Mettre la Culture au Centre de la République

A l’heure de la crise économique, de la mondialisation, de la corruption et de la fin des régimes rentiers en Afrique et au moyen orient, les Etats africains ont plus que jamais besoin de la culture pour produire à leur population  le développement promis. A ce jour tous les modèles appliqués par ces Etats dans domaines économiques et politiques échouent parce qu’ils sont extérieurs aux africains et à leur culture. Les systèmes hérités du colonialisme sont inertes, sclérosés et gangrenés et tournent le dos à la créativité de la culture qui s’offre à eux. Pourtant les africains n’arrêtent pas de s’exprimer  tous les jours sur ce qu’ils sont et sur ce à quoi ils aspirent. Il n’y a qu’à écouter les artistes  et à s’intéresser à leurs œuvres ;  il n’y a qu’à observer les comportements quotidiens des africains inventifs. Le spectacle que nous offre les rues et les villages africains (au grand plaisir de certains médias qui s’en donnent à cœur joie tout comme les ethnologues à une certaine époque) sont un grand livre qui ne demande qu’à être décrypté. Comme lors d’une cérémonie rituelle, ces expressions et ces comportements ont une double dimension divertissante (révélée) pour les non-initiés et discursive (cachée) pour les initiés. Un travail de décryptage qu’il faudrait s’approprier et ne plus laisser seulement aux personnes en quête de stéréotypes car leur finalité n’a aucunement été jusqu’ici à l’avantage de ces « auteurs du réel » qui doivent désormais prendre possession de leurs histoires  et de leur images dans ce monde médiatico-politico-économique où le pouvoir réside désormais dans le contrôle des histoires.

Les histoires parasites ont investis tous les aspects de notre vie au point de modifier notre identité. Nous sommes désormais les histoires que nous mangeons, que nous portons (vêtements), que nous regardons (tv), que nous buvons, que nous écoutons, que nous cultivons, que nous apprenons, que nous possédons, que nous consommons.

Comment protéger les africains contre cette aliénante machine médiatico-politico-économique qui produit la misère chez eux et la richesse ailleurs si ce n’est en œuvrant avant tout pour que ceux-ci  reprennent possession de leur image et de leurs histoires ? Car ne l’oublions pas, le projet colonial avait avant tout pour but d’amener les africains à changer de culture. Aujourd’hui, 50 ans après les indépendances les africains doivent se redéfinir eux-mêmes une culture contemporaine faites de toutes les dimensions qui sont les leurs aujourd’hui. Et les artistes sont en première ligne et devraient servir de modèle pour cette révolution attendue, car à travers leurs œuvres on observe que sur le plan du contenu, ils ont opéré des choix soit syncrétiques, traditionnalistes ou modernistes, avec plus au moins de succès au niveau local et international. C’est cette approche que doivent adopter nos Etats qui sur le plan politique sont une copie (photocopie) de la 5ème République française (pays francophones) et sur le plan économique des fournisseurs de matières premières. L’artiste ne se contente pas d’envoyer des sons pygmées en occidents ou des masques ancestraux (modèle de matière premières), au-delà du contenu, il organise une économie autour de sa création une petite entreprise qui parfois réussi à exporter à l’échelle mondiale (Youssou Ndour, Salif Keita… en musique)  alors que leurs Etats restent incapables d’offrir des produits compétitifs à l’international. C’est un artiste qui le premier dans les années 70 a le premier a dénoncé publiquement la corruption des régimes en Afrique, il a été arrêté à maintes reprises sans que personne ne s’en émeuvent, aujourd’hui même les Nations Unies et récupéré cette thématique. Ce même artiste a identifié et révélé à travers ses œuvres et son engagement une dizaine de maux dont l’Afrique allait être victime. Cet artiste était Fela. Si jadis ce qu’on appelle aujourd’hui l’artiste faisait partie intégrante de la société, il est évident que l’Afrique postcoloniale ne lui trouve pas une autre place que celle d’un amuseur public ayant le statut de petit commerçant sans infrastructure qui n’est même pas protégé contre la piraterie. Il rejoint ainsi tout ce secteur qui révèle le manque de créativité et de capacité d’organisation des Etats africains, le secteur dit  informel  ou encore « la débrouille ».  Si les artistes sont aujourd’hui instrumentalisés par les politiques et les multinationales, c’est bien parce qu’ils ont une fonction dans la société. Mais leur statut incertain et fluctuant sert la cause de tous sauf la leur et encore moins celle des pays. Il est donc important qu’ils s’invitent dans le débat national avec leurs forces et leurs faiblesses ; et qu’ils s’invitent là où se décide le sort de leur pays c’est-à-dire lors des élections.

L’Afrique a été avant tout victime de l’histoire que les premiers explorateurs ont raconté sur elle. Coupable de n’avoir pas proposé au reste du monde sa propre histoire. Une histoire stéréotypée forte aux traits marqués qui reste malgré les variantes et déclinaisons la même, celle que l’explorateur Stanley envoyait au New-York Times de l’époque. L’histoire qui a fait que le Vatican a douté que les africains aient une âme et a ainsi ouvert le terrain à tous les abus dont l’esclavage.

La présence des artistes au conseil des ministres,  à l’assemblée nationale, dans les conseils municipaux, les conseils d’administrations de sociétés est aujourd’hui indispensable. Nos pays ont besoin de leurs vérités pour se développer car leur vérité est la nôtre. Contrairement aux vérités qui nous viennent d’ailleurs et qui organisent sans grand succès la vie sociale, politique et économique de nos pays.

Si l’histoire des pays occidentaux leur permet de mettre l’artiste là où ils l’ont mis, la nôtre nous impose de le mettre au chœur  de notre dispositif sociétal. L’Afrique est orpheline de son art ancestral si prisé en occident. Si notre culture a pu produire cet art dit primitif dont la valeur n’a pas d’égal aujourd’hui tant il était chargé de sens ; un sens à lui donné par des artistes dépositaires du patrimoine africain, pourquoi nos Etats indépendants refuserait-ils de réveiller l’esprit qui a produit cet art et qui sommeille en nous et particulièrement en nos artistes ? D’autant plus que les œuvres d’art africain n’étaient pas produite pour rester dans les galeries et les musées ; ces œuvres s’invitaient dans tous les aspects de la vie et ponctuaient les rituels du quotidien. Pourquoi  ne pas inviter notre art et nos artistes partout où nous travaillons pour améliorer le quotidien de nos concitoyens non pas pour qu’ils deviennent autre chose, mais plutôt qu’ils soient eux-mêmes et nous apporte ce désajustement dont nous avons besoin, d’autant plus que le projet d’aliénation qui nous attends aura besoin de résistants voire de renaissance à une échelle nationale voire internationale.  Aucun ministère n’échappe au paradoxe culturel. Si 80% de la charge médicale national est entre les mains des tradipratriciens, ils restent dans l’informel  le ministère de la santé ne les prend pas en considération dans son projet, ils n’ont pas d’hôpitaux, pas de structure de formation etc. La justice ne prend en compte les droits coutumiers que de manière folklorique. Aucune institution de l’éducation national ne dispense l’enseignement des 280 langues recensées au Cameroun par exemple alors que l’Etat certifie et agrège en anglais, en espagnol, en allemand. Ne parlons pas des autres savoirs et connaissances endogènes qui nourrissent les recherches de doctorants (Phd) occidentaux.

La majorité des programmes en application aussi aujourd’hui dans toutes les sphères de la vie sociale, politique, économique et culturelles sont issues des concepts importés en dehors du continent. Malgré le peu de succès de ces programmes on persiste et on poursuit sur un chemin qui ne produit pas de résultats sur le terrain. Le résultat est clair. L’aide n’a pas développé l’Afrique ! Pourtant des initiatives culturelles, créatives et inventives naissent et grandissent sous nos yeux et produisent des résultats

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