles pour remplacer celui-ci? J’imagine bien qu’on puisse remplacer le “gâteau national” par la “plantation nationale”, « l’atelier national », « l’usine nationale »… La politique de la plantation nationale consisterait à transformer le pays non plus en gâteau mais plutôt en plantation. Une plantation à laquelle on inviterait tout le monde et surtout tous ceux qui ont des bras pour travailler; une plantation qui permettrait ainsi augmenter la production afin qu’il y aie à manger pour tous! Et non plus seulement pour les élites de telle ou telle region dans l’espoir qu’ils partagent avec les leurs; ce qui ne se produit jamais dans les faits! La politique de la plantation nationale parce que le drame avec le gâteau, c’est qu’il finit toujours par finir.