Oui, en Afrique, on ne meurt pas comme ca…

L’esprit scientifique nous dit que «tout phénomène a une cause”. L’esprit dit “africain” dit lui aussi qu’un homme ne meurt pas comme ça, sans qu’il n’y ait derrière une cause. D’où vient-il que l’esprit africain qui, dans une certaine mesure dit la même chose que l’esprit scientifique soit taxé lui d’irrationnel? Quelle différence entre ces deux esprits qui recherchent tous les deux la vérité et surtout la maîtrise par l’homme des phénomènes qui le dépassent?

Aujourd’hui, les Camerounais sont dépassés par la mort de certains de leurs compatriotes et se doivent et selon l’esprit scientifique et selon l’esprit africain se demander qu’elle en est la cause. Mieux encore, s’assurer que dans quelques années personne ne mourra plus des mêmes causes ; ce à quoi sert la recherche scientifique. Comment se fait-il que les cartésiens camerounais que nous sommes réfutent cette démarche africaine qui cherche derrière chaque mort sa cause ; comme l’ont fait tous les grands scientifiques à qui nous devons les découvertes qui ont permis de vaincre de nombreuses maladies? Dès que les Camerounais interrogent la mort, on entend un lever de bouclier leur demandant de l’accepter comme une fatalité… comme ils acceptent déjà beaucoup d’autres choses ? Et bizarrement c’est ceux qui s’interrogent et qui veulent comprendre qui sont taxés d’irrationnels !

Que faisaient nos ancêtres à qui nous devons d’être là aujourd’hui ? Que font les scientifiques? Ils essayent de comprendre… comprendre afin que l’humanité n’assiste plus impuissante aux phénomènes qui nous terrassent tels que la maladie et la mort. Qu’est-ce qui s’est passe pour que notre culture africaine qui nous a porté pendant des siècles soit aujourd’hui stigmatisée au point de devenir à nos yeux la culture de l’obscurantisme quand elle n’est pas désignée comme le mal lui-même? Je prends pour exemple les Betis qui ne savent plus comment il se fait que pour dire que quelqu’un fait des mauvaises choses, on dit qu’il fait “des choses betis”. Comment se fait-il que nous acceptons cette inversion pensée et mise en place par l’église catholique de l’époque et intégrée aujourd’hui par tous, quand on sait que c’est cette aliénation qui est le véritable obscurantisme dont nous souffrons? 

Avec quel prisme allons-nous regarder notre société allant à la dérive sans savoir ni ce qui nous arrive, ni comment nous en prémunir ? Comment se fait-il que tous ces valeureux camerounais meurent dans nos hôpitaux publics alors que ceux qui dirigent notre pays se font soigner à l’étranger? L’esprit qui interroge est le même esprit qui a permis le progrès. Pourquoi personne n’interroge le ministre de la Santé ? Pourquoi personne n’interroge les directeurs des hôpitaux publics ? Quelle est notre politique de santé publique? Quelles sont les procédures de prise en charge, la qualité des soins, des équipes, les insuffisances, les moyens etc… Où sont ces cartésiens qui se précipitent de fustiger ceux qui s’interrogent au lieu de chercher à comprendre comment nos hôpitaux sont devenus des mouroirs sans que cela n’émeuvent plus personne?

Que s’est-il passé pour qu’une simple infirmière occidentale de brousse rassure les populations plus que nos grands professeurs de médecine? A moins de croire à une théorie du complot, où sont les explications et les résolutions que l’État prend pour protéger ses serviteurs et leurs familles? Pourquoi acceptons-nous que nos vies de pauvres camerounais ne valent rien aux yeux de nos dirigeants comparé aux vies françaises qui mobilisent personnellement le président de la République lors des prises d’otages où l’on voit les gros moyens de l’État se déployer à coups de milliards! Personne d’autre que nous-mêmes ne nous oblige à nous infliger un tel sort sinon cet esprit que nous disons africain mais qui ne l’est point, qui nous a appris à accepter d’être à nos propres yeux des sous-hommes.

LETTRE A FRANCOIS HOLLANDE DEPUIS NAGOUNDERE

Cher Monsieur Hollande,

Je viens de croiser une très longue colonne de l’armée française ici dans la ville de Ngaoundéré. J’ai d’abord pensé qu’elle se dirigeait vers la Centrafrique où vous êtes entrain de partir en guerre comme il y a quelque temps au Mali. Mais quelle ne fût pas ma surprise de découvrir que l’armée française s’était constituée une base militaire à l’aéroport de Ngaoundéré. Les véhicules et engins que j’ai vu sont inquiétants car le Cameroun ne vit aucune crise, du moins pas pour le moment.

 Puisque vous êtes devenu un chef de guerre, il est indispensable pour les camerounais de débattre de cette présence, d’abord entre eux et ensuite avec le peuple français lui-même. En ce début d’année 2014, les camerounais sont obligés d’anticiper avec vous François Hollande ce que les Ivoiriens n’ont pas vu venir avec Sarkozy. Quelque soit la bonne qualité du climat de Nagoundéré, l’armée française n’a rien à faire au Cameroun.

Si c’est en prévision d’une quelconque fin de règne dont nous savons commence à être préoccupante, nous pensons qu’il faudrait que se tiennent très loin des canons étrangers quels qu’ils soient car ils influencent de manière implicite le jeu politique du pays.

Monsieur Hollande, c’est pas vous les français qui pouvez installer votre armée au Cameroun quand on se souvient de l’histoire douloureuse entre nos deux pays qui n’a toujours pas été résolue. Le Cameroun d’aujourd’hui ne célèbre toujours pas ses héros, ils n’ont aucun monument et aucune rue ne porte toujours leurs noms, de peur de représailles de votre pays la France. La France a beaucoup tué au Cameroun et les camerounais ne l’ont pas oublié. Nous avions aussi notre Général de Gaulle, notre Pierre Mendès France , ils s’appelaient Um Nyobe, Félix Moumié, Ernest Ouandjé, Osende Afana… et c’est la France qui les éliminé. La France a éliminé nos résistants pour faire de notre pays un pays de collabos. Que serait devenu la France si le Général de Gaulle avait été assassiné ? Ce sont les conséquences dramatiques de la violence française que subit aujourd’hui un pays comme le Cameroun. Vous qui avez connu l’occupation Nazi, que ressentirez vous si l’armée Allemande, comme vous le faite aujourd’hui revenait en France avec des armes plus puissantes que les vôtres et surtout sans débat, sans explication au peuple Français ? Vous qui voulez vous démarquer de la Françafrique, je vous rappelle qu’aucun gouvernement de la Francafrique n’a plus jamais osé envoyer des troupes française au Cameroun depuis les années sanglantes.

Monsieur Hollande, maintenant que vos canons sont sur notre sol, vous êtes désormais personnellement responsable de tous les crimes que vont perpétrer vos soldats sur le sol camerounais car le Cameroun ne dispose aujourd’hui d’aucun ennemi qu’on connaisse. Et le Tribunal Pénal International devra s’il ne le fait pas encore juger la seule présence d’une armée comme la vôtre qui est de fait un facteur de désordre car vos canons risquent fort bien de ne servir comme par le passé à ne tuer que des camerounais.

Je demande donc à l’Union Européenne, aux Etats-Unis- et à l’ONU de prendre acte de cette présence sur le sol camerounais, et surtout de n’accorder aucun mandat à la France quand bien même il y aurait une crise. Car si crise il y a au Cameroun demain, la France aura de manière implicite sa main invisible.

A tous les leaders camerounais qui restent silencieux face à cette occupation dans l’espoir qu’elle tournerait à leur avantage, je dis que le peuple camerounais se souviendra le jour venu de leur silence.

Monsieur Hollande, les camerounais sont en paix depuis des décennies sans aide internationale, et nous souhaitons que vos troupes si elles sont vraiment là pour la Centrafrique, qu’elles poursuivent leur chemin et que l’année 2014 qui commence soit une année sans troupes française au Cameroun.

Nous souhaitons aux peuples français et camerounais une année 2014 de paix, donc une bonne année !

 

La République ou Dieudonné, qui va tuer l’autre?

Parce que l’affaire Dieudonné nous parle plus des médias en France que de la réalité française, elle finit par se résumer en une affaire de langage. On parle de quelqu’un dont tout le monde dit qu’il faudrait le faire taire, au point de voir qu’en France, la parole est donnée et retirée par un establishment qui peut recourir au conseil d’Etat et que celui-ci est en mesure en quelques heures seulement de décider de retirer la parole. Ce qui veut dire de manière implicite que ceux qui parlent sont ceux qu’on laisse parler. Quel message pour tous ces écrivains, chanteurs, artistes, cinéastes etc. français et étrangers qui croyaient vivre dans un pays de la liberté d’expression ? Le plus décevant pour un artiste est d’apprendre que ce sont les politiques qui distribuent cette parole. Ils nous disent même que Dieudonné ne les fait plus rire, eux qui ? En quoi le rire des politiques serait la norme de la liberté d’expression ? Les maîtres de la parole que sont les politiques semblent plus à la recherche d’un langage pour expliquer en quoi ce que dit Dieudonné est inacceptable car il faut rester « politiquement correct ». Je n’ai jamais assisté à un spectacle avec autant de non-dits. Dans les médias, on dit tout sauf ce qu’on dit vraiment.

Voilà l’histoire d’un noir d’origine camerounaise de mère bretonne (région ou se trouve Nantes ville qui a autorisé le spectacle de Dieudonné, bloqué par le Conseil d’Etat siègeant à Paris) Mr Mbala Mbala qui affronte « Manuel » un ministre d’origine espagnole devenu français en 1982 qui doit démontrer en tant que fils d’immigré à l’establishment français d’aujourd’hui majoritairement juive paradoxalement  ; communauté qui serait sans communautarisme… et qui aurait réussi à remonter des tréfonds de la Shoa vers les cimes de la jet française, faisant aujourd ‘hui rêver de nombreux immigrants comme Manuel ; et c’est aussi à cette communauté qu’appartiendrait Elie Semoun l’ancien binôme de Dieudonné. L’ambitieux Manuel Valls doit démontrer à l’establishment qu’il est en mesure de remplacer François Hollande. La victoire du Ministre de l’Intérieur sur les autres prétendants à la séduction de l’establishment ouvre ainsi le bal des mots et expressions qui vont le mieux présenter l’affaire Dieudonné et être le chouchou de l’establisment.  Qui aurait pensé que faire carrière en politique dans la République Française se résumerait un jour à faire allégeance à des Hutus contre des Tutsi?  Quand l’argent s’en mêle, le langage prend une autre tournure. Ainsi les immigrés travaillant en France découvrent qu’envoyer l’argent à sa famille au pays est considéré par Tracfin comme du « blanchiment ».

Selon qu’on est de droite, de gauche, d’extrême droite ou d’extrême gauche il faut trouver le langage qui permet à la fois de critiquer le régime en place car on veut le battre aux prochaines élections et de parler à l’establishment. Que font les maîtres de la parole en France, ils s’accrochent à tout ce qui concerne l’establishment et se mettent à hurler avec les loups… pour ne rien dire… Mais très souvent comme sur les affaires de ce genre qui les passionnent (siffets à l’hymne, foulard…) se cachent une incapacité à proposer aujourd’hui un idéal de vivre ensemble français. Ainsi ils deviennent ceux qui creusent les fossés et montent les murs. Certains anticipent sur la masse des mécontents arabes et noirs de plus en plus nombreux et sympathisants de Dieudonné qui feraient un bon électorat car l’establishment reste toujours une minorité. D’autres entrent dans la brèche qu’ouvre la liberté d’expression pour réaffirmer l’importance des valeurs de la République que s’arrachent aujourd’hui les deux camps. La question qui se pose aujourd’hui est la suivante, si la République n’est pas en mesure de faire taire Dieudonné de par ses propres, soit c’est l’affaire Dieudonné qui va tuer la République, soit c’est la République qui va tuer Dieudonné.

LE CAMEROUNAIS SERAIT-IL UN TRAITE?

Si aujourd’hui le camerounais ne fait pas confiance au camerounais, c’est bien parce qu’il pense que son frère camerounais est un traître. Voila comment il se presse à dire du mal des autres dès qu’il se trouve en face d’un étranger. Si le camerounais ne dit plus ce qu’il pense et ne pense plus ce qu’il dit, c’est bien parce qu’il appris au fil de l’histoire de ce pays que la traîtrise est la chose la mieux partagée. L’individualisme qu’on semble découvrir aujourd’hui ne serait rien d’autre qu’un comportement issu de la culture de traîtrise. Comment le Camerounais en est il arrivé à être un singulariste – quelqu’un qui traite avec l’Etat de son pays comme il traiterait avec un avocat ; au lieu d’être un solidariste – quelqu’un qui pense que « l’Etat c’est nous » ? La faute à la culture de traîtrise. Une culture qui date de notre première rencontre avec le blanc ; rencontre qui nous aurait transformé en des traîtres… Oui en effet notre jeune histoire en tant que peuple n’est jonchée que de cas de trahisons et j’ai peur que cette maladie soit devenue aujourd’hui notre identité. Car ne juge-t-on pas la grandeur d’un peuple au sort qu’il réserve à ses traîtres ? N’est-ce pas le rôle de ces procès pour « haute trahison ? » Notre histoire est aussi une éloge de la traîtrise car en optant de récompenser nos traîtres elle nous dit aussi quel genre de peuple nous  avons  décidé d’être. Quand bien même on ne saurait blâmer les jeunes générations pour les trahisons passées, il n’en demeure pas moins que le silence de ceux qui savent est complice et participe à perpétuer cette culture de la trahison de génération en génération. Et ce ne sont pas les indices et signes de ces trahisons historiques qui manquent dans nos villes. Si nous connaissons tous le quartier Etoa Meki (Mare de sang) à Yaoundé, très peu savent du sang de qui dont il est question. Et c’est sur cette mare de sang de la trahison que sera construit notre capitale où les traîtres sont devenus les maîtres. Rudolf Manga Bell, Si Meko’o, Um Nyobe, Ernest Ouadjé, Osende Afana, John Ngu Foncha et de nombreux autres… ont bel et bien été trahis par des camerounais et ces traîtres ont été récompensés et continuent de l’être aujourd’hui. Chaque fois qu’un camerounais dit « c’est cela la politique », il intègre l’idée que trahir est tout à fait normal. Mais comme en général on ne trahi que son « frère », nous pouvons imaginer le champ de bataille fratricide qu’est la vie politique au Cameroun ; un espace où tous les coups sont permis et où il n’y a plus de place pour l’éthique. Dans tous les gouvernements actuels et précédents, on explique l’entrée dans le gouvernement des uns et des autres par les trahisons directes ou indirectes. Que ce soit sous forme de lettres envoyées en haut lieu ou de simples kongossa(commérages), le camerounais sait que trahir son « frère » au Cameroun paye et a toujours payé. Combien ? J’ai envie de demander. En d’autres termes que nous a rapporté la traîtrise ? La paix ? Une paix qui prépare en fait la guerre selon le principe du Si vis pacem, para bellum. Trahi, c’est bien parce qu’il attend une récompense « individuelle » qui ne profite bien évidemment pas aux autres. Voila en quoi traîtrise rime avec individualisme. La politique de la « Table à Manger » où on passe son temps à inviter et écarter les uns et les autres de la mangeoire est un corollaire implicite de la traîtrise car le traître trahi avant tout pour « manger seul ». Maintenant que la trahison est le comportement qui structure la gestion de la cité camerounaise depuis plus d’un siècle, la question qui se pose à tous est comment mettre fin à cette culture de la trahison qui aujourd’hui met en danger l’idée même d’être encore un pays si ce n’est en commençant par arrêter de la récompenser ?

LES MAISONS INACHEVEES

Pourquoi y a-t-il autant de maisons inachevées dans nos villes ? Est-ce parce que les camerounais ne savent pas calculer, donc fonctionneraient de manière irrationnelle ? Ou alors c’est parce que leurs sources de revenus ne sont pas toujours prévisibles ; un peu comme avec la loterie ? Aujourd’hui vous avez le jackpot et demain plus rien. Construire une maison a un prix qu’on peut calculer et on est normalement en mesure de savoir si on a les moyens de terminer la maison qu’on commence. Le phénomène des maisons inachevées ne reflète-t-il pas un malaise de la société camerounaise ? Car il pose une question centrale, comment vivent les camerounais ? Ou encore mieux, comment font les camerounais pour vivre ? Beaucoup attribuent à la baisse des salaires décidée par le FMI dans les années 90 qui s’est suivie de la dévaluation du Franc CFA, le style de vie que les camerounais ont adopté jusqu’aujourd’hui. Car contrairement à d’autres pays africains, les salaires au Cameroun n’ont jamais été revus à la hausse. En signant officiellement avec le FMI et n’ayant pas le choix de la dévaluation décidée à Paris, l’Etat camerounais a lancé officieusement une économie parallèle que les camerounais ont tous embrassé en acceptant ce que l’Etat leur offrait officiellement tout en cherchant officieusement les moyens de leur survie. Cet arrangement qui est devenu un véritable système dont on doit faire aujourd’hui le bilan serait la cause du phénomène des maisons inachevées. Quel message nous renvoient tous ces camerounais qui vivent dans les maisons inachevées ? D’aucuns pensent que les camerounais vivent au dessus de leur moyens ; ont-ils seulement le choix quand on connaît la pression sociale pouvant être exercée sur quelqu’un qui n’a pas « construit ». Construire est un tel mythe qu’au Cameroun même les morts sont obligés de construire avant de se faire enterrer ! En effet ici, tout le monde veut tout qu’on aie une bonne situation ou qu’on soit au chômage, on veut se marier, on veut faire des enfants, on veut construire en ville et on veut construire au village, on veut une voiture, on veut payer les études de ses enfants, on veut enterrer dignement ses parents, on veut être bien habillé, bien coiffé, on veut son téléphone portable et le crédit qui va avec… bref le camerounais ne fait de concession sur rien, quelle que soit sa situation financière ! Alors comment le camerounais arrive-t-il à joindre tous ces bouts qui même pour un millionnaire seraient difficile joindre ? En construisant des maisons inachevées… partout au point où le pays lui-même serait devenu un grand chantier inachevé. Mais le problème de l’inachèvement généralisé est qu’une culture de inachevé s’installe et la duplicité règne ; une culture où malgré « le point d’achèvement » atteint par le Cameroun comme Pays Pauvre Très Endetté PPTE, les camerounais ont toujours du mal à voir le bout du tunnel. Si les stratégies de contournement on permis aux camerounais de ne pas renoncer à leurs rêves, elles ont aussi énormément abîmé le tissus économique faisant des camerounais des prisonniers du « congelé », de la « friperie »  et la « brocante » qui ne sont autre chose qu’une importation des déchets et de la misère occidentale. Heureusement pour notre économie que la maison même inachevée, n’est pas disponible à Mokolo !

IL EST TEMPS

Ne pensez-vous pas comme moi que le temps est venu ?

Le temps d’avoir une conversation. Ca fait tellement longtemps qu’on a pas eu de conversation dans ce pays. Vous rappelez-vous la dernière fois que c’était ? Savons-nous seulement encore ce que c’est une conversation ? Au lieu d’une conversation, j’entends plutôt des gens qui se parlent à eux-mêmes sans seulement se soucier si, à part ceux qui sont payés pour le faire, quelqu’un les écoute même encore ; si ceux qui les écoutent ont quelque chose à dire après qu’ils aient débités leurs discours.

Il est vraiment temps d’avoir une conversation dans ce pays ne serait-ce que pour le tuer le temps. D’échanger des propos comme on échange toutes les choses qu’on aime partager avec les amis, de peur que le temps qui s’alourdit de plus en plus ne nous pèse et ne finisse un jour par s’arrêter. Il est temps d’avoir une conversation en plein jour, des conversations que tout le monde peut entendre et y participer sans peur d’être entendu comme dans ces conversations qu’on a dans l’obscurité ; ces conversations où on complote, on rapporte, on dénonce et on trahi ; celles qui sont intéressées où on vient quémander, tromper ou escroquer. Je parle des conversations où nous disons à l’autre qu’il est un Homme comme moi et que nous sommes tous de la même famille, des conversations où on parle d’égal à égal sans condescendance aucune d’une part ni subordination d’autre part.

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai hâte d’avoir une conversation avec mes frères sans que personne d’autre de s’en mêle ; une vraie conversation qui ne regarde que nous camerounais. Si vous ne saviez pas que vous avez une dette, sachez que chaque camerounais doit à l’autre une conversation. Pas demain, pas après-demain mais aujourd’hui, pendant que tout est encore si calme, pendant qu’il fait encore si beau et pendant que nos cœurs sont encore posés.

Nous devons vraiment avoir cette conversation pour faire honte à tous ceux qui attendent qu’on se donne en spectacle au reste du monde comme savent si bien le faire nos frères africains. Nous devons avoir cette conversation pour proposer une autre image de nous-même à nos enfants qui ne méritent pas ca. Nous devons avoir cette conversation pour ne pas attendre l’humiliation et l’infantilisation de la communauté internationale qui finit par être la seule capable de nous faire asseoir entre frères pour échanger.

Nous devons avoir cette conversation, comme une conversation qu’on a le soir avant de se coucher pour parler du lendemain, de ce qu’on va faire quand le soleil sera levé, car le jour se lèvera demain avec ou sans nous. Car si nous n’avons pas cette conversation, il va arriver demain, un moment où, quand bien même nous le voudrions, nous ne pourrons plus nous parler. Car les esprits qui nous empêcheront d’avoir une conversation sont là et rodent en attendant de trouver un pays entier à envoûter. Il est temps parce que le temps est proche, le temps où on va se regarder, le temps où chacun va demander à l’autre « on fait comment ? »

Et à ce moment là, nous n’auront plus personne en face car on ne reconnaîtra plus ceux avec qui hier encore on aurait pu avoir une conversation, et on ne ressemblera plus à ce que nous sommes encore aujourd’hui car la haine nous aura tous métamorphosé. Bien sûr que là il sera trop tard, on regrettera alors de n’avoir pas eu, en plein jour, cette conversation que je vous prie, que je nous prie de commencer maintenant entre le nord, le sud, l’est, l’ouest, l’extrême-nord, l’adamaoua, le littoral, le sud-ouest, le nord-ouest, le centre ; entre les musulmans, les chrétiens ; entre les anglophones, les francophones, dans les stades, les églises, les quartiers, les bars, les écoles, les taxis… il est vraiment temps d’avoir cette conversation, une conversation sur l’APRES.