LE CAMEROUNAIS SERAIT-IL UN TRAITE?

Si aujourd’hui le camerounais ne fait pas confiance au camerounais, c’est bien parce qu’il pense que son frère camerounais est un traître. Voila comment il se presse à dire du mal des autres dès qu’il se trouve en face d’un étranger. Si le camerounais ne dit plus ce qu’il pense et ne pense plus ce qu’il dit, c’est bien parce qu’il appris au fil de l’histoire de ce pays que la traîtrise est la chose la mieux partagée. L’individualisme qu’on semble découvrir aujourd’hui ne serait rien d’autre qu’un comportement issu de la culture de traîtrise. Comment le Camerounais en est il arrivé à être un singulariste – quelqu’un qui traite avec l’Etat de son pays comme il traiterait avec un avocat ; au lieu d’être un solidariste – quelqu’un qui pense que « l’Etat c’est nous » ? La faute à la culture de traîtrise. Une culture qui date de notre première rencontre avec le blanc ; rencontre qui nous aurait transformé en des traîtres… Oui en effet notre jeune histoire en tant que peuple n’est jonchée que de cas de trahisons et j’ai peur que cette maladie soit devenue aujourd’hui notre identité. Car ne juge-t-on pas la grandeur d’un peuple au sort qu’il réserve à ses traîtres ? N’est-ce pas le rôle de ces procès pour « haute trahison ? » Notre histoire est aussi une éloge de la traîtrise car en optant de récompenser nos traîtres elle nous dit aussi quel genre de peuple nous  avons  décidé d’être. Quand bien même on ne saurait blâmer les jeunes générations pour les trahisons passées, il n’en demeure pas moins que le silence de ceux qui savent est complice et participe à perpétuer cette culture de la trahison de génération en génération. Et ce ne sont pas les indices et signes de ces trahisons historiques qui manquent dans nos villes. Si nous connaissons tous le quartier Etoa Meki (Mare de sang) à Yaoundé, très peu savent du sang de qui dont il est question. Et c’est sur cette mare de sang de la trahison que sera construit notre capitale où les traîtres sont devenus les maîtres. Rudolf Manga Bell, Si Meko’o, Um Nyobe, Ernest Ouadjé, Osende Afana, John Ngu Foncha et de nombreux autres… ont bel et bien été trahis par des camerounais et ces traîtres ont été récompensés et continuent de l’être aujourd’hui. Chaque fois qu’un camerounais dit « c’est cela la politique », il intègre l’idée que trahir est tout à fait normal. Mais comme en général on ne trahi que son « frère », nous pouvons imaginer le champ de bataille fratricide qu’est la vie politique au Cameroun ; un espace où tous les coups sont permis et où il n’y a plus de place pour l’éthique. Dans tous les gouvernements actuels et précédents, on explique l’entrée dans le gouvernement des uns et des autres par les trahisons directes ou indirectes. Que ce soit sous forme de lettres envoyées en haut lieu ou de simples kongossa(commérages), le camerounais sait que trahir son « frère » au Cameroun paye et a toujours payé. Combien ? J’ai envie de demander. En d’autres termes que nous a rapporté la traîtrise ? La paix ? Une paix qui prépare en fait la guerre selon le principe du Si vis pacem, para bellum. Trahi, c’est bien parce qu’il attend une récompense « individuelle » qui ne profite bien évidemment pas aux autres. Voila en quoi traîtrise rime avec individualisme. La politique de la « Table à Manger » où on passe son temps à inviter et écarter les uns et les autres de la mangeoire est un corollaire implicite de la traîtrise car le traître trahi avant tout pour « manger seul ». Maintenant que la trahison est le comportement qui structure la gestion de la cité camerounaise depuis plus d’un siècle, la question qui se pose à tous est comment mettre fin à cette culture de la trahison qui aujourd’hui met en danger l’idée même d’être encore un pays si ce n’est en commençant par arrêter de la récompenser ?

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