Reconnaissons que ça nous dépasse, il faut que les blancs reviennent !

«Reconnaissons que ça nous dépasse, il faut que les blancs* reviennent ! »

Interview Jean-Pierre Bekolo

Q : Vous êtes pour une recolonisation du Cameroun en 2012?

Jean-Pierre Bekolo : Après 52 ans d’indépendances le temps est venu de faire le bilan du mode de pensée qui  a été le jusqu’ici le nôtre pendant ce demi-siècle et de tirer les conclusions qui s’imposent. Nous constatons aujourd’hui que l’idéologie de l’auto-détermination et donc de  l’indépendance portée par les différentes luttes de libération nationales à laquelle nous avons tous adhéré en Afrique ne correspond plus à la réalité actuelle de la mondialisation. Et c’est pour ça que nous sommes dans l’impasse car notre pensée n’est plus en phase avec la dynamique actuelle des peuples. Il est désormais évident que nous n’obtiendrons pas ce à quoi nous aspirons en s’obstinant à penser que nous devons faire nous-mêmes les choses, car il est des choses qui nous dépassent dans la vie.

Q : Vous voulez donc que le blanc revienne nous exploiter avec le fouet?

Jean-Pierre Bekolo : Le fouet, il est là, regardez la Côte d’Ivoire et la Libye. Le pillage, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin, même les chinois s’y mettent ! Ce n’est pas de leur faute, c’est nous qui avons abandonné l’idéologie de l’auto-détermination. Il faut le dire clairement et que cela devienne une véritable politique.  Il ne fait aucun doute que l’Afrique en général et le Cameroun en particulier 52 ans après l’indépendance  a fini par accepter, intégrer et épouser certaines dimensions du projet colonial qu’il rejetait en bloc. Le projet colonial a fini par aboutir bien au-delà des prévisions de ses initiateurs  sauf qu’entre temps, pour des raisons idéologiques (il ne faisait plus bon d’être colons) le pilote a quitté l’avion. Aujourd’hui un pilote médiocre a pris le relai sans véritable plan de vol. Il se contente de flatter son égo en faisant croire qu’il maîtrise l’avion, pourtant tout le monde sait qu’il est un pilote fantoche qui a pour unique objectif l’utilisation des ressources collectives pour un enrichissement personnel. Voilà comment cette élite aux commandes organise le pillage de leur propre pays au bénéfice de l’ancien colon qui n’a rien demandé.  Il s’agit de retourner là où les choses ont mal tourné, d’où est parti le mensonge et l’hypocrisie ; c’est-à-dire à la soit-dite indépendance !

Si on se débarrasse de ses dimensions négatives que sont l’exploitation et l’oppression, le projet de recolonisation a des chances sérieuses de trouver un accueil favorable des populations qui n’en peuvent plus !  Et même quand il s’agit de la préservation de notre culture, ce sont encore les blancs qui s’en préoccupent le plus !   Nos artistes africains et notre art est plus financé et promu par les mêmes occidentaux pendant que nous, nous ne rêvons que de pacotilles chinoises, de voitures « congelées »  et de toutes ces « choses des blancs » ; rien de différent depuis la traite négrière !   Disons merci  à Jacques Chirac d’avoir créé le Musée du Quai Branly. Au moins notre patrimoine est préservé dans de bonnes conditions !

Q : Vous vouez un culte au blanc ?

Jean-Pierre Bekolo : Ce n’est pas moi, ce sont les africains et les camerounais et aujourd’hui nous faisons le constat ;  il faut respecter cette volonté du peuple. Faites l’expérience, allez dans un service publique avec un blanc, vous allez voir comment en 2012 on se comporte au Cameroun en face d’un blanc. Combien de personne vont chercher des blancs fantoches juste pour être pris au sérieux dans leur business? Tant qu’à aller chercher les blancs, appelons les meilleurs ! Nous sommes ici dans le diagnostic ! Le temps est à la lucidité, où en sommes-nous aujourd’hui ? Voilà la question !

Le blanc n’est peut-être plus  là physiquement mais nous nous sommes arrangés à ne garder que la dimension pillage et oppression. Le système en place n’a pas su préserver les quelques acquis positifs du colonialisme. L’élite actuelle est orgueilleuse de cette Etat « Gomna » omnipotent qu’ils n’ont pas créé et qui avait pour but d’opprimer et d’exploiter. Il est désormais l’outils de l’exploitation du camerounais par le camerounais, alors que chez ceux même qui l’ont créé, c’est un appareil au service du peuple. Voilà comment l’élite actuelle maintient les camerounais à l’âge de la pierre taillée pour quelques subsides de la corruption.

Une élite qui est bien contente d’avoir remplacé le blanc, non pas pour servir leurs frères mais plutôt pour les assujettir et les exploiter. Ils conçoivent le pays comme un gâteau et non pas comme une plantation où tous les bras sont les bienvenus. Cette élite qui elle-même doit tout au blanc ; les diplômes dont ils se prévalent, les postes de responsabilités de la république qui leur sert de moyens d’enrichissement, même les voitures dans lesquels ils se pavanent, les costumes qu’ils portent, leurs enfants à l’étranger etc…  Même le président de la république est une fabrication des blancs ! Et c’est du blanc qu’il tire tout son charisme par un mimétisme dont il se vante. Ne dit-on pas que notre président est un « blanc » ! Il impose un comportement de « blanc » à son entourage et donc à cette élite. L’Afrique et ses traditions sont rares dans  l’appareil d’Etat sauf ces groupes de danses traditionnelles invitées à l’aéroport lors des voyages présidentiels, folklore qui date de l’époque coloniale organisé pour accueillir les envoyés du Général de Gaulle.

Q : Vous voulez dire que l’Africain est incapable ?

Jean-Pierre Bekolo : Soyons francs, qu’est-ce qui marche bien ici ? Pourquoi avons-nous besoin d’infliger à notre peuple autant de douleur ? Juste par égo, pour dire nous dirigeons-nous même notre propre pays ? Vous savez dans la vie, il y a des choses qui peuvent vous dépasser. Et il n’y a pas de honte à le reconnaître. Créer un Etat moderne, démocratique qui satisfait à un nombre de besoins pour les citoyens nous a dépassé. Personne ne peut dire le contraire. Il est temps d’arrêter l’hypocrisie et d’avancer. N’oublions pas une chose, nous n’avons pas créé nos pays. Le Cameroun est une création occidentale depuis son territoire, jusqu’aux lois et même les villes Yaoundé, Douala sont des créations occidentales. Même  notre nom : Cameroun n’est pas de nous. Ce sont les blancs qui nous l’ont donné « crevettes » camaroes et nous sommes très fiers de le porter. Comment espérons-nous nous en sortir alors que nous vivons dans une matrice coloniale vidée de son contenu car ceux qui en possèdent la maîtrise et qui sont à l’origine même de la création de notre Etat n’y sont plus associés?

Q : Vous dites que la recolonisation fait partie de la mondialisation alors ?

Jean-Pierre Bekolo : Aujourd’hui l’idéologie d’auto-détermination n’a plus sa place dans une économie de marché dirigée par les capitaux « mondialisés » détenteur du véritable pouvoir sur les Etats. Quel Etat est aujourd’hui en mesure de se prévaloir d’avoir une entière maîtrise des rennes de son économie à l’ère des multinationales ? Cette idéologie d’auto-détermination n’est plus qu’une arme politique qui sert de bouclier à une élite dirigeante corrompue face aux occidentaux, emprisonnant ainsi idéologiquement  un  peuple qui lui demeure pauvre alors que celle-ci s’enrichit personnellement à son détriment.

Il s’agit donc pour le Cameroun de sortir de la duplicité et de l’hypocrisie car aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin des étrangers pour résoudre les nombreux problèmes qui se posent à nous. Il est temps de l’avouer au grand jour et sortir de ce silence qui fait que nous cachons à notre peuple qui n’est pas dupe la véritable implication étrangère, le peuple en a besoin dans tous les secteurs défaillants et il pourra lui aussi fixer les limites de cette implication quand il estimera qu’il a eu ce qu’il voulait.

*Les Blancs : Je pense profondément qu’il n’existe ni blancs ni noirs. Quand je dis blanc, c’est avant tout une représentation mentale. Et il y a des noirs qui correspondent à cette représentation de blanc, comme il y a des blancs qui correspondent à la représentation mentale noire. 

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15 commentaires

  1. sack pierre · novembre 17, 2012

    je comprens la frustration voire meme le desespoir dans lequel verse mr Bekolo quant à la capacité de l’Afrique et accessoirement du cameroun de se prendre en main.son analyse est suggestive mais elle est sommaire et manque de profondeur sur plusieurs points.deux elements ignorés:la duree du processus d’emancipation et d’autodetermination des peuples et l’identité des peuples par rapport au fenomene de la mondialisation.
    l’autodetermination des peuples est un processus long et tortueux avec plusieurs fases(acceleration,pause,hesitations…)mais irreversible.iln’ya aucun cas de peuple qui a entrepris ce processus et soit revenu en arriere.l’Afrique n’est qu’au debut de ce processus.52 ans sont ne suffisent à decreter la faillite d’un processus dans une histoire à longue duree.par ailleurs si le processus semble marquer le pas au cameroun et dans plusieurs pays francofones,ce n’est pas le cas dans d’autres pays anglofones notamment où le climat est nettement à l’optimisme(tanzanie,kenya,ghana,afrique du sud…)ce qui devrait plutot stimuler et remonter le moraldes pays qui semblent marquer le pas.
    la mondialisation de l’economie ne dilue pas les peuples ni ne fraine leur emancipation ou autodetermination,au contraire la mondialisation accelere l’emancipation des peuples et provoque leur orgueil identitaire et l’exalte à la limite(chaque pays voulant coute que coute montrer son apport specifique dans ce grand village planetaire).
    L’Afrique a entrepris un processus,qui semble marquer le pas certes,mais il est irreversible.C’est aux africains de chercher les voies et moyens pour le relancer,un nouveau souffle,bref.Courage donc,car l’emancipation etl’autodetermination n’est une histoire des elites seulement,mais de tous.

    • Jean-Pierre Bekolo · novembre 19, 2012

      L’ancien président Thabo Mbeki Sud Africain à l’occasion des 10 ans de l’Union Africaine dit clairement que les pays Africains ont renoncé à l’auto-détermination pour laquelle ils se sont battus et ne sont plus que dans une dynamique d’enrichissement personnel. Qui cite le Ghana et les autres en exemple? Encore les pays occidentaux. Le référent pour l’Afrique est l’occident. C’était cela le projet colonial. Il faut accepter que ce projet colonial a abouti. Maintenant donnez vous 100 ans ou 1000 ans pour l’inverser, mais en attendant quelle stratégie pour le présent? L’impasse actuelle? C’est justement l’orgueil qui me pose un problème. L’orgueil des perdants. L’Allemagne et le Japon vaincus ont su mettre leur orgueil de côté pour faire ce qui était bon pour leur peuple. Nous faisons subir par orgueil à notre peuple trop de douleur. Pourquoi la perspective du « blanc » en Afrique serait-elle plus effrayante aujourd’hui? Et le « noir » en Europe et en Amérique alors? Et le noir Obama président chez les blancs? Je pense que nous avons beaucoup de mal à nous projeter dans le monde de demain, et à l’inventer…

  2. Désiré Atangana Onambélé · novembre 17, 2012

    Jean Pierre, l’histoire de l’humanité, pour qui la considère attentivement, montre combien les nouveaux Etats sont pleins de dangers, et on voit par des exemples anciens et modernes que tous les Etats, tous les pouvoirs qui, face aux maux, ont fait appel à une puissance, à des auxiliaires ou à des mercenaires, afin qu’ils viennent avec leur know-how les aider, ont déchanté car une telle assistance peut être utile et bonne par elle même, mais elle est, pour qui l’appelle, presque toujours nuisible. Car, en tout point, vous demeurez un prisonnier à leur merci, maintenu par un lien d’obligation. J’en conclus donc qu’un leader africain sage ne doit avoir d’autre objet ni d’autre pensée que de se fonder sur ce qui lui est propre, non pas sur ce qui est propre à autrui. Je vous remets en mémoire une image de l’Ancien Testament faite à ce propos : David s’offrant a Saül pour aller combattre Goliath, refusa les armes de Saül, disant qu’avec elles il ne pouvait se fonder sur lui-même, et qu’il voulait donc rencontrer l’ennemi avec sa fronde et son couteau.

    • Jean-Pierre Bekolo · novembre 19, 2012

      Très interessant! Je m’interroge sur la necessité de payer un prix aussi élevé au présent pour un avenir qui reste une belle promesse… Et cette impasse dans laquelle on se trouve. Et cette irresponsabilité de l’élite à qui on continue de donner plus de temps… Je m’interroge sur l’avenir de ce peuple qui parle, pense et rêve dans la langue des autres et prie le Dieu des autres… et qui espère un jour d’une auto-détermination quand on sait aujourd’hui que même l’Angleterre est dirigée par Goldman and Sacks!

  3. Mara · novembre 18, 2012

    Je tiens ici à remercier Mr Bekolo de ce texte oh combien porteur de sens….
    Je reconnais une profonde objectivité et enfin, je me dis que je ne suis pas le seul
    à objectivié autour de moi et des prespectives d’avenir de ma chère patrie  » s’il y à lieu d’utiliser
    ce mot de perspective »…. il m’arrive dèsfois de vouloir raisonner des utopistes et grands rêveurs que j’aien amis sur mon facebook, c’est dèsfois, incroyable, jusqu’où, ils peuvent confondre rêves et réalités…. Merci Monsieur Bekolo, ce texte j’aimerais le faire paretager au plus grand nombre de monde qui m’entoure…. Vous aviez 10/10 sur cette analyse à prendre et consommer en toute objectivité et pleinement, car, tout sauf démagogique….

    • Jean-Pierre Bekolo · novembre 19, 2012

      Feel free to share! Thanks!

  4. gamby · novembre 19, 2012

    mr bekolo, rappeler les blancs , vaste programme 🙂
    , cela ne s’est jamais vu !!
    a cet allure pourquoi les americains ne rapelleraient pas les anglais si wallstreet s’effondre?
    et l’espagne pourrait aussi rappeler les sultans ottomans ?
    at on jamais vu une equipe de foot changer d’arbitre a chaque but encaissé? ,
    l afrique fait son chemin mais de grace laissez lui le temps d’emerger les usa , la GB la fce le japon la chine ne se sont pas fait en 50 ans non?
    « L’Allemagne et le Japon vaincus ont su mettre leur orgueil de côté pour faire ce qui était bon pour leur peuple ».votre analyse , je la trouve partielle M bekono car la face cachee du redressement de ces deux pays s’explique aisement par la volonte americaine d’eriger de murs anticommunistes .
    quand avons nous eu note plan marshall nous? chaque pays a ses realites sous jacentes
    relatives a son envol economique et ces raisons intrinseques sont souvent differentes de celles qu’on croit ( bonne gouvernance )
    ça me semble assez naif de votre part de croire que l’amitie entre les etats existe (faire revenir les blancs ) ils ont justement interet qu’on ne se developpe pas!!!
    quant a votre dernier paragraphe sur la representation des races je la trouve a double sens pouvez vous me l’expliquer concretement ? quand vous pronez le retour des blancs c’est le retour des europeens a la peau blanche ou des noirs gentlemen?
    cordialement

    • Jean-Pierre Bekolo · novembre 19, 2012

      Sur quelle planète vivez-vous? sur terre? Sûrement pas en Afrique. votre analogie du blanc comme arbitre est parlante… votre comparaison avec les usa encore plus… 50 ans qui ne sont pas assez quand la Corée, le Canada, Singapore etc… l’ont fait en beaucoup moins. Vous demandez à ceux qui sont restés sur place de subir encore pendant 50 ans l’échec des élites afin que votre honneur soit lavé? Pendant que vous, vous êtes à l’abri! Donc il faudrait poursuivre ce rêve de résistance qui ne se manifeste plus dans aucun acte, tellement on est préoccupé à s’enrichir… Maintenant qu’on sait que le monde entier conspire contre nous, on fait quoi? Zero projet sinon celui du temps qui semble-t-il se chargera de tout régler… Un peu paresseux comme approche. C’est pas moi qui veut les blancs, ce sont les camerounais qui dès qu’ils ont le choix, font le choix qui leur semble judicieux… et il est très souvent blanc!

  5. Anschaire · novembre 20, 2012

    La lecture de ton interview m’apporte à l’esprit la reprise, il y a un peu plus d’un an, à la Wall Street Journal de la lettre supposée avoir été adressée par les rois Bell et Akwa à la couronne britannique à la fin du 19e siècle pour lui confier la souveraineté sur leur territoire pour motif de fatigue de gouverner. Comme quoi l’histoire se repète, seulement cette fois elle vient comme une sorte de farce, pour paraphraser Karl Marx.

    Ne t’en fais ce que tu appelles “recolonisation” est en cours depuis bien la fin des années 80s. Elle est en passe de s’intensifier avec la compagne de sécurisation du périmètre qui est en cours. Le capital n’accepte d’extériorité et produit toujours ces zones d’ombre capables de lui servir de couverture. Gramsci écrivait déjà en début du siècle dernier que l’Afrique était l’horizon de l’économie mondiale du future. Cela lui était venu en idée non pas parce que l’Afrique était en attente de conquête, mais parce que l’ère américaine viendrait selon lui avec un atout que l’Europe n’avait pas au moment de conquérir les Amériques : le noir comme couverture. Peut-être s’était-il trompé de pronostic car il me semble que l’Europe a su finalement mieux que les Etats-Unis produire des noirs capables d’oublier le sens de l’histoire, de ne se fier qu’à l’horizon de leur plume et de leur activité quotidienne, et de se concevoir meilleurs représentants de ceux-là qu’ils appellent leurs “peuples” et avec lesquels ils ne partagent qu’un lieu de mémoire.

    Je me plais à lire l’interview comme s’il s’agissait d’une comédie de Jean-Miché Kankan. Pour cela je m’abstiens de donner un sens univoque aux choix de mots. La preuve en est qu’une nuance a été faite à la fin de l’interview sur l’idée qu’il faut se faire du “blanc.” Je me permets toutefois de noter que si “l’idéologie d’auto-détermination n’a plus sa place dans une économie de marché dirigée par les capitaux « mondialisés » détenteur du véritable pouvoir sur les Etats”, il va de soi que se référer à un “nous” par rapport à d’autres, “les étrangers,” à supposer les Européens ou les Asiatiques, doit se fonder sur tout autre chose que l’idée même d’un “nous” comme “Cameroun”, “peuple”, “nation” ou Etat. Peut-être que tu es en voie d’ouvrir une brêche dans ce sens. Dire “nous avons besoin des étrangers pour résoudre les nombreux problèmes qui se posent à nous,” suppose en tout cas une certaine base politique de l’un comme de l’autre côté. Les multinationales n’ont jamais navigué en dehors de leur ancrage dans un droit propice aux affaires. Le débat actuel entre le dépannage de Wall Street aux Etats-Unis témoigne que sans l’Etat américain, les multinationales américaines flétriront dans une mesure non-souhaitable pour sa position mondiale.

    Au demeurant il est louable de revisiter l’histoire des guerres et des mouvements de libération nationale, le bilan n’est pas partout le même, dans le tiers monde ou en Afrique en particulier. Il est très facile de tirer des conclusions hâtives sur la situation globale. Se poser des questions en terme d’échec, c’est interroger les débats fondamentaux qui ont eu cours au moment même de ces indépendances. Deux textes clés de Fanon peuvent apporter de clarté à tes inquiétudes: “The Pitfalls of National Consciousness” et “On National Culture”, tous deux se retrouvent dans Les damnés de la terre. Dans ces textes Fanon mets en garde contre les dérives de la “bourgeoisie nationale,” catégorie qui porte le nom d’élite dans ton interview, et contre une approche trop pigmentaire de la sujétion politique, le danger de lire l’histoire en terme de pigmentation ou de nier l’histoire tout court sur la base de la pigmentation, une reprise hégélienne de l’histoire du monde.

    • Jean-Pierre Bekolo · novembre 20, 2012

      J’apprécie la relecture que vous faites de cette itw sur la base des références philosophiques qui nous intéressent. J’apprécie d’autant mieux le fait que vous la lisez comme un texte de Jean Miché Kankan car il s’agit là du décalage qui existe entre les intellectuels et les masses. Le peuple ne sait pas ce que disent les intellectuels ou du moins il ne les entend pas. Ceux-ci parlent « comme les blancs » de choses très savantes sans que ce peuple ne voit en quoi il est concerné. Difficile de se parler dans la langue de l’autre! Et c’est à ce niveau qu’intervient le « nous » qui je suis d’accord n’a pas toujours sa place. Mais comment créer autrement cette Nation sans être solidaire à la fois de ce peuple et de cette élite, qu’en assumant une appartenance commune? Si aujourd’hui il semble ridicule que les chefs Kamerunais aient demandé à la reine de venir les aider à gouverner, il est encore plus ridicule d’être dans cette incapacité et de ne pas demander de l’aide (ou du moins en ne demandant qu’une aide financière qui est de toutes les façons détournée), faisant ainsi payer à son peuple au quotidien un lourd prix. Si le passé et cette nostalgie pour la résistance nous obsède, pourquoi l’avenir et une réinvention des rapports avec l’occident ne serait pas pour nous une obssession? A la lumière de la pratique du capitalisme mondialisé actuel qui créé cette croissance en Afrique qui aujourd’hui attire tout le monde?

  6. Joe Berty · novembre 21, 2012

    Je partage l’analyse à 99% tout en pensant que le monde aujourd’hui ne devrait plus être le Cameroun pour les noirs (d’autant que nous ne sommes même pas noirs) et l’Europe pour les blancs ( d’autant qu’ils ne sont même pas blancs). Les Européens nous ont eu, ils ont laissé les Etats indépendants aux commandes des jeunes franc-maçons et autres roscicrutiens qu’ils ont pris le soin de sodomiser… Le Cameroun est pourri parce que tous nos dirigeants sont des satanistes pédés… Ils détestent les populations comme si ce sont les pauvres populations qui les ont envoyés se faire sodomiser pour avoir le pouvoir… Il y a un temps pour chaque chose… Un jour viendra!!!

  7. SHAKA (Gwakafwika) · novembre 22, 2012

    Je vous écris de Guadeloupe.

    Bon monsieur Bekolo, vous avez fumé quoi pour raconter des conneries pareilles? Je veux bien croire que chez vous au Cameroun, il y a quelques problèmes mais de là à demander aux blancs de revenir vous COLONISER comme avant les années 1960, il faut vraiment être à côté de ses pompes. Vous savez monsieur Bekolo, mes parents m’ont toujours appris une chose, c’est que malgré les difficultés, il faut apprendre à se BATTRE! Si ce n’est pas encore fait, je vous invite à lire et à étudier les écrits de l’honorable Marcus Garvey, notre compatriote caribéen originaire de la Jamaïque. Où est donc passé la FIERTE de l’homme NOIR? Je n’aurais jamais imaginé qu’en plein 21ème siècle, j’aurais encore pu lire des propos pareils. Oui monsieur Bekolo, vous devez vous battre, vous avec votre peuple afin de changer les cours des choses dans votre pays. Je crois savoir que le président de la République du Cameroun Paul Biya est au pouvoir depuis pas mal de temps, non? Il vous est jamais venu à l’esprit que ce sont précisément des blancs originaires de France particulièrement, qui permettent encore à Paul Biya de continuer son règne, hein? Comme il vous est jamais venu à l’esprit que ce sont encore des blancs qui permettent à ce système de « Françafrique » de perdurer chez vous, je me trompe?

    Chez nous en Guadeloupe, nous sommes bien placés pour savoir ce que représente la domination du blanc. Beaucoup de mes compatriotes collaborent par pur intérêt matériel mais nous autres guadeloupéens, nous continuons notre combat pour l’émancipation. Et comme disent certains des internautes qui vous ont répondu, l’ensemble du continent africain n’est pas « damné » car il n’y a qu’à voir des pays qui relèvent la tête comme le Ghana, le Kenya, le Botswana, l’Ethiopie ou l’Angola.

  8. Samuel · novembre 23, 2012

    Je viens de découvrir votre texte et je salue votre analyse. Je suis antillais et j’ai eu l’occasion de découvrir votre pays. Le bordel sans nom qui y règne à tous les niveaux de l’état m’a effaré. Certes, la corruption n’a pas été inventée par le camerounais, puisqu’on l’a retrouve aussi bien dans les pays riches que dans tous les pays du tiers monde mais ce qui m’attriste, c’est de voir que cette corruption, cette mentalité de profiter, d’écraser plus petit que soi, d’abuser du moindre pouvoir que l’on a ne profite jamais au pays et à la société. Je ne comprends pas pourquoi d’anciens pays pauvres, archi corrompus, avec parfois un pouvoir dictatorial en place arrivent à se développer (Brésil, Chine etc) quand d’autres, tout aussi riches en matière première et en main d’oeuvre (Nigéria par exemple) ne trouvent pas de salut.
    Je pense à tous mes compatriotes qui ont lu votre texte et qui crient au fou, vexés de voir un nègre se vendre et reconnaitre la supériorité du blanc sur certains points. Personnellement, je ne suis ni complexé ni aigri, ni diminué par rapport au blanc car je me sais intelligent et capable. Toutefois, force est de constater que le Mac sur lequel j’écris, l’Iphone, que j’utilise, la tv que je regarde, l’avion que je prends, la voiture qui est dans mon garage etc ne viennent pas de Douala ou de Dakar. Il est fort probable qu’un grand nombre d’ingénieurs noirs travaillent au quotidien à l’élaboration de ces biens qui nous entourent mais à mon grand regret, aucun des miens n’a l’envie de construire, créer, inventer une fusée, une marque d’avion, d’ordinateur ou je ne sais quel produit manufacturé élaboré que l’on retrouverait partout. Je sais qu’on me dira que c’est du à notre histoire, notre passé, que nous avons été tant privés de tout, que nous avons un besoin maladif de consommer. Certes, en attendant, nous n’avançons pas.
    Tous ceux qui disent qu’il faut donner du temps au temps, que Rome ne s’est pas construite en un jour, que c’est un processus long et difficile se trouvent à l’abri du besoin, loin des préoccupations quotidiennes de ceux qui ne rêvent que d’une chose : fuir le continent pour tenter leur chance ailleurs. En 2012, à l’heure des moyens de communications performants, l’Afrique n’a plus de temps à perdre. Nous sommes tous d’accord sur ça et pourtant, on ne fait rien de concret. Peut etre parce que nous ne savons pas faire..
    Quand je vois dans quelles conditions vivent certains de vos compatriotes, je prends conscience de ma chance de vivre sur une ile qui s’appelle la Martinique. Et tant pis si elle est sous perfusion française (tout comme l’est le Cantal ou la Corrèze d’ailleurs).
    Bravo en tout cas pour votre lucidité. Reconnaitre ses faiblesses et synonyme d’intelligence.

  9. cristian dragnea · mars 13, 2013

    Très beau texte, qui provoque et laisse la place à toute sorte de réponse…
    J’en profite: De même que ce n’est pas nécessairement les chefs africains, traditionnels ou modernes ceux qui aiderons leur peuple à s’épanouir, ce ne sont pas non plus « les européens » ceux qui ont colonisé l’Afrique ou « les américains » ceux qui ont aidé l’Allemagne vaincue, afin de bloquer l’avancée des communistes (qui n’étaient pas non plus « les russes »)
    Ce sont là des étiquettes qui couvrent plutôt que d’ouvrir, qui cachent les vrais « nerfs » de l’histoire, ou des histoires.
    En 1907, au moment ou « les allemands » colonisent finalement l’est du Cameroun, à l’est de l’Europe, en Roumanie (mon pays blanc et européen, où à ce moment-là reignait le roi allemand Carol I de Hohenzollern, oui monsieur!), la masse majoritaire des paysans pauvres déclanchent une grande révolte contre le régime latifundiaire qui les étouffe. Les rebelles sont masacrés, à l’ordre du roi, et avec l’aide de l’armée roumaine.
    Vous avez raison: si l’on s’acharne à comprendre le sens de l’histoire et à essayer de renverser « son cours », on perd plein de petites histoires en train de se passer sous nos nez, des histoires qui incluent certains et excluent d’autres.
    Au plaisir de vous relire.

  10. lecap · août 6, 2013

    Selon moi, Jean-pierre BEKOLO pose de vrais questions quant à la capacité des peuples à penser par eux-mêmes, sans être formatés. Il ne s’agit pas forcément de parler en terme de Noirs ou de Blancs, mais de se demander quels sont les Hommes (femmes et hommes) qui sont en réelle capacité de guider les autres pour le bien de l’Humanité en général, de leur propre pays en particulier et non pour leur propre intérêt…

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