UNE DEMOCRATIE DE LA HIERARCHIE

Voici quelques jours que les camerounais crient leur indignation face aux insuffisances d’un système censé les servir qui ont abouti au drame horrible de Laquintinie. Le système politique au pouvoir (Parti, Élus et Administration confondus- car ici ils ne font qu’un) répond avec une indifférence dont le message est clair. « Nous ne dirigeons pas ce pays sur la base de la volonté du peuple. » Au contraire, quand le peuple essaye d’exprimer sa colère, on ne pense qu’aux mesures à prendre; on lui envoie les anti-émeutes quand ce n’est pas le BIR. Comment croire aux appels à la candidature « spontanés » d’un peuple censé s’exprimer librement, quand ce même peuple est incapable d’exprimer sa colère – ici pour pleurer, il faudrait une autorisation du sous-préfet!

Pourtant nous parlons d’organiser des élections ou on prétends en avoir déjà organisé. Une élection est censée demander au peuple de s’exprimer! Comment un système qui refuse que le peuple s’exprime peut-il alors organiser des élections au cours desquelles le peuple est censé s’exprimer? Sauf peut-être quand il s’exprime sur « hautes instructions » de “la hiérarchie”; terme qui cache l’annihilation de toute initiative chez ceux qui auraient la mauvaise idée de décider de leur propre chef de servir leur pays. Quand on lui rajoute le “devoir de réserve” on comprends que quand ce système doit organiser élections, les résultats seront aussi comme le voudra cette même “hiérarchie” tout comme le “devoir de réserve” sera imposé à ceux qui auraient voulus exprimer leur vote autrement. Quand on remonte la chaine hiérarchique, qui trouve-t-on au sommet de toutes les hiérarchies? Dieu le père lui-même qui nous insuffle sa pensée unique et nous impose pieusement le devoir de réserve… La volonté divine devrait au moins produire des résultats; si les camerounais étaient bien soignés, mangeaient à leur faim, avaient des routes, l’eau et électricité, ne mouraient pas tant aux portes qu’ à l’intérieur des hôpitaux faute de moyens, je comprendrais que ce supérieur hiérarchique nous imposât un devoir de réserve. Mais au point ou nous en sommes, même ceux qui profitent encore de ce régime et jouent les « gatekeepers »(gardiens du temple) commencent déjà à s’inquiéter car ils sentent la colère monter chaque jour un plus que la veille sans que le peuple ne puisse pleurer sa misère. Et il sera bientôt difficile pour eux d’appliquer cette volonté de la hiérarchie.

Le système de pensée unique que produit le système politique au pouvoir constitué par le parti, l’assemblée et l’administration réunis aurait donc été mobilisé par la hiérarchie  non pas pour écouter le peuple ou le servir; mais plutôt pour lui proposer un candidat – déjà au pouvoir, lui même arrivé là par la volonté d’une autre hiérarchie qui elle même est aussi arrivée là par la volonté d’une hiérarchie- dont personne ne se doute qu’il sera le vainqueur d’une élection à un seul tour – …sur “hautes instructions de la hiérarchie” bien sur.

Le peuple demande la démission du Ministre de la santé, du directeur de l’hôpital etc… Mais la hiérarchie nous dit qu’elle n’est pas au service du peuple qui dans une démocratie  est la seule hiérarchie qui soit. Quand un pays qui se dit démocratique  et organise des élections, les élus du peuple pourraient au moins fait semblant d’exprimer leur compassion face à la douleur du peuple. Sauf qu’ici avoir le « décret présidentiel » vaut mieux qu’être un élu du peuple! Si en effet ces centaines de milliers de camerounais au service du peuple sont silencieux, c’est en effet parce qu’ils attendent que la hiérarchie leur dise la conduite à tenir.

A la pensée unique se rajoute l’action unique. Quand le président rentre de Baden Baden à 18 heures, tous les camerounais habitant Yaoundé ne doivent faire qu’une chose unique ce jour là;  attendre le retour du président. Si par malheur il vous venait l’idée d’essayer de faire autre chose ce jour, vous devrez faire face à des embouteillages monstres à cause des routes barrées, aux bureaux vides etc. bref tout vous interdit de faire une deuxième autre que celle prévue par la hiérarchie. Ne faites surtout pas l’erreur de tomber malade ce jour là… On a bien vu ces derniers jours l’action unique venant de la hiérarchie à l’œuvre, elle consistait à demander au peuple de demander  au président de se représenter! Aujourd’hui ils sont tous prêts et attendent que la hiérarchie leur dise de venir pleurer Monique et ses enfants.

Avec un tel système, la question que je me pose est pourquoi même faire semblant? Pourquoi même organiser des élections? Pourquoi singer les démocraties? Déjà que les blancs nous traitent de républiques bananières, ne leur donnons pas l’occasion de dire que nous sommes des singes… qui ne sont pas entrés dans l’histoire… à moins que la hiérarchie pense qu’ils ont raison et que nous devons l’accepter… par devoir de réserve.

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