Qu’est-ce que le cinéma?

De quoi parle ton film? Me demandent les journalistes. Mon film ne parle pas, il ne raconte même pas, vraiment. Le cinéma fait bien plus que ca. N’est-ce pas sa nature de faire plus que la littérature, la musique, les arts plastiques et les arts dramatiques? Voilà pourquoi il est le 7ème art. “Insulte-il“ le président comme le prétend la Ministre de la Culture qui ne l’a toujours pas vu? Comment insulter avec un film? Personne n’a jamais dit que Michael Moore dont les attaques contre Bush étaient claires l’“insultait“ pour autant. Voila un exercice intéressant pour les étudiants en cinéma. Qu’est-ce donc que le cinéma?Ton film est bien une fiction, pourquoi une fiction peut gêner autant? Demandent certains. Et si c’etait alors un documentaire? Aurais-je droit à un procès? En quoi un documentaire serait moins du cinéma que la fiction? Ton film ne cache pas c’est du Cameroun qu’il s’agit dit l’ambassadeur de France. Et alors? Et quand dans un film américain on dit New-York 2084, on ne cache pas que c’est de l’Amérique dont il s’agit et ca ne demeure pas moins une fiction! Qu’est-ce que le cinéma? Si dans un pays qui n’a plus de salles de cinéma, le ministère de la culture exige un passage des films à la commission de censure alors que la télévision et la presse en sont exemptée depuis 1990 grâce a la loi des libertés et de la communication sociale. Le cinéma ne serait donc pas de la communication sociale! S’il ne l’est pas qu’est-ce qu’il est alors? Les plus inspirés me demandent « alors, ton précédent film LES SAIGNANTES qui a lui aussi connu des menaces de censure parlait des crimes rituels; aujourd’hui la réalité a dépassé la fiction. Si ton nouveau film parle delà fin du président, que devons-nous entrevoir? Tu ne fais pas du cinéma, tu fais de la sorcellerie!  Ton film fait peur aux africains que nous sommes parce que justement c’est de la fiction. La fiction, c’est le symbolisme, c’est la magie!  Dit un ami réalisateur. Qu’est-ce que le cinéma? Quand l’ambassadeur de France estime que montrer un film à l’Institut Francais du Cameroun serait de l’ingérence de la France dans les affaires internes du Cameroun qui se prépare aux élections sénatoriales, municipales et législatives? Un film serait donc une « affaire interne »! Qu’est-ce que le cinéma quand le Directeur de la cinématographie du Ministère lui aussi sommé de répondre à une demande d’explication de sa hiérarchie passe un interrogatoire à des jeunes cinéastes ayant visionnés le film au Fespaco demande: Est-il vrai que dans le film, le président va voir sa défunte épouse?  – On ne sait pas vraiment si elle est réelle ou pas. répondent-ils– Si elle est morte, c’est grave! Ca voudrait dire que le réalisateur souhaite la mort du président! Conclue-t-il. Qu’est-ce que le cinéma si le plus grand critique camerounais actuel est cet un officier de police des renseignements qui accompagne systématiquement les artistes camerounais en déplacement à l’étranger pour les espionner. Ayant visionné le film au Fespaco, il a dû faire une analyse filmique digne d’André Bazin pour expliquer au Délegué  Général à la Sûreté Nationale comment un film, mon film LE PRESIDENT est une manoeuvre de déstabilisation du pouvoir de Yaoundé. Il devrait alors être très instable! Si aujourd’hui personne ne m’a approché officiellement, il n’en demeure pas moins que le Cabinet Civil en charge de l’image du président reprocherait à la Ministre de la Culture qui elle même ne sait plus, d’avoir financé à hauteur de 3000 euros, mon film LE PRESIDENT. Et si le public s’interroge quel est ce cinéma qui coûte 3000 euros, ce n’est que très normal. Notre cinéma ne mériterait même pas 3000 euros! Qu’est-ce que le cinéma? Si les acteurs du film se retrouvent sous pression qui de son employeur  qui de son époux pour avoir joué dans un film qui pourrait leur coûter leur carrière; demandent au juge des référés que le film ne soit pas exploité au nom du droit à l’image! Comment un comédien venu sur le plateau, qui a enfilé son costume, a étudié son texte, s’est maquillé, a répété sous la direction d’un réalisateur, a fait plusieurs prises peut estimer que son image lui a été volé? Qu’est-ce que le cinéma? Pour que soit kidnappé un jeune cinéaste qui a déjà tourné et diffusé son film? Qui sont ces ravisseurs qui ressentent le besoin de faire disparaître le cinéaste?

Au moment où LE PRESIDENT s’apprête a commencer une tournée de festivals internationaux, personne ne pourra dire que les camerounais  ont réussi à définir le cinéma. Mais au moins ils se sont tous posés cette question chère à André Bazin. Je me demande quelle autre définition du cinéma jaillirait chez les camerounais lorsque ce film obtiendrait des prix et récompenses pour des talents qui l’auraient renié? Nous attendons toujours ce critique national capable d’analyser un film pour toutes ces entités qui aimeraient tant definir cette arlésienne qu’est devenu le film LE PRESIDENT qu’aucun ministre de la République n’ose aller regarder de peur qu’on aille dire au président qu’il a vu un film qui imagine sa fin!

Les Camerounais doivent s’habituer à quelque chose de différent


Jean-Pierre Bekolo, cinéaste et réalisateur du film LE PRÉSIDENT parle des raisons de la création d’une telle oeuvre.

Propos recueillis par Haman Mana LE JOUR n°1396 15 mars 2013

Les Camerounais doivent s’habituer à quelque chose de différent

Sur quoi comptez-vous en faisant un film pareil?

Je ne pars pas d’une démarche rationnelle. Pour qu’un film naisse, il y a beaucoup d’iddées qui viennent, qui partent et à la fin une seule reste. Rien d’autre ne m’a guidé. En tant qu’intellectuel et artiste, je suis en quête de la vérité. La peur n’a pas a place à ce niveau. C’est quelque chose de spirituel et c’est même l’essence de la religion. Je suis souvent choqué de voir que beaucoup de camerounais ont renoncé à la vérité, alors qu’ils continuent à se rendre le dimanche à l’eglise et le vendredi à la mosquée. Je suis monteur de formation. Et lorsque je travaille, il y a un rythme. Un rythme que tu sens, dont tu peux dire s’il est vrai ou faux. Pour en revenir aux sujets de films, ils vous choisissent plutôt que vous ne les choisissez.

Sur la fin du régime Biya, vous partez donc sur un souci artistique, politique ou philosophique?

Mon souci était cinématographique. Le septième art est comme la radiologie en médecine. On fait le scanner d’un corps pour voir dans quel état il se trouve. Le cinéma pour ainsi dire, scanne la société. Et lorsqu’on l’a fait, la fonction du cinéma s’arrête. Un médecin, après avoir vu les résultats, sait de quoi le patient souffre et peut prescrire un traitement. C’est un soulagement, y compris pour le malade lui même. C’est la fonction thérapeutique du cinéma. Il permet de donner un sens á tout ce non-sens. Dans le cas du sujet que j’ai traité, on voit la maladie dont souffrent les camerounais, elle est facile à identifier. Un être humain qui ne peut pas se projeter dans l’avenir est un malade. Le fait que les Camerounais s’accordent à penser qu’on ne peut pas penser à l’après Biya fait d’eux des malades. Nous devenons des monstres! Pour des raisons de santé mentale, il faut ouvrir ces soupapes. Le cinéma a cette fonction de transfert qui permet de gérer tout cela.

Soyons plus concrets…

On a ici au pays deux expressions typiques qui traduisent notre obsession pour le présent. “Finis avec moi! “  Et “là là là!“ Toutes les attitudes sociales sont dictées par ces injonctions de l’urgence. Le petit fonctionnaire, pour rendre un service, souhaite qu’on lui trouve rapidement son billet de banque. Idem pour le haut responsable de l’Etat, qui, très rapidement veut “finir“ avec le budget en sa possession. Le technicien veut son argent “là là là!“ On est devenu des gens de l’instant présent. Évidemment, avec tous les dégâts que cela entraîne. Peut-on bâtir du solide avec cette dictature de l’immédiat? Le cinéma est ne étude des comportements. On a face à nos caméras des êtres à trois dimensions: valeurs, comportements et environnements. Ces trois doivent être en phase. Je peux ainsi voir toutes les incohérences que l’on rencontre chez les camerounais.

N’est-ce pas l’histoire de Mobutu Roi du Zaire que vous essayez de raconter?

Non. Le film de Thierry Michel vient après, quand tout est fini. C’est ce que j’ai voulu éviter. Pourquoi le cinéma vient toujours quand tout est terminé? Il doit pouvoir accompagner, comme la presse, qui accompagne, dans d’autres contextes, les processus de changement. Le cinéma doit être visionnaire. Sinon, on vient nous raconter ce que tout le monde sait déjà. Je suis adepte de l“’afrofuturisme“. J’aime l’avenir, la projection dans le futur. Car l’avenir sera là, avec ou sans nous.

Vous terminez sur une note plutôt optimiste, avec une femme qui devient président de la République, et qui tient un discours apaisant et fraternel. Pourquoi?

Je me suis dit qu’il faudrait que les camerounais s’habituent à quelque chose de différent. Il ne faudra pas que tout le monde perde le nord lorsque Paul Biya ne sera plus là un jour. L’ambiance qui règne actuellement au Cameroun où chacun est dans un retranchement en attendant que ça pète m’inquiète. Personne ne tend la main à l’autre. Il faut qu’on s’habitue à la différence. Jeune, pourquoi pas? Femme, pourquoi pas? Nous poursuivons toujours une option de la politique insufflée du colonisateur. Il faut commencer à présenter les choses qu’il faut changer. Personnellement, je souhaite que ça se passe bien.

Comment faire pour voir ce film?

Normalement, le travail du cinéaste est fini lorsque le film est sorti. Le film ne m’appartient plus Mon souhait est que tous s’approprient ce film. Ce n’est pas un produit économique même si aujourd’hui tout le monde veut le voir. Je suis parti du principe qu’il existe une certaine liberté d’expression au Cameroun: je suis assez surpris que les gens parlent de ce film au ministère de la culture, à la présidence de la République etc. Mais personne n’a demandé à le voir. On ne peut pas se contenter de “commenter les commentaires“, comme dirait quelqu’un.

La Réentrée: l’Afrique doit guerir de sa rencontre avec le blanc*

Avec la révolution constatée aujourd’hui dans les neurosciences où l’on commence à
comprendre comment fonctionne l’esprit, quel crédit encore accorder aux travaux de
Frantz Fanon qui s’inspire de Freud développe dans les années 50, un discours clinique
sur une supposée malade mentale du noir. Le Peau Noire Masques Blancs de Fanon
qui « entend démontrer que la nature complexuelle du nègre s’éclaire, d’un point de vue
psychopathologique. » prend-il en compte les théories de Lakoff qui suggèrent que chaque
être humain construit des modèles cognitifs qui sont le reflet de concepts ayant trait aux
interactions entre le corps, le cerveau et l’environnement. Les modèles cognitifs sont crées
par les êtres humains (ils sont donc idéalisés) mais ils dépendent d’expériences sensorielles
ainsi que de l’expérience kinésique. Comment aujourd’hui s’en tenir à une interprétation
psychanalytique du problème du noir pour révéler les anomalies responsables de « l’édifice
complexuelle » quand on sait le rôle des modèles cognitifs qui font appel à l’incarnation
conceptuelle et que celle-ci s’effectue grâce à des activités corporelles « antérieures au
langage » ? Lakoff a abordé le thème de la grammaire et de la sémantique d’une manière
qui semble mieux correspondre aux données de la biologie et de la psychologie. En partant
de données sur la catégorisation, il en déduit que la signification résulte des mécanismes
intrinsèques du corps et du cerveau.

La réentrée

En relisant aujourd’hui le texte de Fanon dans les Damnés de la Terre ; il y a lieu de
conclure que les africains ont rejeté son appel quand il dit : « Allons, camarades, le jeu
européen est définitivement terminé, il faut trouver autre chose. Nous pouvons tout faire
aujourd’hui à condition de ne pas singer l’Europe (…), à condition de ne pas être obsédés par
le désir de rattraper l’Europe. » L’Afrique a choisi de singer l’Europe ; quand bien même elle
passe par la Chine, son obsession est à défaut de la rattraper, de suivre l’Europe.

Ce qui est intéressant, chez Fanon, c’est qu’il estime que l’attitude du noir est de l’ordre de
la maladie mentale: traumatisme, schizophrénie… le travail de Fanon qui s’inspire de Freud
dit une seule chose. Le noir serait malade de sa rencontre avec le blanc*. Ce qui n’est pas
très différent de ce que dit Valentin Mudimbe dans l’Odeur du père quand il se demande si
l’Afrique peut et doit se débarrasser de l’occident. Ce dernier pose la seule véritable question
qui définit un projet aux Africain ; car c’est autour de sa rencontre avec le blanc que se
dessine aujourd’hui le projet de l’Afrique moderne quoiqu’on dise.

Si l’on considère donc que l’africain soit malade et que les problèmes de l’Afrique
d’aujourd’hui soient liés à ce traumatisme de sa rencontre avec le blanc, il y a lieu de
traduire comment le cerveau africain « malade » serait guérit selon un système sélectif
de reconnaissance appelé la réentrée. En d’autres termes est-ce que la réentrée qui n’est
autre chose que le retour du blanc en Afrique ne serait-il pas la thérapie de cette maladie
mentale dont souffrent d’après Fanon les africains… et les blancs ? Peut-on se servir de ce

modèle utilisé en évolution et en immunologie pour guérir de ce « père » dont l’ « odeur »
est installée pour de bon en Afrique ?

Le blanc

Notre utilisation du terme « blanc » ici obéit au cadre que nous nous sommes fixés ; celui
de Fanon qui est de l’ordre du mental et donc de l’Histoire, du colonialisme, de l’esclavage,
de l’aliénation, du traumatisme. Le blanc dans notre cadre est donc avant tout une
représentation mentale car c’est de cette manière qu’opère l’esprit. Ces représentations sont
censées s’exprimer dans un langage de la pensée ou « mentalais ». Donc quand nous disons
ici le blanc, nous parlons en « mentalais ». Une langue que les africains comprennent bien.
La notion de « blanc » ici est comme ces représentations ; abstraite et symbolique. Elle suit
des règles qui constituent une syntaxe. Ce blanc dont nous parlons est sémantiquement lié
au monde de l’africain, et il est essentiel à la formation du « modèle interne » à son monde
actuel issu de cette rencontre. Le blanc est une forme de représentation interne de l’africain ;
représentation qui correspond aux structures externes du monde africain aujourd’hui. Le
blanc fait donc partie de l’ensemble du système de représentations de l’africain qui forme
son langage de la pensée une lingua mantis ou mentalais. Le mentalais est langage abstrait,
symbolique, toujours en mutation et lié au monde réel fait de marques visibles posées par
Dieu à la surface de la terre, il est un langage lié au monde à la fois réel et fictif qui en
constitue la représentation imaginaire.

La reconnaissance

Voici une définition de la « reconnaissance » qu’on pourrait assimiler à la rencontre avec
le blanc. La reconnaissance est la mise en correspondance adaptative et continuelle des
éléments d’un domaine physique donné aux nouveautés survenant dans les éléments d’un
autre domaine physique plus ou moins indépendant du premier, avec un ajustement qui a
lieu en l’absence de toute instruction préalable.

Nous pouvons dire que l’ambition du projet colonial qui était de faire des africains des
occidentaux a fonctionné. E qu’à la question que pose Mudimbe si l’Afrique peut se
débarrasser de l’occident, la réponse est sans appel. Non. Et les deux signes qui démontrent
l’irréversibilité de cette démarche sont la religion d’une part et la langue d’autre part .
L’africain qui a opté de prier les dieux du blanc et de parler sa langue peut-il encore se
prévaloir d’une identité si différente ? Et la question de savoir toujours dixit Mudimbe s’il
doit se débarrasser de l’occident, il devient clair qu’en se débarrassant de cette « odeur »,
ne se débarrasse-t-il pas d’une partie de lui-même ? Si le rejet du blanc qu’appel Fanon
est compréhensible, le ressentiment qui perdure serait lui aussi de l’ordre de la maladie
et produirait un déséquilibre qui empêcherait l’Afrique aujourd’hui de se projeter vers
l’avenir. L’Afrique est malade et doit guérir de sa rencontre avec le blanc. Et le paradoxe
de cette maladie voudrait que en son absence, le blanc est hyper-présent. Il se retrouve
à des endroits où il parfois il ne devrait pas se retrouver. Il n’y a qu’à regarder comment
l’africain se projette lorsqu’il se sert des supports qui s’offrent à lui ; lorsqu’il essaye de voir
loin. Le monde du blanc est le lieu de l’utopie ; il est cet endroit dans lequel l’africain a
géographiquement situer cette société exemplaire. Il représente assez bien la forme mentale
d’un colonialisme imaginaire. On y a transféré le paradis, le lieu de nos rêves. Pour cet
environnement africain mis en correspondance adaptative et continuelle avec des éléments

du monde des blancs et qui en devient plus moins dépendant, on pourrait donc parler de
reconnaissance.

Selon la théorie de la sélection, l’environnement crée des modèles cognitifs chez les
individus qui reviennent agir sur l’environnement, leur cerveau crée ainsi un antidote à cet
environnement qui l’a généré. Il s’agit d’en déduire un modèle antidote pour compenser
voire remplacer celui en place. C’est la dynamique de la maladie et du médicament. C’est
ce modèle de la reconnaissance sélectif ou la théorie de la reconnaissance sélective de
l’environnement qu’il s’agit d’appliquer à la rencontre de l’africain avec le blanc. En d’autres
termes, si on veut aller dans la direction de Fanon, le blanc et l’africain seraient-ils dans une
dynamique de la maladie et du médicament ? Et qui serait le médicament l’autre ?

Le système immunitaire fonctionne comme un système sélectif de reconnaissance. Votre
système immunitaire sait distinguer les molécules étrangères (non-soi) des molécules
de votre corps (soi) en vertu du fait qu’elles ont des formes différentes. Il y parvient en
fabriquant des protéines appelées anticorps. Chaque cellule immunitaire fabrique un
anticorps dont la région variable est différente de celle des autres : chaque région variable
possède un site de liaison dont la forme est différente. Lorsqu’une molécule étrangère ou
antigène pénètre dans l’organisme, elle ne se lie qu’aux anticorps (présents à la surface
des cellules immunitaires) dont il se trouve que la forme s’ajuste à celle de certaines de
ses parties cellules xyz par exemple). Cet ensemble de cellules se divise alors et forme
des « clones » – des populations de cellules semblables, portant chacune des anticorps
semblables. Lorsque l’antigène sera présenté une seconde fois, un grand nombre de copies
de ces mêmes anticorps seront là pour aider à le détruire. Les cellules xyz par exemple
seront plus nombreuses que les autres et reconnaîtront plus rapidement les molécules
étrangères la prochaine fois que celles-ci s’introduiront dans l’organisme. Ce système est
sélectif parce qu’un grand nombre de formes d’anticorps différentes, susceptibles de se lier
à des antigènes. Les antigènes ne sélectionnent qu’un petit nombre de formes d’anticorps
dont la production est alors énormément amplifiée par la division clonale des cellules
correspondantes, ce qui aboutit à la présence d’énormes quantités de ces anticorps-là. Ainsi ,
la population d’anticorps se modifie avec l’expérience.

La réentrée

La théorie de la sélection de l’environnement réentrante obéit à trois principes: 1.la sélection
au cours de développement, la sélection à travers l’expérience et la réentrée.

Si on assimile le premier principe à la période coloniale depuis la première rencontre avec
le blanc, la découverte l’un de l’autre avec ses incompréhensions, préjugés et attentes sans
oublier les brutalités, l’oppression et l’exploitation. Le deuxième principe lui serait plutôt
la période post-coloniale où fort de l’expérience précédente, l’africain se définit un projet
voulant le prémunir de son expérience antérieure. Il s’agit aujourd’hui de se demander si la
prochaine étape ne serait pas le troisième principe ; celui de la réentrée, c’est à dire du retour
du blanc.

Nous pouvons caractériser la période actuelle de l’Afrique comme celle de la selection au
cours de l’expérience ; en d’autres termes celle du rejet du blanc à la suite de l’expérience
du colonialisme. Si c’est autour de ce rejet que s’est forgé le projet d’autodétermination qui
a produit les indépendances, c’est aussi paradoxalement autour du même rejet que l’Afrique

post-coloniale a définit son projet ; un projet qui contrairement au souhait de Fanon devait
éviter de « singer » l’Europe. Malheureusement, aujourd’hui plus d’un demi-siècle après,
cette relation au blanc est dans l’impasse ; notre expérience antérieure commence à nous
jouer des tours et nous nous retrouvons ainsi figées autour de cette idéologie de la libération
et de la résistance qui était une étape naturelle du principe 2 suivant le principe 1. A quel
moment intervient donc la réentrée ; c’est à dire le principe 3 ?

Si en biologie, la réentrée est la manière dont les aires du cerveau se coordonnent pour
donner naissance à de nouvelles fonctions, il ne fait aucun doute que l’Afrique a besoin de
réinventer sa relation avec le blanc. Donc de créer de nouveaux circuits qui sont des circuits
réentrants. Notons aussi que lors de la réentrée, chaque neurone est soit excitateur pour
d’autres neurones, soit inhibiteur, mais pas les deux à la fois. Il y a un caractère hautement
coopératif à l’activité des groupes de neurones ; ce qui pourrait inspirer cette nouvelle
relation entre le blanc et l’africain. Parce que la propriété de réentrée autorise une synthèse
récursive, il y a lieu de revisiter cette rencontre afin d’en résoudre les nœuds car ici, non
seulement les événements sont corrélés topographiquement sur un ensemble de cartes sans
l’aide d’un quelconque supérieur mais des propriétés sélectives nouvelles émergent au cours
du temps par réentrées successives et récursives à travers les cartes.

Cette perspective de la réentrée ouvre une voie nouvelle qui ne semble pas en contradiction
avec un message des africains eux-mêmes, qui à défaut de s’exprimer dans un langage
articulé, parlent par leurs comportement un « mentalais » qui dit leurs pensées à travers
leurs comportement. Comportement que Fanon pourrait caractériser d’aliénation voire de
maladie mentale.
Comment pourrait-on critiquer l’africain aujourd’hui qui « singe » le blanc ? Quand bien
même ce comportement serait de l’ordre de la maladie, comment envisager une thérapie
excluant la cause de sa maladie ; c’est à dire le blanc ?
Les idéologies issues de l’époque coloniale qui sont le principe 2 de la théorie de la
sélection ne sont-ils pas obsolètes dans le sens où ils ne sont plus en mesure de nous éclairer
sufr le monde ? Qui aujourd’hui essaye encore de résister et encore moins de se libérer
du joug d’un colonialisme dont on sait qu’il est économique ? Quel Etat est véritablement
libre et donc indépendant aujourd’hui des marchés financiers et des multinationales ?
L’Amérique ? L’Angleterre ? La France ? Qu’est-ce qui fait croire aux africains que la lutte
de libération aujourd’hui est encore semblable à celle des années 50 ? Et luttent-ils encore
vraiment ? Quand on voit leur manque d’engouement pour les organisations panafricaines,
n’ont-ils pas dans les faits renoncés à ces rêves d’autodétermination auxquels ils préfèrent
le rêve de l’enrichissement personnel ? Si cet état de fait n’est pas spécifiquement
africain, il n’en demeure pas moins que l’Afrique qui joue le jeu de rejet Fanon demeure
paradoxalement dans une schizophrénie qui l’empêche de se définir un projet et donc de
guérir du blanc.

L’Afrique qui s’inscrit dans un processus de réentrée est une Afrique qui a un projet pour le
blanc tout comme le blanc a eu avec l’esclavage et le colonialisme, un projet pour l’Afrique.
Elle n’ignore pas que le blanc est lui aussi malade d’aveuglement comme le révèla si bien
le président Bolivien Evo Morales qui rappelait en 2008 aux députés européens sur le
point de voter la loi sur la «directive du retour » que « des dizaines de millions d’habitants
partirent aux Amériques pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières,

aux guerres ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités ethniques.
Les Européens sont arrivés dans les pays d’Amérique latine et d’Amérique du Nord, en
masse, sans visa, ni conditions imposées par les autorités. Ils furent toujours bienvenus,
et le demeurent, dans nos pays du continent américain, qui absorbèrent alors la misère
économique européenne et ses crises politiques… » L’insensibilité et l’aveuglement des
députés européens qui ont fini par voter ce le 18 juin 2008 ce texte violant la Déclaration
universelle des droits de l’homme de 1848. Et aujourd’hui seulement 4 ans près l’histoire
donne raison à Evo Morales car des milliers de portugais débarquent en Angola à la
recherche du travail. La crise qui aujourd’hui frappe l’Europe impose cette réentrée que
des pays comme l’Angola ont intégré car ils accueillent ces européens dans la perspective
d’un nouveau projet. Le Nigeria aussi lorsqu’il accueillait les fermiers blancs chassés du
Zimbabwé s’inscrivait dans cette perspective de la réentrée où ce n’est plus l’Europe qui a un
projet pour l’Afrique mais l’Afrique qui a un projet pour l’Europe.

Nous constatons qu’aujourd’hui de nombreux pays africains souffrent de ne pas savoir
comment sortir de cette impasse idéologique du rejet du blanc. Et aujourd’hui le fait
de ne pas avoir des étrangers et plus précisément des blancs intégrés dans leur système
alimente des pratiques d’un autre âge tels que le tribalisme, c’est par ce qu’elle est paralysée
par son experience coloniale qui l’a pourtant paradoxalement préparé à entrer dans
une « mondialisation des êtres». Ainsi, on constate qu’à force de fonctionner entre eux, les
africains ont fini par développer ces relations polarisées qui crispe le fonctionnement et
l’évolution de ces pays à une époque où ils possèdent un avantage sans précédent.
La situation dans les pays occidentaux n’est pas plus évoluée car malgré une certaine
diversité, le concept de la « préférence nationale » qui est aussi raciale en France
alimente du côté blanc, cette maladie et trahit aussi un manque de vision et de projet
de « mondialisation des êtres ». Les Etats-Unis eux aussi ont connu une expérience qui
leur auraient permis de déboucher sur la réentrée, préferent s’en tenir à la mondialisation
des échanges et jouer une « mondialisation cosmétique » avec une Peau Noire et un masque
Blanc à sa tête. L’Afrique ne doit donc compter sur aucun pays occidental pour entamer sa
réentrée. Si on a pris l’habitude de se demander quel est l’avenir que l’Europe, l’Amérique
réserve à l’Afrique, il est temps de demander à l’Afrique ce qu’elle voudrait faire du blanc,
en Afrique et bien au delà.

Que se passe-t-il en Afrique ?
Un affrontement sournois qui s’exprime en « mentalais » a actuellement lieu entre les
masses qui veulent « le blanc » sous certaines formes (immigration, mariages sur internet,
écoles, santé…) et une élite dans la duplicité qui exploite l’argument de l’autodétermination
pour mieux spolier le peuple tout en jouissant d’une relation avec le blanc qu’elle soit de
l’ordre de la légitimité qu’ils en tirent (diplômes occidentaux…) etc.
L’élite dit, en mentalais bien sûr, nous allons y arriver par nous-mêmes. Le peuple lui
répond, en 52 ans vous n’avez pas réussi ne serait-ce qu’à maintenir ce que le colon a laissé,
qu’est-ce qui nous fait croire que c’est du temps dont vous avez besoin. Alors, l’élite brandit
toutes sortes de scénarios apocalyptique au peuple si jamais le blanc revenait. « Vous ne
serez plus libres… ce sera le fouet… l’exploitation… etc. » comme si le peuple ignorait que
ce sont ces régimes africains se chargent aujourd’hui d’exploiter et d’opprimer ; en la matière
les dictatures africaines n’ont aucun complexe vis à vis de l’oppression coloniale et pour le
pillage des richesses ils n’ont besoin que des complices occidentaux ou chinois pour faire le
pont et vider leurs pays de toutes ses richesses qu’ils vont planquer en Suisse. D’après ce que

nous dit le comportement des peuples africains, si on ouvrait les frontières dans certains
pays, c’est tout le pays se videraient ; et à raison ! Et ce ne sera pas pour aller au Congo !
Pourquoi l’élite africaine ne se met-elle pas à ce langage de la pensée et constater que le
temps est à la réentrée ? L’égo de l’africain est une forme de la maladie mentale dont parle
Fanon. Elle est une conséquence de cette rencontre avec le blanc. Sinon comment expliquer
pourquoi l’élite africaine a besoin d’infliger à son peuple autant de douleur ? Juste pour dire
nous dirigeons-nous même notre propre pays ? Créer un Etat moderne, démocratique qui
satisfait à un nombre de besoins pour les citoyens dépasse aujourd’hui les africains et
personne ne peut dire le contraire. Pourquoi y a t-il encore aujourd’hui ce sentiment de honte
devant un échec qui justifie la fuite en avant si ce n’est une maladie? La réentrée permet de
reconnaître qu’il n’y a plus de place à l’hypocrisie et d’avancer. D’abord nous n’avons pas
créé nos pays. Le Cameroun par exemple est une création occidentale depuis son territoire,
jusqu’aux lois et même les villes Yaoundé, Douala… sont des créations occidentales. Et
même ce nom : Cameroun qu’on a jamais osé changé n’est pas de nous. Ce sont les blancs
qui nous l’ont donné « crevettes » camaroes et nous sommes très fiers de le porter
aujourd’hui. Et à raison car si nous parlons le mentalais, comme tout langage, il procède de
sa sémantique. Pourquoi Robert Mugabe le président Zimbabwéen a eu tord d’arracher les
terres aux fermiers blancs ? Ce n’est pas parce qu’ils est faux qu’ils ont occupé de force des
terres appartenant aux indigènes ; des terres qui symbolisaient pour ces derniers leur
héritage, leurs traditions, leurs identité, leur patrimoine. Sauf que plus d’un siècle plus tard,
la colonisation est passée par là, le Zimbabwé est devenu indépendant et les autochtones
voudraient récupérer les terres, ce qui est légitime. Mais Mugabé est-il en train de rendre à
son peuple les terres qui lui ont été prises? Non, car entre temps; la définition sémantique
de la terre a changé. Ces terres n’étaient pas une question de superficie encore moins de
valeur marchande, mais plutôt valeur symbolique, patrimoniale, traditionnelle etc. C’est
pourquoi la terre qu’on arrache au fermier blanc n’est pas la terre qu’on a prise aux
Zimbabwéens. En mentalais, cette terre est devenue dans le monde capitaliste, un capital
susceptible de produire des richesses au même titre qu’une usine qui demande un savoir
faire, un marché, des ouvriers qualifiés, des produits, du marketing etc.

Comment aujourd’hui l’Afrique espère-t-elle s’en sortir sans prendre en compte la matrice du
blanc qui définit tous les contours de sa nouvelle identité?

Si on pourrait perçevoir effectivement dans certains comportements vis à vis du blanc des
gestes de l’ordre de la maladie dont parle Fanon, il faudrait reconnaître que d’autres seraient
plutôt de l’ordre du pragmatisme voire de l’utilitarisme ; tout comme le réfrigérateur a plus
résolu les révendications des féministes dans les années que tous les discours. On se sert du
blanc pour résoudre ses problèmes. Ce phénomène du « blanc-par-utilitarisme » qui n’est
pas spécifique à l’Afrique car il est perceptible en Asie, au proche et moyen orient et même
aux Etats-Unis est un déplacement – shift- voire une avancée du rapport maladif selon
Fanon que l’Afrique a au blanc.
Si est on est obligé aujourd’hui d’aller chercher des blancs fantoches juste pour être pris au
sérieux dans le business ou autre chose? La réentrée nous dit que tant qu’à aller chercher les
blancs, faisons en un programme et appelons les meilleurs !

Quand Fanon parle de la schizophrénie, elle s’est transformée dans l’Afrique d’aujourd’hui
en une duplicité qui consiste à se tromper soi-même pour mieux tromper les autres. L’élite
africaine qui est bien contente d’avoir remplacé le blanc, non pas pour servir mais comme le

blanc, par mimétisme, une autre forme de maladie plutôt pour mieux assujettir son peuple et
bénéficier de son statut. Elle va donc tout prendre chez le blanc : ses méthodes, son système,
ses références qu’elle va « singer » dans le but de légitimer sa position. L’élite africaine qui
fustige le blanc lui doit tout : les diplômes dont ils se prévalent, les postes de responsabilités
de la République qui leur sert de moyens d’enrichissement, même les voitures dans lesquels
ils se pavanent, les costumes qu’ils portent, leurs enfants à l’étranger etc Très souvent, le
président de la République est lui- même une fabrication des blancs ! Et c’est du blanc qu’il
tire tout son charisme par un mimétisme dont il se vante. Ne dit-on pas que notre président
est un « blanc » ! Il impose un comportement de « blanc » à son entourage et donc à cette
élite obligée de les « singer » dans un théâtre où le pouvoir se met en scène comme chez
les blancs. Ici, l’Afrique et ses traditions sont rares dans l’appareil d’État qui est conçu
comme un gâteau et non pas comme une plantation où tous les bras seraient les bienvenus.
Ce que Fanon n’avait pas prévu c’est ce degré de maladie où l’absence du blanc serait le
théâtre médiocre où l’Africain le mettrait en scène avec tous ses défauts qu’il prendrait en
son compte en s’appliquant à exceller dans sa dimension pillage et oppression. L’Etat arraché de

haute lutte au blanc est désormais l’outil de l’exploitation de l’africain par l’africain.

La réentrée serait donc un moyen pour l’africain de sortir de sa duplicité et de son hypocrisie
vis à vis de son propre peuple car aujourd’hui plus que jamais, ce petit peuple a besoin 52
ans plus tard des étrangers pour résoudre les nombreux problèmes qui se posent à eux dans
les domaines de la santé et de l’éducation aujourd’hui abandonné par l’élite dirigeante.