L’Administrateur Civil et le Cinéaste

Le 8 mars 2012

Si l’administrateur civil est une création du colon français dont la mission principale fut l’assujettissement de l’indigène camerounais, le cinéaste africain lui est plutôt né des mouvements de luttes de libération, c’est pourquoi le pionnier Ousmane Sembene signait jusqu’à sa récente disparition toutes ses lettres par « la lutte continue ».  Pour nous qui n’avons pas connu le colonialisme, si la lutte dont parle Sembène ne s’est jamais terminé c’est belle et bien contre les extensions du colonialisme que sont nos Etats africains d’aujourd’hui. L’africain prend un malin plaisir à poursuivre auprès des siens cette ignoble tâche comme j’ai pu le constater la semaine dernière face au Secrétaire Général du Ministère de la Culture pendant  la réunion de l’OCAPAC sur les fonds du C2D Culture. Si un jeune administrateur civile sorti de l’ENAM qui n’a pas lui-même connu la colonisation se sent la liberté de dire aux cinéastes les plus brillants de ce pays ayant remportés des prix internationaux qu’il ne faut pas se lasser de « faire des propositions au chef mais que le chef n’est pas obligé de répondre », c’est bien parce que notre pays reste structuré non pas pour servir ses citoyens mais plutôt pour les « commander ». La production essentielle de l’administrateur civil n’est-elle pas le « commandement  » quand le cinéaste lui, produit des œuvres qui créent pour notre pays en plus de la richesse matérielle la richesse culturelle, intellectuelle et imaginaire. Si le Secrétaire Général du Ministère de la Culture s’est retrouvé en mission commandé pour broyer le cinéaste, c’est bien parce qu’il sait qu’il a le soutien total de sa hiérarchie. Le Cameroun n’est-il pas ce pays où il n’existe pas de prix nationaux pour récompenser les inventions, travaux et réalisations de ses différents talents ? Le Cameroun n’est-il pas ce pays qui ne dispose que d’un seul mode de récompense : la nomination administrative ? Si ces pendant près d’un demi-siècle le Cameroun n’a produit que le « commandement » à un coût exorbitant, que nous a rapporté le commandement dans le PIB ?  Il est temps de demander des comptes à ces administrateurs civils à qui nous avons confié notre pays. Si les cinéastes que nous sommes se font humilier par un administrateur civil alors qu’ils demandent que leur soit attribué le montant ridicule de 524 millions de   Francs ; à peine le prix de 6 véhicules VX chez Cami Toyota dont raffolent nos administrateurs civils qui en consomment des centaines par an ; c’est bien parce que c’est au nom d’un Etat devenu parasite de son propre peuple qu’ils organisent le pillage et le gaspillage des 2500 milliards du budget de notre économie de pays pauvre, offrant à tout le peuple camerounais la palme d’or mondiale du pays le plus corrompu après avoir été l’instrument de la répression de la période postindépendance.

Au nom de quoi un administrateur civile de surcroît  Secrétaire Général du Ministère de la Culture est en mesure de balayer du revers de la main les désidératas de d’autres citoyens ayant eux aussi fait des études pour vivre de leur métier et nourrir leurs familles, et dire que ce n’est pas à l’Etat de construire des salles de cinéma  quand le même Etat construit par exemple des stades ou achète des voitures? Cette conception de l’Etat, si c’est à l’ENAM qu’on l’enseigne encore, elle date d’un autre âge, tout comme ce concept du « commandement » n’a pas sa place dans une République démocratique car  Monsieur le Secrétaire General, l’Etat c’est nous ! Et si nous voulons des salles de cinéma, l’Etat construira des salles de cinéma. Et si c’est en voulant faire peur aux citoyens vous comptez faire du Cameroun un pays émergent en 2035, il faudrait que cette peur change de camp car nous les cinéastes seront là pour rappeler à l’administrateur civile que vous êtes que c’est nous et tout le peuple camerounais qui sommes  votre véritable patron.

C’est parce que le colonialisme avait pour objectif de nous faire changer de culture qu’aujourd’hui tous nos problèmes sont culturels. Entre les intentions de départ et le résultat final il y a un gap qu’il faudrait constater et assumer pour mieux redéfinir le modèle de société qui nous sied le mieux. Au lieu de penser cette nouvelle société syncrétique, entre les cultures africaines et occidentales que nos peuples inventent au quotidien, le régime actuel, bon élève et plus royaliste que le roi, fait une fuite en avant avec ce modèle colonial de l’administrateur civil qu’il impose au peuple parce qu’il ne comprend pas que c’est la culture qui produit les systèmes.

A l’heure où nous constatons que ce modèle colonial français dont nous avons hérité n’a pas su produire le développement escompté et que le président de la République se tourne aujourd’hui vers l’Asie (qui n’est pas géré par des administrateurs civils) pour nous sauver du sous-développement, il serait encore mieux qu’on se retourne avant tout sur nous-mêmes, c’est-à-dire aller vers notre identité propre, notre culture en perdition pour laquelle l’administrateur civil aidé par sa hiérarchie a tant de mépris (sauf lorsqu’il va y chercher les pouvoirs magiques lui permettant de décrocher un poste dans cette administration). Alors que l’idée même de l’administrateur civil est devenu obsolète dans un monde aujourd’hui géré par un système de management et de leadership créatif et productif travaillant avec toutes les forces et ressources d’un pays,  nos administrateurs civils parce que élèves de leurs maîtres, sont toujours enfermés dans une définition de la culture semblable à ce film affreux de danses folkloriques qui accueillent encore après 50 ans d’indépendance notre président à l’aéroport comme lorsque le général De Gaulle et venait en visite chez les Bwanas.  Monsieur l’administrateur civil, si vous pensiez vous passez que ce pays se passera du cinéma, sachez que le cinéma lui ne pourra s’empêcher de s’inspirer comme dans Le Vieux Nègre et la Médaille du spectacle que vous nous offrez !

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