PAUL BIYA, DE LA PAIX A LA PEINE DE MORT

Que se passe-t-il passe pour que le séminariste qu’on croyait quitterait le pouvoir en laissant une image d’homme de paix nous brandisse à la fin de son règne le spectre de la mort? Que se passe-t-il passe pour que l’homme dont on disait laissera le Cameroun en paix comme il l’a trouvé soit soudain séduit par les méthodes de la « guerre psychologique antirévolutionnaire » instituée par les français au Cameroun lors de l’époque coloniale? Pourquoi s’ahidjoïset-il soudainement alors qu’il est sur le départ? Que se passe-t-il pour que le vieux Paul Biya qu’on disait différent se prenne pour le jeune et impulsif Ahidjo ?De toute évidence il se passe que les camerounais qui lui ont accordé jusqu’ici de rester à la tête du pays malgré une certaine absence de performance, malgré de nombreuses incapacités et insuffisances, malgré la paupérisation du peuple, malgré la corruption et les détournements de ses collaborateurs, malgré, malgré…, les camerounais qui lui ont concédé le fait de rester à la tête du pays non pas parce qu’il était le plus fort, le plus beau ou le plus intelligent ; commencent sérieusement à s’inquiéter et à raison de la suite du programme; ils ont beau essayer de faire des efforts pour ne pas y penser, mais l’avenir est là, en face d’eux têtu comme un enfant qui tous les matins au réveil se place devant ses parents comme pour leur dire qu’allez vous faire de moi ? Si les camerounais l’ont accepté, adopté et parfois toléré, c’est avant tout parce qu’ils l’ont aimé, les camerounais ont aimé Paul Biya pour rien, c’est à dire sans rien attendre de lui en retour; ont-ils eu raison? Ça, c’est une autre question. Alors d’où lui vient ce retournement où il pense que c’est par la peur qu’il va désormais gérer les camerounais? Du Burkina Faso? Le Cameroun n’est-il plus le Cameroun? Pourquoi paniquerait-on donc tout d’un coup à Etoudi? Serait-il encore vraiment in control? Serait-il encore en possession de toutes ses facultés? Nous sommes obligés de nous interroger et personne ne peut empêcher aux 20 millions de camerounais que nous sommes de nous poser ces questions légitimes. Pourquoi paniquer si la paix que nous avons au Cameroun est avant tout le fait des camerounais eux-mêmes et non le fait d’un système répressif? Que se passe-t-il donc? La fin de règne? Comme toutes les fins de règne, elles sont dangereuses, plus dangereuses que Boko Haram car c’est l’existence même du Cameroun qui est en jeu. On ne peut ignorer que l’Après Biya a déjà commencé et les jeux de positionnement qui vont avec aussi . Qui sont tous ces conseillers de l’ombre, ces rédacteurs de la loi, ces députés qui ont voté cette loi et bientôt ces magistrats et services de sécurité qui vont l’appliquer ? Les camerounais doivent connaître leurs noms et leurs visages car ils devront un jour répondre de leurs actes et de leurs intentions et responsabilités individuelles face aux camerounais une fois Biya parti, car il va lui partir et eux vont rester. Si cette loi est un outils qui doit servir l’un des camps pretendant à prendre le pouvoir, on ne peut éviter de se poser la question qu’on veut encore tabou Qui succedera à Paul Biya? Si ce système répressif qu’on institue par cette loi est en place, il avantagera sans doute l’une des parties; celle qui a la force aujourd’hui et elle essayera sûrement de s’en servir. Sauf que ceux qui croient que l’appareil judiciaire comme les autres appareils de l’Etat fonctionneront « normalement » comme si de rien n’était se trompent. Si les députés qui auraient pu désobéir et ne pas voter la loi ne l’ont pas fait, rien ne dit que les magistrats eux ne désobéiront pas, que les forces de l’ordre eux ne feront pas comme on l’a vu ailleurs, en refusant d’user de la force contre le peuple. Et très souvent c’est de la désobéissance de personnalités du système que naît le véritable leadership. Et sur ce point, je fais confiance au bon sens du camerounais. C’est toujours le commandant qui refuse de tirer sur le peuple qui deviendra de fait l’homme de la situation et aura la légitimité d’organiser le jeu politique.

Si en décidant désormais de donner la mort, l’ex-séminariste homme de paix pense que c’est la meilleure façon d’organiser sa succession, et donc d’instaurer “le gouvernement perpétuel”, il ne doit pas oublier que malgré leur apparente léthargie actuelle, les camerounais auront leur mot a dire, car c’est avant tout de leur avenir et de l’avenir de leur pays dont il est question ici. Il n’est pas normal d’accepter d’en discuter avec les chefs d’États français et de n’accepter d’en parler avec nous les camerounais qu’à coups de lois répressives, il n’est pas normal de vouloir faire peur aux camerounais. Il s’agit Monsieur le Président d’être responsable, serein et courageux, de regarder la vérité en face, tout a un début, tout a une fin, il faut savoir quand il est temps de partir, faites honneur a notre continent et notre pays et de grâce, laisser le Cameroun comme Ahidjo vous l’a cédé; c’est à dire, en paix.

Publicités