Les Apprentis Sorciers Blancs de la Communication Présidentielle

Si aujourd’hui le travail d’un communicateur consiste à trouver la bonne histoire pour son client, ce qu’on appelle le storytelling, les communicateurs blancs de Paul Biya qui lui déconseillent les médias africains, au profit des leurs, et à des prix exorbitants viennent par cynisme de nous livrer à travers les pages  du journal « Le Monde », une histoire africaine comme les français les aiment. Quelle idée de faire un publi-reportage post électoral dans un journal de gauche ayant critiqué ces mêmes élections ? Pensaient-ils vraiment changer l’opinion des lecteurs du journal « Le Monde » sur leur client ? Pourtant le storytelling qui reste la technique de communication la plus efficace car elle a porté Nicolas Sarkozy à la présidence française est d’origine africaine. Parce que raconter des histoires est un élément important de la culture africaine, il serait aujourd’hui difficile aux communicateurs d’Etoudi d’exclure les camerounais  de leur projet  communication. Ils échouent là où Fanny Pigeaud a réussi  avec son « Au Cameroun de Paul Biya » et un article dans le journal  Libération sans avoir eu à débourser 307 millions de Francs CFA, peut-être parce qu’elle s’est inspiré  du storytelling à la camerounaise… Le Cameroun a une belle histoire et une belle histoire, bien racontée aura toujours plus de succès auprès du public que toutes les campagnes de communication à l’ancienne.
Quel est finalement le story de ce publi-reportage aux lecteurs du journal « Le Monde » qui sont généralement des français de gauche et des intellectuels ; donc des gens qui sont en théorie pour l’émancipation des peuples africains, pour une aide accrue aux pays africains, pour l’alternance démocratique et contre la France-Afrique ? Le story  dit que l’élection s’est bien déroulée quand le même journal a dit le contraire à ses lecteurs, que les camerounais sont heureux et que l’avenir est radieux avec le système en place. Sauf que les mêmes lecteurs savent que le Cameroun comme de nombreux pays africains a des problèmes et ils sont très souvent ceux qui militent pour que la dette soit éradiquée, que l’aide soit augmentée, que les multinationales cessent leur pillage etc.

Supposons en effet que ces lecteurs se trompent  et que ce qui est dit dans le publi-reportage est vrai, alors pourquoi éprouve-t-on le besoin de communiquer là-dessus ? Pour quelles retombées en France ? Pourquoi payez-vous une telle somme d’argent à un journal français qui n’en a pas besoin et qui de surcroit vous a critiqué ; quand on sait que la France envoi une aide supposée ou réelle au Cameroun ? La narrative qui se dégage du storytelling des communicateurs « blancs » de Paul Biya renforce les stéréotypes d’un régime qui chercherait à redorer son blason auprès de la France à laquelle elle reste entièrement soumise et à n’importe quel prix.

Ces communicateurs « blancs » d’Etoudi  se font donc payer pour une narrative que même les ennemis de ce régime n’auraient jamais imaginé. Le font-ils exprès où pêchent-ils par ignorance? Leur histoire n’est pas sans rappeler la fable du scorpion et de la grenouille. Le scorpion qui désirait passer de l’autre côté d’un marigot demande à la grenouille de l’aider à traverser sur son dos. La grenouille lui dit qu’il sait qu’il va le piquer s’il le prend sur son dos pour traverser. Le scorpion lui demanda de ne pas être stupide car s’il le pique tous les deux mouraient car il ne sait pas nager. La grenouille accepte et au milieu du marigot, elle sent la brulure d’une piqure. Elle demande au scorpion pourquoi il a fait ça, ils vont tous les deux mourir ! Le scorpion lui répond, je suis désolé, on n’échappe pas à sa nature.
En tant qu’africain lisant le journal Le Monde, je me suis senti doublement piqué. Non seulement l’Afrique paye ses anciens colons avec de l’argent qu’elle n’a pas, pour améliorer son image, en plus l’Afrique demande ainsi que se perpétue ce lien néocolonial de la France-Afrique dont une certaine frange de français voudraient sortir. A qui d’autre devons-nous nous en prendre sinon à nous-mêmes, lorsque la France se sent investie de sa noble mission sur notre continent ? N’oublions pas que la narrative de l’Afrique avec ses clichés et préjugés s’installe définitivement  dans l’imaginaire occidental avec les récits de Stanley, parti à la recherche de Livingstone qui délivre dans l’équivalent du New York Times de l’époque, un storytelling qui  fait perdre à  l’Afrique  la guerre des narratives qui sévit aujourd’hui. Quand Aristote dit qu’ « une bonne histoire doit susciter la crainte et la pitié », difficile de ne pas y voir un complot des médias occidentaux qui ne parlent d’Afrique qu’en termes de guerres ( crainte) et de famine (pitié). Si les africains sont dans la situation dans laquelle ils se trouvent c’est pour avoir oublié qu’il existait une guerre du storytelling à laquelle leurs ancêtres les ont pourtant prémuni en leur dotant de cette culture de la parole où tout est storytelling.

Comment expliquer à nos ancêtres qu’après un héritage de millénaires de culture orale et de contes, nous fassions encore  appel à des « sorciers blancs » pour raconter à notre place notre histoire? Nos ancêtres doivent  se demander quels types d’africains  sont devenus leurs enfants. S’ils reconnaissaient aux narratives une fonction sociale, c’est parce qu’ils voulaient nous éviter d’être victime des narratives des autres, car nous sommes les histoires que nous entendons, que nous voyons, que nous mangeons,  nos ancêtres voulaient que le storytelling soit au service du Bien, du Vrai et  du Juste, ils ne voulaient pas qu’on vienne nous raconter des histoires.

By Jean pierre bekolo 8 décembre 2011

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