LES MAISONS INACHEVEES

Pourquoi y a-t-il autant de maisons inachevées dans nos villes ? Est-ce parce que les camerounais ne savent pas calculer, donc fonctionneraient de manière irrationnelle ? Ou alors c’est parce que leurs sources de revenus ne sont pas toujours prévisibles ; un peu comme avec la loterie ? Aujourd’hui vous avez le jackpot et demain plus rien. Construire une maison a un prix qu’on peut calculer et on est normalement en mesure de savoir si on a les moyens de terminer la maison qu’on commence. Le phénomène des maisons inachevées ne reflète-t-il pas un malaise de la société camerounaise ? Car il pose une question centrale, comment vivent les camerounais ? Ou encore mieux, comment font les camerounais pour vivre ? Beaucoup attribuent à la baisse des salaires décidée par le FMI dans les années 90 qui s’est suivie de la dévaluation du Franc CFA, le style de vie que les camerounais ont adopté jusqu’aujourd’hui. Car contrairement à d’autres pays africains, les salaires au Cameroun n’ont jamais été revus à la hausse. En signant officiellement avec le FMI et n’ayant pas le choix de la dévaluation décidée à Paris, l’Etat camerounais a lancé officieusement une économie parallèle que les camerounais ont tous embrassé en acceptant ce que l’Etat leur offrait officiellement tout en cherchant officieusement les moyens de leur survie. Cet arrangement qui est devenu un véritable système dont on doit faire aujourd’hui le bilan serait la cause du phénomène des maisons inachevées. Quel message nous renvoient tous ces camerounais qui vivent dans les maisons inachevées ? D’aucuns pensent que les camerounais vivent au dessus de leur moyens ; ont-ils seulement le choix quand on connaît la pression sociale pouvant être exercée sur quelqu’un qui n’a pas « construit ». Construire est un tel mythe qu’au Cameroun même les morts sont obligés de construire avant de se faire enterrer ! En effet ici, tout le monde veut tout qu’on aie une bonne situation ou qu’on soit au chômage, on veut se marier, on veut faire des enfants, on veut construire en ville et on veut construire au village, on veut une voiture, on veut payer les études de ses enfants, on veut enterrer dignement ses parents, on veut être bien habillé, bien coiffé, on veut son téléphone portable et le crédit qui va avec… bref le camerounais ne fait de concession sur rien, quelle que soit sa situation financière ! Alors comment le camerounais arrive-t-il à joindre tous ces bouts qui même pour un millionnaire seraient difficile joindre ? En construisant des maisons inachevées… partout au point où le pays lui-même serait devenu un grand chantier inachevé. Mais le problème de l’inachèvement généralisé est qu’une culture de inachevé s’installe et la duplicité règne ; une culture où malgré « le point d’achèvement » atteint par le Cameroun comme Pays Pauvre Très Endetté PPTE, les camerounais ont toujours du mal à voir le bout du tunnel. Si les stratégies de contournement on permis aux camerounais de ne pas renoncer à leurs rêves, elles ont aussi énormément abîmé le tissus économique faisant des camerounais des prisonniers du « congelé », de la « friperie »  et la « brocante » qui ne sont autre chose qu’une importation des déchets et de la misère occidentale. Heureusement pour notre économie que la maison même inachevée, n’est pas disponible à Mokolo !

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