Des Ministres Sans Idées

14 janvier 2012

Si aujourd’hui on mesure  la puissance d’un pays au nombre de brevets d’inventions déposés, c’est bien parce que les idées  sont cœur de la construction de la modernité. Un pays comme le Cameroun qui s’organise autour d’une administration centrale gérée par des ministres avec des portefeuilles devrait se construire autour des idées qui constituent l’essentiel d’un projet ministériel ; dont la fameuse feuille de route que leur réclame le président de la République. Or la plus part de nos ministres sont devenus des épiciers qui se contentent de gérer des budgets et de distribuer des 4-9.

Lorsqu’ils en ont, quelle lisibilité avons-nous des idées de nos Ministres ? Quelle sera l’idée derrière la feuille de route du ministre de la jeunesse, de l’agriculture, du tourisme, des sports, de la recherche, de la culture, des transports, de la famille… ? Y en a-t-il qui comme Martine Aubry en France par exemple ont leurs 35 heures ? Si nous ne sommes incapables de nous souvenir de leurs idées, c’est peut-être tout simplement parce qu’ils n’en ont pas. Les Ministres doivent aujourd’hui plus que jamais être des visionnaires.

Quelques idées…

Le ministre de l’éducation de base pourrait proposer par exemple de mettre l’école primaire au centre de la vie de chaque village et de chaque quartier en l’ouvrant aux parents qui ont aussi besoin d’acquérir certaines connaissances (nouvelles maladies, nouveaux produits sur le marché, nouveaux appareils …), en l’ouvrant aussi aux visiteurs et personnalités de passage pouvant apporter leurs expériences de la vie sous forme de connaissances ; ainsi à l’école les enfants pourraient échanger avec un policier, un pompier, un médecin, un pilote, un fonctionnaire, un étranger, un retraité etc… Car si Yannick Noah est un champion aujourd’hui, c’est parce qu’il a rencontré ici au Tennis Club de Yaoundé l’américain Arthur Ashe.

Le ministre de la santé pourrait par exemple résoudre les problèmes de santé en optant pour un tri médical efficace en usant d’internet où tout camerounais pourrait raconter sa maladie au jour le jour, offrant ainsi une base de données importante aux médecins lors de la consultation, offrant ainsi une alternative  aux problèmes d’accès aux médecins. Le même ministre pourrait faire de la prévention une solution aux problèmes de santé en instituant le médecin à l’école.

Le ministre des transports pourrait lui utiliser les lignes de chemin fer pour résorber les problèmes de  transport urbain à Douala et à Yaoundé avec une ligne partant par exemple à Yaoundé du quartier Dakar jusqu’à Etoudi etc.

Le ministre des finances pourrait amener l’Etat à se porter garant de l’épargne des camerounais quel que soit la banque ou l’organisme de microfinance où ils ont épargné.

Le ministre de la culture lui pourrait défendre comme j’ai voulu le faire avec le film avorté sur Eto’o de fédérer tous les arts et talents à travers des projets  «  locomotives »  de cinéma  suffisamment financés  pour que des centaines de créateurs dans la mode, l’architecture, la danse, la musique, les arts dramatiques, le graphisme, l’écriture…  puissent non seulement être rémunérés mais aussi puissent disposer d’une vitrine pour présenter leur savoir-faire made in Cameroon à l’international grâce à un film vendable sur les marchés de cinéma du monde.

Plus de lisibilité…

Les Ministres, les Directeurs Généraux et autres gestionnaires de l’administration publique ont besoin plus que jamais besoin d’avoir des idées. Et leurs idées doivent pouvoir s’énoncer simplement et clairement pour tous les camerounais sans se cacher dans des termes techniques qui n’ont aucun sens pour les citoyens de base à qui l’élu qui les a nommé doit rendre compte.  A quand un gouvernement lisible où chacun n’essaye pas de décrypter ce qu’a voulu faire le chef de l’Etat en nommant telle personne plutôt que telle autre à un poste ? N’est-ce pas cette lisibilité qui est le contrat entre l’élu et le peuple ? Les messages contradictoires que reçoit le peuple qui voit un ministre récompensé (par le maintien ou l’attribution d’un portefeuille plus important) ne favorisent pas non plus la recherche d’idées. Un Ministre n’est pas un gestionnaire de budget, il est là avant tout pour proposer une idée et la matérialiser avec les moyens mis à sa disposition. Au lieu de nous faire un matraquage médiatique sur ses nombreux colloques, séminaires…  ce qui n’est rien d’autre que de la propagande, c’est sur son idée et sa matérialisation que l’attendent les camerounais. Au Ministre de trouver l’idée qui produira le plus grand impact avec le moins de moyens possible. Car si le manque d’argent est un problème, le manque d’idées des ministres est un problème plus grave encore.

Le temps de la créativité…

Jusqu’ici, personne n’a jamais été nommé ministre parce qu’il avait une idée. C’est pourquoi avoir des idées n’est pas une qualité attendue chez un ministre camerounais, au contraire. On devient ministre au Cameroun en faisant tout sauf en proposant une idée ; et le ministre n’est pas maintenu ni révoqué sur la base de ses idées. Pourtant nous avons plus que jamais besoin des idées…

A quand la créativité dans un gouvernement au Cameroun. Peut-il  seulement être une plateforme de créativité et créer comme Yunus Mohamed au Pakistan la microfinance ? Nos ministres peuvent-ils sortir de la signature des 4/9 ? Jusqu’à quand les camerounais vont-ils continuer à supporter la routine et la platitude ministérielle qui prend en otage tout un pays pourtant créatif, et se contenter de consommer la créativité des autres parfois moins créatifs que nous ? La plupart des idées qui sous-tendent aujourd’hui  l’action gouvernementale quand elles ne sont pas l’émanation des donateurs internationaux sont des transpositions des idées pensées ailleurs. L’émergence en 2035 qui est l’objectif des « grandes réalisations » peut-elle seulement être pensée sous le prisme de la créativité camerounaise ? Si oui nous en attendons les articulations dans les feuilles de routes des différents ministères sinon nous risquons comme tout peuple sans idée de ne jamais nous retrouver eux côtés de ceux  qui réinventent chaque jour le monde dans lequel ils vivent.

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