La Criminalisation de l’opposant au Cameroun

Si la constitution du Cameroun reconnaît le multipartisme et donc ses instruments et ses acteurs, elle garantie les droits des personnes étant d’un bord politique différent de celui du président en exercice, pourquoi les garants de cette constitution tels que la police et d’autres peuvent-ils aisément poser des actes qui criminalisent l’opposant ? Un opposant qui voudrait conduire sa vie et ses affaires normalement se retrouve s’il est employé de l’État bloqué dans ses avancements, jamais nommé à des postes de responsabilités ; s’il est entrepreneur, il se voit refusé illégalement les marchés publiques ; il est donc systématiquement discriminé. Quand même il voudrait sortir le soir, parfois il y a des lieux où il se voit refusé l’accès sous prétexte que le lieu sera taxé d’être le repaire des opposants !
C’est bien beau de dire que l’opposition ne fait rien mais qui a envie d’être opposant dans un pays où être opposant, c’est subir le rouleau compresseur d’un État qui se met lui même hors-la-loi?

L’opposant a eu plusieurs ancêtres dont le maquisard est le dernier en date. Ailleurs on les a appelé les nationalistes; tous ceux là qui ont osé lutter contre le colon pour libérer le Cameroun du joug colonial. Pour beaucoup, l’opposant commet le crime d’oser s’inscrire sur une ligne différente de celle du président Paul Biya qui, tel un Dieu devrait être et rester, comme autrefois le colon, l’Alfa et l’Oméga; le début et la fin de toute démarche et initiative politique. Ce n’est donc pas un hasard si l’opposant est d’abord dénigré pour ce qu’il est et non pour ce qu’il dit ou ce qu’il fait. Car l’opposant, c’est l’homme qui s’attaque au Dieu tout puissant créateur du ciel et du Cameroun.

Si l’opposant a une quelconque envergure, il faut d’abord le réduire; le réduire financièrement est une étape incontournable afin de démontrer que c’est sa misère qui le pousse à chercher le pouvoir. Puis, si l’opportunité de l’assister financièrement se présente, on hésite pas et on va surtout on va le faire savoir en faisant circuler des rumeurs pour dénigrer sa personne comme à l’époque de la guerre psychologique antirévolutionnaire. Pourtant l’opposition doit légalement être financée car financer l’opposition c’est financer la démocratie. Enfin on met en exergue l’accaparement de l’argent du parti par le leader au détriment de ses partisans pour en faire un voleur alors que le régime lui-même a fini par reconnaître des détournements scandaleux dans ses rangs après avoir longtemps demandé des preuves. Pourtant l’image des partisans de Paul Biya même en prison reste moins écornée que celle de l’opposant.
Les camerounais semblent avoir plus de griefs contre l’opposant que contre ceux qui sont en charge malgré tous leurs essarts et la mauvaise gouvernance à l’origine de leurs malheurs? Ils demandent à l’opposant un comportement exemplaire qu’ils n’osent pas demander au sbires du Dieu d’Etoudi. Comment en est-on arrive la? Que se passe-t-il dans dans nos esprits pour que nous pensions que nous atteindrons les résultats escomptés sans que des hommes et des femmes puissent s’inscrire sur des démarches autres que celles qui, comme à l’époque coloniale, nous sont dictées par le pouvoir?

Quand on réduit l’opposant, ce sont tous les camerounais sans pouvoir qui sont réduits car la désinvolture de l’élite dirigeantes vis à vis des revendications de la masse mérite que l’opposant soit renforcé pour être en mesure de leur demander des comptes. Il faut arrêter d’accepter de jouer ce match où la même équipe qui joue déjà dans les deux camps veut aussi jouer les arbitres. Si nos opposants ont commis un crime, c’est celui de vouloir ce que Paul Biya et tous ses collègues africains voudraient garder pour eux tout seul advitam eternam ; un crime de lèse majesté qui n’est pas un crime. Non seulement le pouvoir ne leur appartient pas, vouloir être président de la République n’est pas un crime. Que tous ceux qui au nom de Paul Biya harcèlent illégalement les opposants sachent aussi que ces derniers auront légalement le droit de leur dire « on s’en souviendra ! »

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