A la Recherche des Héros Perdus

Cher Président Wade,

Nous savons que l’Afrique est avant tout malade de sa mauvaise image et c’est à nous cinéastes que reviendrait la tâche de la soigner. Toutefois, c’est vous chefs d’Etats qui êtes responsable de la réalité africaine qui alimente cette mauvaise image. Pire encore, vos collègues alimentent Hollywood qui produit à coups de millions de dollars des films inspirés par des dictateurs africains. Quand bien même nous nous évertuons à produire des films sur nos héros vous pêchez par l’absence de vos Etats dans le montage financier de nos films. Comment peut-on envisager d’exister dans cette guerre d’images que l’Afrique est entrain de perdre quand en face d’un Idi Amin – Dernier Roi d’Ecosse nous pouvons difficilement imposer un Lumumba tant l’écart de budget est important?

Si certains de vos collègues se demandent encore à quoi sert le cinéma, vous êtes désormais en position de leur répondre. Le cinéma est cette identification et cette projection dont ont besoin nos peuples pour se créer un destin noble sans avoir besoin de s’humilier auprès de donateurs qui nous offrent le « développement » sur un plateau d’argent.
A travers votre appel de Dakar, nous comprenons que c’est d’un cinéma au service du développement de l’Afrique que vous prônez, un cinéma qui corrige les mentalités, un cinéma qui dit que les choses peuvent, doivent et vont être différentes. Le cinéma peut être un guide de nos sociétés africaines et nous cinéastes acceptons cette noble mission. Mais est-ce une affaire des seuls cinéastes Le cinéma africain est une affaire de tous ! Le cinéma africain est une entreprise transnationale panafricaine!

Cher Président Wade, au cinéma, un héros n’est pas un héros sur ses seules paroles ; un héros est héros sur la base de ses actions. C’est pourquoi nous cinéastes attendons des actes car à ce jour, nos Etats n’ont pas une politique culturelle. Nos Etats n’ont pas de lignes budgétaires de financement du cinéma, les chaines de télévision d’Etat ne produisent ni n’achètent de films africains, nos Etats ne combattent pas la piraterie et la majorité de nos Etats n’ont même plus de salles de cinéma.

Quand on sait que le film Lumumba a été produit pour le prix de trois voitures d’un cortège présidentiel, on comprend que tout est une question de choix. Nous voyons ainsi impuissants notre jeunesse africaine captive de l’imaginaire des ennemis de l’Afrique sur son propre sol parce que vos collègues et vous préférez financer des équipements de guerre d’un autre temps. Pendant ce temps, ces ennemis étalent sur les chaines de télévision du monde, nos misères, nos massacres, nos viols, nos épidémies; condamnant ainsi l’Afrique à être perçue aux yeux du monde comme un déchet de l’humanité.
Si vous pensez que le cinéma coûte cher, l’absence d’un cinéma africain coûte encore plus cher à l’Afrique. Cher Président Wade, l’Afrique est en guerre, une guerre des images dans laquelle nous cinéastes sommes en première ligne.

Au delà de la célébration des héros africains, Cher Président Wade, c’est tout un continent qu’il s’agit de galvaniser autour de son propre projet et non plus sur les plans établis pour l’Afrique depuis l’extérieur. Un projet de reconstruction de notre identité tant ancestrale que contemporaine, nous permettant de mieux définir la relation avec l’Autre dans en monde où chaque peuple propose désormais son modèle.

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