LES CAMEROUNAIS ONT BESOIN D’UN CONTE DE FEES

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De nombreux contes de fées commencent avec la mort d’une mère ou d’un père. D’autres contes parlent d’un père ou d’une mère vieillissante qui décide de passer le relais à la nouvelle génération; mais auparavant, le successeur doit prouver qu’il est capable et digne de prendre la relève. Le conte des frères Grimm « Les 3 Plumes » commence ainsi: “Il était une fois, un roi qui avait trois fils… le roi, en vieillissant, sentant surtout ses forces décliner et pensant à sa mort, ne savait pas auquel de ses trois fils il devait laisser le royaume en héritage”. Pour pouvoir se décider, le roi confia à chacun de ses fils une tâche difficile; celui qui réussira le mieux, “ce sera lui le roi après sa mort”.

Des contes comme ça, il y en a chez tous les peuples que compte le Cameroun. Ce n’est pas parce que le Cameroun est un royaume qu’on va laisser en héritage à un fils que le Cameroun a besoin d’un conte de fées mais plutôt parce que la sagesse ne jaillit pas d’elle-même, toute faite comme le fit Athéna de la tête de Zeus; elle s’élabore petit à petit, après une période très irrationnelle.

Les expériences que vivent les camerounais aujourd’hui ne peuvent suffire à leur donner une compréhension intelligente de leur existence. Les camerounais doivent retrouver le sens profond de la vie. Ils doivent dépasser les limites étroites d’une existence égocentrique et doivent croire qu’on peut apporter quelque chose à sa propre vie sinon immédiatement, du moins dans l’avenir. Pour qu’ils ne soient plus à la merci des hasards de la vie, ils doivent développer leurs ressources intérieures afin que leurs sentiments, leur imagination et leur intellect s’appuient et s’enrichissent mutuellement.

Le camerounais tel un enfant semble dérouté et a besoin de se comprendre mieux au sein d’un monde complexe qu’il doit affronter. Il faut donc l’aider à mettre un peu de cohérence dans le tumulte de ses sentiments. La seule thérapie pour le camerounais aujourd’hui est de donner un sens à son existence. Il a besoin d’une éducation qui subtilement, uniquement par les sous-entendus, lui fasse voir les avantages d’un comportement conforme à la morale, une éducation sous forme d’une mise en scène tangible du bien et du mal qui prendraient ainsi pour lui toute leur signification.

C’est grâce aux contes de fées quelque soit leur forme, le camerounais comme l’enfant pourra redécouvrir ce sens. Les contes de fées arrivent à s’adresser simultanément à tous les niveaux de la personnalité humaine, en transmettant les messages d’une façon qui touche aussi bien l’esprit inculte de l’enfant que celui plus perfectionné de l’adulte. En utilisant sans le savoir le modèle psychanalytique de la personnalité humaine, ils adressent des messages importants à l’esprit conscient, préconscient et inconscient quelque soit le niveau atteint par chacun d’eux. Ces histoires qui abordent des problèmes humains universels, s’adressent au moi tout en soulageant les pressions préconscientes et conscientes. Tandis que l’intrigue du conte évolue, les pressions du ca se précisent et prennent corps et on voit mieux comment on peut les soulager tout en se conformant aux exigences du moi et du surmoi.

Le conte de fées est d’autant plus indispensable à ce pays qu’on a l’impression que la première chose que font les “adultes” une fois aux affaires est de résoudre les frustrations de leur enfance. Avec l’argent du pays, on s’achète des jouets qu’on a pas eu, on se paye des filles qu’on a pas pu séduire… Ils ont comme les enfants besoin des contes de fées car les contes de fées permettent d’avoir une vie intérieure qui fait qu’on a pas besoin de rattraper comme tous ces cleptomanes tout ce qu’ils n’ont pas eu pendant leur enfance. Ils ont beau tout vouloir pour eux tout seuls avec boulimie : ils veulent le pouvoir politique, ils veulent le pouvoir traditionnel, ils veulent toutes les agrégations, les doctorats, ils veulent tout l’argent et tous les privilèges, les veulent toutes les femmes, les mariées, les très jeunes… oubliant que tout ce qui se passe dans la réalité est incapable de satisfaire les besoins inconscients. Seuls les contes de fées grâce à leur dimension psychanalytique  peuvent guérir tous ces cas pathologiques qui font que la société camerounaise est une société malade.

Combien de hauts responsables camerounais n’ayant pas réglé leurs problèmes psychologiques devons-nous encore subir au quotidien? Combien de comportements abusifs de leur part vivons-nous chaque jour, qu’ils soient d’ordre sexuel, d’accumulation matérielle, de besoin de pouvoir etc.? Ce sont des troubles qui sont les mêmes qu’on retrouve chez l’enfant qui n’a pas su surmonter les déceptions narcissiques, les dilemmes œdipiens, les rivalités fraternelles. Que faire de tous ces adultes qui n’ont pas été capables de renoncer aux dépendances de l’enfance, d’affiner leur personnalité ou de prendre conscience de leur propre valeur et de leurs obligations morales?

Les camerounais ont besoin de comprendre ce qui se passe dans leur être conscient et grâce à cela, de faire face également à ce qui se passe dans leur inconscient. Le conte de fées est la thérapie dont les camerounais ont besoin, car le conte de fées crée des images qui pourraient servir de modèles dans leurs rêves éveillés et qui pourront mieux orienter leurs vies et ainsi les éloigner des pratiques scandaleuses et incrédules qui font désormais école sous prétexte qu’ils constituent le secret de la réussite.

Les disciplines comme la psychanalyse qui ont pour but de rendre la vie facile  disent que l’homme ne peut parvenir à donner un sens à son existence que s’il lutte contre ce qui lui parait être des injustices flagrantes. Lutter pour donner un sens a sa vie. Tel est le message des contes de fées.

Les contes de fées apprennent à l’enfant que la lutte contre les graves difficultés de la vie est inévitable et fait partie intrinsèque de l’existence humaine, mais que si, au lieu de se dérober, on affronte fermement les épreuves inattendus et souvent injustes, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par remporter la victoire. Les camerounais face à leur histoire ont plutôt appris le contraire et ont adopté un pragmatisme des vaincus. Et le conte de fées par son message révolutionnaire leur pose un problème car il est “subversif” dans un pays où il a toujours fallu trahir pour devenir roi. Les contes de fées demandent aussi aux camerounais d’aborder la vie avec la conviction qu’ils peuvent venir a bout de toutes les difficultés et donc de se débarrasser du réalisme des perdants. Comme l’enfant qui sait qu’il a été crée par ses parents, le camerounais expérimente l’ordre du monde à l’image de ce qui tient lieu de ses parents car la naissance de son pays se fait à travers une lutte qu’il perd et tous ses héros de contes de fées assassinés.  Le Camerounais ne doit plus être ambivalent; il a besoin de clarifier aujourd’hui ce qui est bien et ce qui est mal car nous sommes ici comme dans les contes de fées face à un problème moral.

Dans un contexte où on vous explique en permanence que “ce sont des choses que vous ne pouvez pas comprendre”, les contes de fées ont pour caractéristique de poser des problèmes existentiels en termes brefs et précis. Ils simplifient toutes les situations. Les camerounais ont un seul problème: la fin.

La fin dans le conte de fées qui doit toujours être heureuse mais les camerounais comme des enfants vivant le conte sont angoissés, ils ont peur. Ils ont peur pour leur avenir, ils ont peur pour l’avenir de leurs enfants, ils ont peur pour de l’avenir de leur pays; car ils savent tous comme en football que le match est terminé depuis longtemps et que nous jouons les arrêts de jeu qui peuvent pour leur bonheur ou pour leur malheur encore durer plusieurs années.

Dans un pays où on ne rêve plus parce qu’on préfère le miracle au rêve, qui ne croit pas au Cameroun comme dans le Roi-Grenouille que l’homme peut être changé en animal? Les Camerounais vivront-ils ou non un happy ending?

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CHANGER LE RESSENTIMENT NATIONAL: LE TEMPS DU STORYTELLING

Si nous voulons maîtriser le changement qui vient et ne pas laisser à des officines secrètes et à des manipulateurs la main mise sur notre pays après Biya, il est indispensable de ne plus se contenter de crier au changement, mais plutôt de commencer à définir la manière dont celui-ci serait mis en place. Quand on a voulu promouvoir la transparence lors des élections, on a bien mis partout en place une structure comme ELECAM . Il est temps d’arrêter de parler et que soit mis en place une véritable plateforme du changement qui vient, afin que les camerounais puissent maîtriser leur propre destin et que leur avenir ne leur soit plus volé comme par le passé.
Notre culture africaine nous a doté d’un puissant instrument dont on se sert malheureusement très peu dans le cadre national. Il s’agit de ce qu’on appelle en anglais le STORYTELLING. Une culture de la narration orale, une culture de la parole ou on se raconte et on raconte aux autres avec ses symboles tels que “la canne de la parole” ou celui à qui on confie la responsabilité de gérer la parole d’une communauté, de porter leur parole est avant tout un érudit dont la mission est avant tout de désamorcer les conflits. Qui ne va pas être d’accord avec moi qu’aujourd’hui cette parole nous manque beaucoup et le silence qu’on nous sert aujourd’hui comme unique manière d’approcher le changement nous pèse; car il n’est pas notre culture. Notre communauté nationale a besoin de faire comme elle faisait jadis, de “s’asseoir”. Ne dit-on pas chez nous que “quand on ouvre, ça sèche et quand on couvre, ça pourrit”?
La première mission qu’aurait cette plateforme du changement serait de définir ce qu’on entend par changement afin que quand on dit changement, que nous soyons tous d’accord que tous les camerounais parlent de la même chose. Si le changement n’est vu que comme le changement d’un homme ou d’une équipe, qu’est-ce qui nous dit qu’il y aura de réels changements qui vont affecter en bien nos vies quotidiennes? Il deviendrait alors difficile que des gens viennent tromper les camerounais à propos de ce changement. Laissez les camerounais dans cette situation de confusion pensant qu’elle va profiter a son camp est un jeu dangereux.
Parce que l’identité nationale ne prime pas toujours sur la tribu et le clan, il est nécessaire de se servir de la culture et de la culture africaine du STORYTELLING pour changer les “narratives ethniques” en “narratives nationales” et éviter des confrontations lors du changement.
Nous devons donc aujourd’hui faire preuve de créativité et d’ingéniosité pour intéresser les camerounais à ce changement si nous voulons éviter qu’ils soient manipules par différents groupes d’intérêts. Nous pouvons nous reconstruire une identité nationale en se servant de ces conversations au coin du feu du Cameroun des villages et des villes pour créer une nation solide, redonner la foi aux camerounais découragés et aux communautés instrumentalisées… car, au commencement, il y a toujours une histoire…
Une histoire dont nous tirerons les idées, les valeurs et l’approche pour de nouveaux modèles qui accompagneront ce changement que nous voulons dans l’éducation, la santé, le développement économique…
Et surtout une histoire qui donnera du sens aux hommes et aux femmes qui devront se lever tous les jours et travailler pour vivre une autre histoire!
Comment autrement éviter les conflits ethniques si ce n’est en donnant aux uns et aux autres le sentiment d’une histoire nationale commune? Si certains brandissent le “diviser pour régner” colonial comme approche a succès qui a permis la stabilité du Cameroun, le constat est que celui qui divise règne peut-être, il règne même très longtemps, mais le peuple lui reste divisé ; une division qui aujourd’hui représente une véritable menace pour l’avenir de ce pays. Il s’agit avec le STORYTELLING d’arrêter avec cette vision d’un Cameroun en morceaux. Et commencer à recoller tout ce qui a été cassé avant qu’il ne soit trop tard.
Il s’agit donc a travers le STORYTELLING de revisiter par la parole au sein de chaque communauté ces choses qui nous divisent ou produisent un “ressentiment national” qui fait que ce Cameroun dont ils parlent aujourd’hui ne nous parle plus. Parmi les points qui produisent ce ressentiment, il y a avant tout l’appartenance ethnique ou tout simplement le tribalisme. Parfois notre appartenance ethnique nous fait détester le Cameroun, le STORYTELLING devrait résoudre ce problème. Il y a ensuite les richesses naturelles; le fait qu’on exploite les richesses de notre sol et notre sous-sol parfois dans notre localité sans qu’on en voit les retombées peut nous faire aussi détester le Cameroun. Il y a le déni d’histoire, quand nos parents et grands parents ont lutté pour l’indépendance de ce pays, sont en morts et qu’on voit les dirigeants d’aujourd’hui en profitent “gloutonnement” sans aucune reconnaissance ; tout cela peut nous faire ne fait ne plus aimer ce pays. Il y a le manque de dialogue inter-ethnique, lorsque nous imaginons que l’autre ethnie est entrain de faire des plans pour profiter seule et nous éliminer fait que nous pouvons avoir un ressentiment contre le Cameroun. Etc. etc.
Tous ces ressentiment sont tous du même ordre; ce sont des histoires, des histoires qu’on se raconte et qu’on raconte aux autres, du STORYTELLING. Puisque qu’on dit que toutes les belles histoires sont vraies parce qu’elles ont été inventées, vous comprenez que nous avons besoin de nous re-raconter a nous tous nos belles histoires qui en fait n’en feront qu’une et une seule, ce sera l’histoire du Cameroun. Aoulaoula!