CET ENDROIT OU LE BLANC NOUS A LAISSE

par Jean-Pierre Bekolo

Pourquoi nous sommes si confortable à cet endroit où le blanc nous à laissé. Quand le blanc est venu chez nous et s’est mis à tracer les routes pour exportez nos matières premières, nous aujourd’hui avons garde le même tracé des routes comme si ce qui était bien pour le blanc l’était aussi pour nous. Pourquoi ne faisons nous pas les routes pour pouvoir aller à la rencontre de nos frères a l’intérieur du pays? Quand le blanc a vu que nous ne voulions pas de sa domination, il a décidé de créer un État de paille où il tirerait les ficelles, structurant ainsi une administration qui serait là non pas pour nous émanciper, mais plutôt pour nous réprimer et nous asservir, pourquoi gardons-nous encore aujourd’hui telle quelle cette administration? Quand le blanc a décidé de nous éduquer, c’était pour qu’on soit à son service. Il nous a enseigné tout ce dont il aurait lui besoin et selon son école, pourquoi n’avons nous jamais voulu nous-mêmes nous enseigner des choses dont nous savons qu’elles bonnes pour nous? Je pense à l’armée puisque c’est d’actualité, notre armée ne dispose d’aucune unité entraînée aux techniques guerrières traditionnelles quand on sait que beaucoup de nos peuples africains étaient des guerriers intrépides qui ont parfois vaincus le blanc. Je pense aussi à notre système de santé qui a abandonne nos tradipraticiens à eux-mêmes, sans formation, sans hôpitaux, sans subventions, alors qu’ils supportent pas moins de 80% de la charge médicale de notre pays. De la base au sommet de l’État, tout le monde consulte les guérisseurs! Pourquoi restons-nous donc là où le blanc nous a laissé? Est-ce parce que les cadres qu’il a forme et à qui il a donné un diplôme en tirent quelques maigres privilèges… perpétuant ainsi une suprématie blanche et à travers celle-ci une supériorité vis à vis de nos frères restés au village… quand bien même ce diplôme du blanc était taillé sur mesure pour nous! Pourquoi aimons nous donc cet endroit? Quand on sait que cet endroit est une insulte à notre intelligence. Le blanc a dit que nous étions des “crevettes” rio dos camaroes et nous sommes restés des fiers camerounais… Le blanc a aimé ce texte naïf en français « petit-nègre » et nous l’avons gardé comme hymne national après une petite révision certes sur le “peu a peu tu sors de ta sauvagerie” ; est-ce d’une petite révision dont on avait besoin quand on sait tous les grands musiciens que compte le Cameroun ?

J’imagine un soldat blanc ayant commis les pires atrocités au Cameroun, revenant après 60 ans (pour les français et les anglais) ou 100 ans (pour les allemands) sur les lieux du crimes, la peur dans le ventre, pensant trouver un peuple prêt à lui régler son compte…ne serait-ce qu’en lui demandant des comptes… Quelle ne serait pas sa surprise de découvrir, qu’il n’a aucune raison d’avoir peur. Non seulement personne ne sait plus qu’il a perpétré d’horribles crimes car cette histoire reste occultée par les camerounais eux-mêmes, qui parfois poursuivent le travail de ce blanc et parfois dans les mêmes lieux, en se servant des mêmes outils… Ce blanc ne comprendrait pas ces africains qui continuent a combattre comme eux autrefois, ceux qui veulent le bien de l’Afrique! Ce blanc pourrait ainsi déambuler en terrain connu sans risque de se perdre dans ce pays qu’il a connu et reconnaît encore, avec des statues célébrant encore ses héros et son histoire à lui.

Cet endroit où le blanc nous a laisse, c’est là ou nous sommes toujours aujourd’hui, c’est-à-dire nulle part. Je suis presque certain que le blanc lui même s’il en avait les moyens, nous chasserait de cet endroit car il ne comprendrait pas ce qu’on fait encore là; surtout quand il sait pourquoi il nous y a amené. N’oublions pas que beaucoup d’autres peuples on étés entraînés par les blancs à un endroit similaire, mais la plus part en sont partis. Si alors c’est vraiment parce qu’on aime tellement cet endroit et qu’on estime qu’il est le meilleur au monde, au lieu d’en être une photocopie délavée, essayons de nous l’approprier au point de se donner les moyens de dépasser le maître!

Avouons que cet endroit, nous l’aimons parce qu’il nous fait sortir de nous-mêmes, il nous a amené à designer nos frères et sœurs comme nos pires ennemis et à les combattre. En d’autres termes cet endroit est dans nos têtes. Il est partout et dans tout ce que nous faisons aujourd’hui, il est dans dans nos villes, nos quartiers, nos maisons, nos comportements et surtout nos choix… Il est vraiment temps de quitter cet endroit!