A quel moment avons-nous perdu la tête au Cameroun?

Un journal français en ligne spécialisé sur l’Afrique nous annonce que notre président de 83 ans malade se fait soigner en Suisse. Les réactions ne se font pas attendre, les camerounais se demandent ce que la France veut chez nous ; et demandent qu’elle se mêle de ses propres affaires. Le même journal renchéri quelques jours plus tard pour faire un état des lieux du Cameroun, les camerounais n’ont plus de doute, la France a un agenda sur le Cameroun. Pourtant il est possible que ce deuxième article ne soit lié qu’au succès du premier car sur internet, ce sont les clics qui font le business… Si je m’en tiens à ces faits, imaginons un instant le scénario inverse.
A supposé que ce journal en ligne représente effectivement le gouvernement français et donc que « la France » sait que notre président est malade et ne dise rien. Beaucoup comme moi penseraient que ce serait une faute et donc une manœuvre, car sachant probable une fin de régime au Cameroun, un silence de la France voudrait dire qu’elle ne voudrait pas que les camerounais sachent qu’un changement arrive et donc qu’ils ne se préparent pas en conséquence pour que la France aie une emprise sur la succession de Paul Biya; ne serait-ce que par effet de surprise.
Ici, « la France » – toujours à supposer que ce journal en ligne spécialisé sur l’Afrique représente le gouvernement français – « la France » nous informerait que notre président serait malade et hésiterait à décider d’une intervention chirurgicale. Elle nous annoncerait donc que quelque chose d’imminent pourrait se produire au Cameroun ; ce que nous sommes loin de souhaiter à notre président, comme à toute personne quelque soit soin âge. Cette information que semble nous annoncer l’article en question est vitale pour notre pays. En quoi un journal qui nous porte une telle information essayerait de nous déstabiliser? Nous attendons de telles informations de nos journalistes si nous ne voulons pas que le pouvoir dans notre pays échappe un jour au peuple, s’il a jamais été entre ses mains un jour. Sans être totalement stupides nous savons qu’il est très naturel et habituel de s’enquérir de l’état de santé d’un homme de cet age ; d’autant plus que la charge qui pèse sur ses épaules est lourde… à moins de dire que les lois naturelles ne s’appliquent pas au Cameroun.
« La France » si c’est elle, elle nous dit préparez-vous, au cas ou… Peut-on vraiment le lui reprocher? Et je pense que s’il y a une chose qui pourrait déstabiliser le Cameroun, c’est le manque de préparation au changement qui est inéluctable. La question que je me pose est la suivante, “ pourquoi refusons-nous de nous préparer au changement qui arrive? » L’Africain est moqué et insulté parce qu’il n’anticipe jamais et semble-t-il vivrait « au rythme des saisons”. Si nous ne voulons pas que des pays étrangers organisent a notre place cette transition, préparons-nous; et c’est ce que nous dit ce journal. Et rien que pour cela, il faudrait le remercier au lieu de remettre en cause un principe qui veut en journalisme que n’importe qui a le droit d’écrire sur n’importe quoi pour peu qu’il respecte les règles du métier; dire qu’un journal étranger ne doit pas écrire sur « nos affaires » est rétrograde et montre que nous avons vraiment perdu la tête! La question est depuis quand? S’ils écrivent sur nos affaires, écrivons sur les leurs!

VOUS AUSSI, ARRÊTEZ !

Arrêtez vous aussi de faire faire les concours de l’IRIC, de l’ENAM etc. à vos enfants!
Vous qui envoyez vos enfants faire les concours de l’ENAM, de l’IRIC etc. vous pensez que le Cameroun restera cette République d’administrateurs parasites incapables de créer la richesse et de résorber le chômage endémique des jeunes? Vous pensez vraiment que dans les années qui viennent, les administrateurs sortis de l’ENAM, de l’IRIC etc. continueront de s’accaparer de nos richesses communes et pourront continuer a se pavaner devant les camerounais appauvris pris en otage sans que personne ne dise rien ?
Vous qui n’êtes pas dans ce système, si vous envoyez vos enfants faire les concours de l’IRIC, de l’ENAM etc, est-ce parce que vous voulez faire d’eux les parasites de demain qu’on commence déjà à fustiger aujourd’hui? Sachez que ce pays devra bientôt cesser d’être un gâteau à partager et son régime une table à manger, où les uns et les autres sont invites à tour de rôle. Si jusqu’ici malgré les slogans l’absence de vision est un véritable scandale, on ne pourrait se permettre de vouloir perpétuer ce modèle hérité du colonialisme qui est lui même à l’origine de l’impasse actuelle, car il n’a jamais été pense pour nous permettre de nous en sortir ; au contraire. S’il est difficile de savoir combien “le commandement” nous a rapporté , il est par contre facile d’estimer combien il nous a coûté. Si vous, parents aux affaires, avez cessés de rêver pour le Cameroun, permettez au moins à vos enfants, à nos enfants d’avoir un autre rêve pour ce pays. Que le système actuel soit moribond, on pourrait encore le tolérer, mais qu’on ait envie de le perpétuer de génération en génération est franchement scandaleux. Il faudrait que bientôt dans ce pays entrer a l’ENAM et a l’IRIC devienne tellement insignifiant que, les tripatouillages des listes laissent la majorité des camerounais indifférents parce que justement, l’avenir ne se jouera plus dans le gâteau national, mais plutôt dans une plantation nationale du futur où seuls seront acceptés ceux qui apportent leur contribution pour que la récolte soit de plus en plus grande et que tous aient à manger.