LE CONSULAT- ESPACE D’HOSTILITÉ OU D’HOSPITALITÉ ?

Lettre ouverte au consul Allemand et à tous les autres consuls occidentaux en Afrique qui se reconnaîtrons

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A l’heure où des bateaux avec des milliers de migrants débarquent sur les côtes européennes et que l’occident joue soit les aveugles, soit les victimes d’une invasion alors que celle-ci n’est que la conséquence d’un mouvement de reflux commencé il y a quelques siècles par les occidentaux qui ont étés les premiers à étendre leurs frontières jusqu’à nous et aujourd’hui sont rattrapées par leur violence, leur exploitation et leur mépris vis à vis des peuples autochtones. Il est important de jeter un regard sur une violence infligée au quotidien à l’aspirant immigrant pendant que celui-ci est encore chez lui dans cet espace qu’est le consulat.
Le consulat, parce qu’il est avant tout le seuil de cette porte, limite de deux mondes où on frappe, cette porte qui va s’ouvrir et qui débouche sur cette volonté de contrôle qui s’instaure dès le moment où votre hôte vous demande les papiers afin de savoir à travers votre identité qui vous êtes, et essaye de vérifier si vous méritez d’entrer ou pas. C’est au seuil de cette porte que débute une notion connue de tous les peuples de la terre; celle de l’hospitalité qui devrait s’appliquer autant aux migrants partis d’Afrique pour échouer en Europe sans visa qu’à ceux qui viennent demander officiellement un visa où ceux comme moi qui sont invités.

Quand je me retrouve devant le consulat Allemand de Yaoundé à faire la queue suite à une invitation à un prestigieux programme d’artiste en résidence à Berlin où je suis si ce n’est le premier cinéaste africain au moins le premier camerounais, je suis dans la foule avec des dizaines d’autres camerounais voulant se rendre en Allemagne. A mon grand étonnement, je constate malgré l’expérience d’humilité qui n’est jamais désagréable, qu’il n’existe pas d’autres moyens d’entrer dans ce consulat, de poser son problème à l’abrit des regards indiscrets, d’être reçu dignement. A partir du moment où on doit se rendre en Allemagne, on doit accepter le traitement inhumain organisé pour « traiter » celui qui quémande l’entrée en Allemagne ; ce qui n’est pas mon cas, car je suis invité. D’après ce que j’observe sur le terrain que ce soit dans la rhétorique que dans le design spatial car tout se passe dans la rue, l’Allemagne ne conçoit qu’il n’existe qu’un seul type de camerounais se présentant au consulat pour obtenir un visa; nous sommes donc tous d’entrée de jeu des indigents, des demandeurs, des parasites ou des tricheurs qu’il faudrait démasquer avant même qu’ils se retrouvent dans l’enseigne du consulat. Donc dans leur esprit il n’existe pas un camerounais dont ils auraient besoin, un africain qui pourrait leur apporter quelque chose, un camerounais qui leur ferait l’honneur de venir chez eux. Malheureusement mon invitation confirme bien que je suis de ceux là qui font un honneur à l’Allemagne en s’y rendant, n’en déplaise au consul Allemand de Yaoundé qui semble surpris que cette espèce puisse exister au Cameroun et il en existe d’autres bien plus prestigieux que moi.

Cher consul, la narrative discriminatoire, méprisante et humiliante que vous imposez dès la porte de votre consulat à des africains alors qu’ils sont encore chez eux est humainement inacceptable et vous devez en avoir honte après tout ce que votre pays a fait subir aux camerounais dans le passe sans avoir jamais obtenu ni excuses ni réparations. Et ceci n’est pas vrai que pour l’Allemagne. Quand on sait avec la fuite des cerveaux quelle est la contribution des africains au développement de l’occident au quotidien, il est aujourd’hui inacceptable qu’en guise de récompense et de réparations vous n’ayez que l’humiliation à nous offrir sur notre propre sol. Pourquoi entretenez-vous cette narrative qui fait croire que quand nous voulons venir chez vous, c’est pour vous parasiter, vous les riches occidentaux alors qu’on sait que vous comptez désormais sur le continent noir pour résoudre certains problèmes d’avenir qui se posent déjà avec acuité chez vous ?

Si j’ai fait le mouvement migratoire inverse en rentrant dans mon pays comme beaucoup d’autres, c’est pour faire mentir votre narrative. C’est parce que nous estimons que le Cameroun est beaucoup mieux pour nous malgré ses problèmes que nous revenons. Beaucoup de camerounais de qualité sont dans cette dynamique et travaillent à se reconstruire un chez eux en Afrique malgré les dommages crées par vos pays occidentaux depuis les ravages de la colonisation, malgré les nouvelles entreprises d’exploitations comme vos APE, malgré les programmes d’ajustements structurels qui nous ont mis à genoux. J’essaye comme beaucoup de camerounais de sortir des spirales du tribalisme installé en Afrique depuis le 19eme siècle par les idéologies allemandes du diviser pour régner et qui ont permis plus tard des génocides comme ceux du Rwanda. Notre retour dans ce pays qui est le notre est une démarche très consciente même s’il n’est pas facile et c’est un choix que nous faisons de vivre avec ceux qui nous ont vu grandir, de vivre en partageant nos rêves, nos désirs, nos frustrations, en essayant d’éduquer les jeunes par rapport cette hostipitalite (hostilité dans l’hospitalité) occidentale dont parle Derrida et à participer aux débats politiques qui font qu’on peut rêver un jour que cette Afrique qui n’est pauvre que parce que l’occident contrairement aux chinois lui a refusé la technologie ; et c’est cette Afrique qui apporte plus à l’occident que l’occident lui apporte, que nous voulons remettre debout.

Les consulats occidentaux en Afrique sont loin d’être des espaces d’hospitalité universelle comme le définit Emmanuel Kant quand il parle du droit de visite “Nul État ne peut interdire à un étranger de débarquer chez lui”. Comme dans tous les systèmes fascistes le consulat établit arbitrairement ses règles, des règles qu’il va faire respecter, s’arrogeant ainsi le droit d’infliger comme par nostalgie toutes sortes d’humiliations humaines sans avoir de compte à rendre à aucun tribunal sauf à sa propre hiérarchie qui autorise quasiment tous les coups. Une hiérarchie qui va s’empresser d’étouffer tous les traitements scandaleux inacceptables dans tout pays qui se voudraient démocratiques.Vous pouvez faire confiance aux Allemands pour leur amour des règles et surtout du plaisir qu’ils prennent à punir ceux qui ne respectent pas les règles; la Grèce en sait quelque chose.

Pourquoi le consulat doit-il rester un far west? Un no human’s land où l’Homme est condamné à perdre sa dignité sans qu’il puisse avoir droit à aucune justice, sinon la justice de celui-là même qui inflige le préjudice? Le consulat est donc cet espace qui légitimise une violence perpétrée contre l’Autre parce qu’il est avant tout different; c’est à dire qu’il est un africain, qu’il est un noir. Car le noir qu’on fait attendre sous le soleil dans la rue devant le consulat Allemand à Yaoundé est d’abord le noir qui a avec le blanc une longue Histoire d’esclavage, de colonisation, d’apartheid, et de ségrégation. Si ne serait-ce que par pudeur le blanc avait quelques remords vis à vis de cette histoire horrible dont il est l’ultime méchant, il imaginerait ne serait-ce que pour des raisons cosmétiques un autre dispositif.
Avez-vous déjà remarqué les dispositifs devant les consulats? Ils parlent d’eux-mêmes et nous font comprendre que vouloir se déplacer dans ce monde est devenu un véritable acte de guerre dont nous africains sommes déjà à domicile les premières cibles. Car les dispositifs mécaniques et technologiques devant les consulats rappellent ceux utilisés jadis à chaque fois qu’il a fallu honteusement trier les Hommes. Et quand on y rajoute les dispositifs de langage, on comprend bien que leur finalité est de produire la même forme de violence que celle qui fut déployée pendant l’apartheid en Afrique du Sud, la Shoah en Europe ou la ségrégation raciale en Amérique…

Le dispositif prévoit bien évidemment le traditionnel rôle du “gatekeeper”, le noir que vous voyez à la porte du consulat Allemand de Yaoundé. Car parce qu’il est des nôtres, il saura mieux qu’un Allemand comment dénicher les manigances de ses frères menteurs et tricheurs. Des traîtres faciles à embaucher, qui moyennant quelques subsides trahiront père et mère pour le statut privilégie du “house nigger”. Car pour arriver au blanc, vous devez passer par une voire deux couches de noirs avant que le blanc enfin n’arrive tel un dieu car vous êtes bel et bien déjà au paradis… Évidemment tout ceci est pensé, dessiné et sculpté; ça s’appelle un design.
Enfin dans le dispositif, il y a les brimades comme à l’époque coloniale; la brimade de la bureaucratie. Tel papier qu’il faut puis tel autre papier qu’on ne peut obtenir sans tel autre. Puis le fameux rendez-vous à ne prendre qu’au téléphone parfois payant ou sur internet et on vous donne une date trois, cinq ou six mois plus tard!

La question que je me suis posé tout d’un coup debout dans la rue devant ce consulat allemand de Yaoundé a été : pourquoi dois-je accepter tout ça? Pourquoi acceptons-nous qu’on nous traite de la sorte?
Je refuse que cette terre devienne de plus en plus impénétrable.
je refuse ces clôtures qui arrêtent a tout instant l’accueil et le déplacement.
Je refuse l’idée du consulat comme un espace de repli des individus sur eux-mêmes dans la forteresse de leurs identités foyers de forces répulsives.
Si les consulats comme celui de l’Allemagne à Yaoundé et les autres nous éloignent de la perspective de Derrida pour qui « l’hospitalité est infinie; donc inconditionnelle  » il faut dénoncer cette façon dont l’hospitalité est pratiquée dans les États modernes. Et Evo Morales, le président Bolivien a bien rappelé aux européens qu’ils ont bien fui la crise des années trente en se déversant massivement en Amérique latine, dieu merci il n’y avait pas consulats à l’époque, mais un tel scénario n’est pas à exclure aujourd’hui avec toutes ces crises en Europe.
Parce qu’on définit la culture comme étant la rencontre avec l’Autre, le Ministère qui gère l’Autre, c’est à dire le Ministère de l’Extérieur et celui qui gère le Moi, c’est à dire le Ministère de l’Intérieur devraient fusionner avec le Ministère de la Culture pour faire du consulat cet espace d’hospitalité.
Donc si les allemands à travers leur consulat ont décidés de trahir cette idée noble de l’hospitalité de Kant pour qui l’hospitalité signifie le droit pour l’étranger, à son arrivée sur le territoire d’un autre, de ne pas être traité par lui en ennemi, ce n’est pas a moi de les sauver du destin qui est le leur. Soyez les monstres que vous avez décidés d’être! Je ne viendrai plus dans votre consulat de Yaoundé au prix de mon honneur et de ma dignité!

UNE CULTURE DE L’INDIFFERENCE

Article d’Opinion de Jean-Pierre Bekolo dans The Africa Report de Juillet 2015

Après les interminables querelles dans le football , c’est autour de la culture qu’on se déchire aujourd’hui au Cameroun. Si ces deux secteurs qui ont chacun une fonction bien précise dans l’appareil politique de Paul Biya au pouvoir depuis 1982, c’est bien parce que le président s’en sert comme à l’époque coloniale. Le football est un outil d’aliénation, il faut le promouvoir et la culture est un outil d’émancipation, il faut la contrôler. Mais si aujourd’hui ces deux secteurs sont dans la tourmente, n’est-ce pas parce que les 33 ans de règne de Paul Biya commencent à peser et le pays développe aujourd’hui le syndrome d’une « incapacité généralisée ». Et beaucoup et surtout les jeunes se sont mis la une logique de surpasser cet État en se mettant dans une autre dimension et d’envisager fonctionner sans lui. Est-ce un scenario envisageable, quelles sont ses chances de réussite ?

L’incapacité à laquelle on assiste ici dans le football et la culture serait-elle le fait comme le dit Bernard Steiner le fait de l’économie libérale qui serait dans une destruction systématique des « capacités » au point de plonger notre monde dans un état d’ « incapacitation généralisée » ou bien est-il un phénomène lié à la fin de règne d’un régime qui a trop duré? L’incapacité, on la ressent tous comme lorsque ce professeur Nigérian me demande pourquoi les intellectuels camerounais sont incapables de se débarrasser de Paul Biya, ou quand le président Allemand nous a demandé pourquoi ça n’allait pas en Afrique?

Lorsque le système n’est plus capable, les individus peuvent-ils s’en sortir en court-circuitant le système ? Comment les jeunes artistes par exemple s’y prennent-ils, ces jeunes dans une ville comme Yaoundé où le maire est plus préoccupé à créer des boutiques à louer aux commerçants que des Maisons de la Culture ? Comment être un artiste sans tomber dans la catégorie des « débrouillards » qui comme on dit ici « se battent » ? Ils savent tous que la Ministre de la Culture est ministre pour représenter la famille Muna l’ex- président de l’Assemblée Nationale ; elle n’est pas la pour eux. Ne dit-elle pas à qui veut l’entendre qu’elle a joue sur les cuisses de la Reine d’Angleterre et qu’elle appelle le Président de la République « Daddy ».

Ce qu’en pensent les jeunes artistes de Yaoundé et Douala abandonnés à eux-mêmes n’intéresse personne. Pourtant ils seraient d’accord avec Steiner lorsqu’il parle de cette société d’incapacitation qui règne, « gouvernée par des incapables » qui généralisent le « laisser-faire » qui détruit les savoirs sous toutes les formes .

Voila une Ministre qui a réussi l’exploit d’ouvrir un Musée National avec des photos et des objets de la famille présidentielle, laissant nos danses folkloriques à l’entrée pour accueillir les invites qui allaient assister à un spectacle de ballet classique et écouter une chanteuse américaine! Pourtant les camerounais brillent comme commissaires d’exposition d’art contemporain ; comment expliquer l’absence des Simon Njami, Koyo Kouoh, Christine Eyene si ce n’est par une espèce de concurrence que  la Ministre de la Culture entretiendrait avec les acteurs du secteur.

Aujourd’hui, tous ces jeunes qui chantent qui dansent, qui jouent, créent ou qui ont un talent quelconque ont accepte l’idée triste qu’ils peuvent y arriver sans leur pays le Cameroun dont le modèle de gouvernance ne présente plus aucune lisibilité. Sinon comment expliquer que le premier ministre annule l’acte de cette ministre de la culture qui est allée créer nuitamment dans son propre village une société de droits d’auteurs censée capter à l’avenir les subsides des sociétés de téléphonie mobile ? La cacophonie à laquelle on assiste dans le gouvernement sur la culture est avant tout une affaire de gros sous malgré l’opération main propres baptisée Épervier du président de la république qui a déjà quasiment mis tout son gouvernent en prison.

Il n’y a pas plus déprimés que les jeunes camerounais qui pourtant restent étonnants ; comme ce jeune rappeur Jovi qui travaille très dur pour mettre en place son système et commence à récolter ses fruits, les titres « Cash Mets l’argent a terre » ou « Et puis quoi » raisonnent désormais dans la tête de tous. Il fait partie de cette génération qui laisse à Paul Biya «son  pays » et “son pouvoir” pour s’en créer un autre virtuel. Cet homme qui a su s’extraire du pays pour s’installer aux cieux et en tirer tous les avantages pendant que les camerounais chaque jour sur terre démontrent leur bassesse, pendant lui célèbre sa grandeur.

Au Cameroun, ce sont les sociétés de téléphonie sud africaines MTN et française Orange qui sont devenus les seuls véritables investisseurs de la culture camerounaise malgré les banderoles qui nous annoncent à chaque événement le « haut-patronage » du Ministère de la Culture ou du Président de la République sans lesquels rien n’est possible. Pourtant dans la ville de Yaoundé, la capitale, ce ne sont pas les cabarets où on peut voir certains de ces talents s’exprimer qui manquent. Youssou N’dour est d’ailleurs venu s’approvisionner en embauchant deux jeunes qui font désormais le tour du monde avec la star. Toutefois dans un pays qui n’a toujours pas mis en place une politique culturelle avec un statut de l’artiste clair, le chapeau ou le panier devant chaque orchestre qui joue démontre que l’artiste reste un indigent vivant de l’aumône des petits fonctionnaires de la place. Les plus jeunes pour exister redoublent d’ingéniosité quand les vieux s’accrochent aux querelles de droits d’auteur qui n’en finissent plus. Même les chaînes de télévision de plus en plus nombreuses dans le paysage les ignorent, car devenues de véritables machines commerciales « a la camerounaises ». Les petits écrans sont saturés de débats, on y parle à longueur de journée; ils permettent de soutirer un peu d’argent aux hommes politiques. Pour passer à la télé, il faut payer très souvent et ce ne sont pas les plus doués qu’on voit. Les orchestres scolaires qui ont formé le vivier de musiciens camerounais aujourd’hui célébrés dans le monde entier ont disparu ; les établissements scolaires étant devenus des boutiques permettant de faire du fric tant pour les privés que pour le public.

Les cabarets qui vendent la bière à 700 Francs CFA en moyenne sont devenus les employeurs de certains de ces talents comme c’est le cas de Maison Mère au quartier Mini-Ferme à Melen pas loin de l’Université de Yaoundé. Si ce quartier qui a vu grandir le rappeur Valsero connu pour sa Lettre au President, a mauvaise réputation, c’est à cause de la prostitution. Aller à Mini-Ferme, c’est aller chercher des putes. De part et d’autre de la rue principale il y a à droite de la rue les vieilles et à gauche les jeunes. Pourtant ce qui se passe au milieu de cette pègre est un phénomène unique à Yaoundé. Une vingtaine de jeunes danseurs et danseuses entre 19 ans et 25 ans se sont professionnalisés. Ils défilent sur la scène en faisant des play-backs dont l’unique but est d’offrir un spectacle de danse au client qui est souvent un petit commerçant, un taximan… voulant se détendre après une dure journée. Sur la scène, ils réussissent à vous en mettre plein la vue sur les rythmes du coupe décalé de l’heure, des Nigérians et bien sûr du Bikutsi. Leur organisation avec des tenues, des chorégraphies forcent l’admiration. Combien sont-ils payes ? Entre 25 000 Francs CFA et 50 000 Francs par mois en travaillant de 20h à 4/6h du matin. 6 jours 7. L’un de me dit “j’ai déjà trouvé un bon job ici, je vais encore chercher quoi ailleurs?”

Si ce modèle dont on ne peut pas dire qu’il est démocratique à 3 ans des prochaines élections de 2018 avec un probable candidat qui aura alors 85 ans a laissé les artistes qui ont pourtant apporté tant de bonheur à des générations entières se retrouvent dans une telle situation de misère alors que les footballeurs vivants presque tous à l’étranger, incapables de nous qualifier, restent chouchoutés, il est normal de se demander comment cette incapacité généralisée qui laisse les camerounais stoïques, tel le porc-épic qui meurt en silence, va affecter les artistes. Serons-ils tous morts ou seront-ils tous ailleurs? Si on s’en tient à cette approche, la culture camerounaise est condamnée à mourir comme le football camerounais qui ne se vit plus qu’à travers les championnats de la Champions League Européenne. La question que je pose à Bernard Steiner est la suivante pourquoi l’économie libérale voudrait-elle détruire les capacités ? Et Bernard Steiner réponds que « le « je-m’en-foutisme » généralisé est avant tout une question de mœurs qui conduit à l’aliénation par la consommation addictive des biens ou « commodités » » venant d’ailleurs ; faisant de nous des consommateurs et non plus des producteurs comme pourraient l’être ces talents qui résistent encore à ne pas se contenter de regarder Beyonce « casser le dos » à l’africaine ou Shakira donner des coups de reins, leur revendant leur propre danse africaine à la sauce américaine ! Si la destruction des capacités est un phénomène mondialisé Paul Biya serait alors en avance et le Cameroun avec lui?

La Criminalisation de l’opposant au Cameroun

Si la constitution du Cameroun reconnaît le multipartisme et donc ses instruments et ses acteurs, elle garantie les droits des personnes étant d’un bord politique différent de celui du président en exercice, pourquoi les garants de cette constitution tels que la police et d’autres peuvent-ils aisément poser des actes qui criminalisent l’opposant ? Un opposant qui voudrait conduire sa vie et ses affaires normalement se retrouve s’il est employé de l’État bloqué dans ses avancements, jamais nommé à des postes de responsabilités ; s’il est entrepreneur, il se voit refusé illégalement les marchés publiques ; il est donc systématiquement discriminé. Quand même il voudrait sortir le soir, parfois il y a des lieux où il se voit refusé l’accès sous prétexte que le lieu sera taxé d’être le repaire des opposants !
C’est bien beau de dire que l’opposition ne fait rien mais qui a envie d’être opposant dans un pays où être opposant, c’est subir le rouleau compresseur d’un État qui se met lui même hors-la-loi?

L’opposant a eu plusieurs ancêtres dont le maquisard est le dernier en date. Ailleurs on les a appelé les nationalistes; tous ceux là qui ont osé lutter contre le colon pour libérer le Cameroun du joug colonial. Pour beaucoup, l’opposant commet le crime d’oser s’inscrire sur une ligne différente de celle du président Paul Biya qui, tel un Dieu devrait être et rester, comme autrefois le colon, l’Alfa et l’Oméga; le début et la fin de toute démarche et initiative politique. Ce n’est donc pas un hasard si l’opposant est d’abord dénigré pour ce qu’il est et non pour ce qu’il dit ou ce qu’il fait. Car l’opposant, c’est l’homme qui s’attaque au Dieu tout puissant créateur du ciel et du Cameroun.

Si l’opposant a une quelconque envergure, il faut d’abord le réduire; le réduire financièrement est une étape incontournable afin de démontrer que c’est sa misère qui le pousse à chercher le pouvoir. Puis, si l’opportunité de l’assister financièrement se présente, on hésite pas et on va surtout on va le faire savoir en faisant circuler des rumeurs pour dénigrer sa personne comme à l’époque de la guerre psychologique antirévolutionnaire. Pourtant l’opposition doit légalement être financée car financer l’opposition c’est financer la démocratie. Enfin on met en exergue l’accaparement de l’argent du parti par le leader au détriment de ses partisans pour en faire un voleur alors que le régime lui-même a fini par reconnaître des détournements scandaleux dans ses rangs après avoir longtemps demandé des preuves. Pourtant l’image des partisans de Paul Biya même en prison reste moins écornée que celle de l’opposant.
Les camerounais semblent avoir plus de griefs contre l’opposant que contre ceux qui sont en charge malgré tous leurs essarts et la mauvaise gouvernance à l’origine de leurs malheurs? Ils demandent à l’opposant un comportement exemplaire qu’ils n’osent pas demander au sbires du Dieu d’Etoudi. Comment en est-on arrive la? Que se passe-t-il dans dans nos esprits pour que nous pensions que nous atteindrons les résultats escomptés sans que des hommes et des femmes puissent s’inscrire sur des démarches autres que celles qui, comme à l’époque coloniale, nous sont dictées par le pouvoir?

Quand on réduit l’opposant, ce sont tous les camerounais sans pouvoir qui sont réduits car la désinvolture de l’élite dirigeantes vis à vis des revendications de la masse mérite que l’opposant soit renforcé pour être en mesure de leur demander des comptes. Il faut arrêter d’accepter de jouer ce match où la même équipe qui joue déjà dans les deux camps veut aussi jouer les arbitres. Si nos opposants ont commis un crime, c’est celui de vouloir ce que Paul Biya et tous ses collègues africains voudraient garder pour eux tout seul advitam eternam ; un crime de lèse majesté qui n’est pas un crime. Non seulement le pouvoir ne leur appartient pas, vouloir être président de la République n’est pas un crime. Que tous ceux qui au nom de Paul Biya harcèlent illégalement les opposants sachent aussi que ces derniers auront légalement le droit de leur dire « on s’en souviendra ! »