Si on t’explique le Cameroun…

Si on t’explique le Cameroun et que tu comprends, c’est pas qu’on t’a mal expliqué, c’est qu’on t’a expliqué en sautant un chapitre important.
Ce chapitre manquant est celui qui raconte comment le blanc est parti, comment il nous a laissé et comment nous avons tellement aimé cet endroit où il nous a laissé que quand il est revenu, il ne comprenait pas ce que nous faisions toujours là où nous étions. il nous a demandé ce que nous faisons là, on lui a répondu que c’est lui qui nous a laissé à cet endroit…
En d’autres termes, ce qu’on ne t’a pas expliqué c’est la décolonisation avortée du Cameroun. Après une lutte de libération perdue par les nationalistes, le colonialisme français a créé un troisième camp. Et c’est ce troisième camp à qui ils ont confié le pouvoir et qui le détient toujours aujourd’hui.
Si tu comprends que dans cette bataille il y avait deux camps, les colonisateurs d’un coté, et les nationalistes de l’autre comment expliques-tu ce troisième camp? Des gens qui étaient des deux cotés à la fois?  Tu veux une explication? Il n’y a pas d’autre explications à donner sinon que c’étaient des traîtres.
Ce qui semble incompréhensible pour les camerounais aujourd’hui est qu’ils ont attendu pendant des décennies des oeufs , les oeufs ne sont jamais arrivés , tout simplement parce qu’ils n’avaient pas une poule comme ils le pensaient mais plutôt une chèvre.
Mais comme on a sauté ce chapitre, on préfère penser que c’est l’explication qui n’était pas bonne pourtant elle était juste incomplète. Qu’est-ce qui a aveuglé les camerounais au point de pas voir qu’ils avaient une chèvre? Les petits privilèges, la distribution des privilèges qui est devenu la mission première de cet Etat naissant à fait reléguer au second plan le projet impossible dans lequel ils s’engageaient; celui d’espérer construire un Etat Africain sur les bases du colonialisme.
Comment on passe d’une armée et d’une police coloniale créée et formée pour mater, humilier et surveiller son propre peuple à une armée et une police au service de son peuple?
Comment on passe d’être un indigène soumis qui courbe l’échine à un camerounais indépendant fier?
Comment on passe d’un gouverneur colonial tout puissant à un président d’une République démocratique?
Qui va t’expliquer qu’on a essayé de passé de l’un à l’autre sans rupture et qu’on continue à prendre l’un pour l’autre?
Qui t’a expliqué ce que Achille Mbembe veut dire quand il parle de « sortir de la grande nuit »?
Qui t’a expliqué comme Fabien Eboussi que nous, les Muntus, nous sommes en crise?  Quand bien même tu voudrais comprendre, tu ne dois pas comprendre ces explications qui expliquent l’inexplicable car le fait est que en 2018, le Cameroun demeure encore dans la continuité du projet colonial.
Si vous n’avez pas compris ca, c’est qu’il faudrait tout recommencer y compris le Cameroun lui-même…

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DZONGOLAND

Regardez bien les hommes et les femmes qui assistent à cette céremonie, ils ont une chose en commun, nous avons tous une chose en commun nous nous sentons humiliés. Humiliés par un vieil homme qui n’a de consideration ni pour nous, ni pour eux – ils le savent – ni pour leur pays, ni pour l’Afrique ni pour l’Homme Noir. L’Homme Noir a connu plusieurs types d’humiliations avec l’esclavage et la colonisation mais celle que nous vivons ce jour, même les racistes de l’apartheid ne l’avaient pas imaginé; celle de la destruction de l’Homme Africain par l’intérieur: le “Dzongo”! Le Dzongo est cette figure mythologique chez les Betis du Cameroun qui fait pourrir tout ce qu’elle touche. Ceux qui savent disent que nous sommes sous l’emprise du “Dzongo”. Tous ces jeunes hommes hommes forts, beaux et intelligents; toutes ces jeunes filles, belles, intelligentes doivent faire profil bas, éviter de montrer “qu’ils connaissent trop” cacher leurs capacités voire les anéantir pour accepter d’être des “riens” car c’est la seule manière d’exister dans ce Dzongoland où on ne saurait être sans faire allégeance à la bête. Toute cette cour, ces ministres, ces directeurs, ces généraux, ces gardes… savent qu’ils doivent être des “riens” pour avoir cette petite place, ces petits privilèges. Etre “rien” pour être “quelqu’un” tel est le destin qu’ont vécu ces corps noirs pendant plus de trois décennies, des corps d’africains à l’image ce corps sans vie de l’évêque repêché du fleuve à qui on a enlevé toute sa sacralité. Sept ans encore à vivre comme un rien qui n’est pas en mesure de s’épanouir comme les jeunes, les hommes et les femmes sous d’autres cieux quoiqu’on en dise, sans avoir à offrir de leur corps quand ils aimeraient offrir leur cerveau. Sept ans encore à subir le regard de ceux qui ont réussi à s’extirper des griffes du “Dzongo”, qui narguent sans avoir à dire quoique ce soit, provoquant une haine de soi et de tous, sauf une haine de la bête qui a réussi à s’installer dans notre intérieur au point de devenir une seule et même chose. Ainsi le Dzongo se nourrit de cette castration et de ce viol qui a vidé les êtres pour en retour les habiter en se clonant à travers des millions de camerounais devenus à cause d’un seul homme, un monstre à plusieurs têtes.

De l’intelligence française…

C’est vrai que les français sont le peuple le plus intelligent du monde… du moins c’est ainsi qu’ils se perçoivent. Mais lorsqu’il s’agit d’Afrique, cette intelligence semble se dissoudre sous le soleil. Les français ont aussi le plus jeune president du monde mais sous soleil, cette jeunesse elle aussi finit par se dissoudre dans la vieille France colonialiste. Ceci est très compréhensible quand vous regardez le profil des diplomates que le Quai D’Orsay envoie en Afrique, vous imaginez bien que ce sont pas les majors de la promotion de l’ENA , je veux dire ce ne sont pas les plus intelligents .…  On cherche l’intelligence quand un chef d’Etat français, suivez mon regard, vous parle de “stabilité” en parlant d’un homme au pouvoir depuis 36 ans, qui est âgé de 85 ans et passe près la moitié de l’année dans un hôtel en Suisse. J’ai essayé de savoir si ce jeune président parlait du passé, du présent ou de l’avenir? Sans vouloir préjuger du regard que ce dernier porte sur les “stabilisés”, parce que quand il y stabilité c’est bien que certains sont stabilisés car cette stabilité serait une assignation à residence? Nous parlons d’un pays où 200 000 personnes sont dans la nature et cherchent eux une stabilité qu’ils trouveraient bien “en traversant” ou encore dans le “bush falling” expression camerounaise anglophone pour désigner les migrants. Le dictionnaire définit la stabilité comme le “Caractère de ce qui reste en place, sans bouger ni tomber”. Si on s’en tient au “sans bouger”, le projet politique du president français pour ce pays d’Afrique devient très intéressant! Quand on le voit aller se “bouger” dans un night club du pays voisin qui lui « bouge », oubliant que les anglophones dont il soutien la stabilisation dans les camps de réfugiés de ce même pays et bientôt dans l’immigration en France, sont leurs cousins, et leur pays à la fois francophone et anglophone est le “Nigeria francophone” aux potentialités économiques énormes avec un leadership regional possible! Maintenant, prenons dans cette définition de la « stabilité » le “sans tomber”. Est-ce quelqu’un qui est couché peut encore tomber? Le Cameroun est tombé, voilà pourquoi il est si stable. Dans 7 ans son president aura 92 ans, et le president français aura 48 ans; l’âge de l’espérance de vie au Cameroun. L’un aura quasiment le double de l’age de l’autre;  grâce aux hôpitaux non pas français, mais plutôt aux Allemands et Suisse. Quand les deux se sont parlé il semblerait que le mot “stabilité” soit revenu 9 fois!  Je me redemande si c’était en pensant au passé , au présent, ou à l’avenir? Ou si c’était en pensant à tous ceux qui s’opposent, même comme opposant, à ce régime vieux de 36 ans, qu’ils veulent “dé-stabiliser”! En d’autres termes, ceux qui veulent faire « bouger » le pays ou faire tomber l’homme de 86 ans… Même lors d’une élection, puisque l’un a deja choisi l’autre au point de l’inviter comme chef de l’Etat en novembre alors que les résultats de l’élection d’octobre sont encore inconnus! Je cherche l’intelligence, je cherche l’intelligence de Macron en Afrique, je cherche aussi sa « jeunesse » cet argument de campagne, l’intelligence de celui qu’on croyait que le colonialisme « embrouillait »… aidez-moi à trouver la coherence du president de ce peuple le plus intelligent du monde… en Afrique!

 

LA FORCE DE LA MOBILISATION

Avec cette election présidentielle, une victoire se profile à l’horizon. Pour un meeting interdit en pleine campagne par un sous-préfet, Cabral Libi a fait fort à la CICAM ce dimanche 23 septembre. Il a réussi à dire aux jeunes qui ont peur de la politique que se mobiliser pour le changement dans son pays ne veut pas dire envoyer les enfants des autres mourir dans la rue. A force de vivre dans un système interdisant toute expression publique de leurs désaccords par des manifestations publiques sauf quand elles vont dans le sens du régime Biya, les jeunes camerounais ont opté, contrairement à Cabral Libi qui y va frontalement pour des stratégies de contournement des questions politiques quand ils ne se neutralisent pas mutuellement. Ceux qui sont à l’abri de par leur matricule de fonctionnaire ou par leur nomination à un poste, quand ils ne se contentent pas de se taire, doivent au cours d’une élection comme celle-ci non pas soutenir le RDPC parti au pouvoir, mais aller défendre leur poste au village.

Pour un meeting interdit par le regime, la victoire que célèbrent à travers Cabral Libi les jeunes camerounais est avant tout celle de l’espoir que suscite la démocratie, ce sentiment qu’ils ne sont plus obligés de s’accommoder de ce régime et qu’ils peuvent même s’en débarrasser.

La victoire de Cabral Libi est d’avoir ouvert depuis son initiative de 11 millions d’inscriptions, l’espace de mobilisation politique à une jeunesse camerounaise désabusée et peureuse. Il ne reste qu’à souhaiter que cette génération Cabral Libi ne laisse plus le vieux régime usé de Paul Biya refermer par réflexe cette brèche ouverte le temps d’une campagne de 15 jours, cet espace avec ses interdictions honteuses des sous-préfets. Ainsi Cabral Libi aura déjà à son actif d’avoir permis à la jeune démocratie camerounaise de sortir des maisons et des réseaux sociaux pour s’installer définitivement dans la rue pour souvent exprimer leur ras-le-bol.

Si Cabral Libi mobilise c’est beaucoup plus pour sa jeunesse que pour son programme, ce qui n’est pas un problème en soi, mais que le contenu des projets politiques des candidats soit complètement noyé dans ce qui serait susceptible de diviser les camerounais: l’ethnie, la langue, la religion, l’age… et que Cabral devienne le candidat des Bassas, Paul Biya le candidat des Betis , Kamto le candidat des Bamilékés, Joshua Osih et Akere Muna les candidats des anglophones montre que ces velléités de tribalisation de cette élection présidentielle de 2018 sur fond de secession posent aux camerounais la question de savoir s’ils voudraient vraiment vivre ensemble… Quand les camerounais s’intéressent plus à l’ethnie des candidats qu’à leur projet politique, se rendent-ils compte qu’ils sont des sécessionnistes latents qui s’ignorent? Que feront les Bassas, les Bamilekes, les Anglophones, les Nordistes… quand ils verront le regime de Paul Biya perçu comme celui des Betis decider de conserver le pouvoir après le 7 octobre quelque soient les résultats? Cette question est mal posée. Je devrais plutôt demander ce que feront les camerounais… Voilà pourquoi il est urgent pour Cabral, Joshua, Kamto, Akere… de sortir de ce qui divise les camerounais et d’envisager à la veille de cette election une grande mobilisation pour envoyer un message qui manque actuellement; celui de dire qu’on a beau être pour le changement, nous sommes et restons un peuple uni.

LE PACTE CULTUREL de Jean-Pierre Bekolo à l’attention des candidats à l’élection présidentielle de 2018

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Chers Candidats,

Face aux nombreux défis qui se posent à notre pays, je suis convaincu que seule la culture peut sauver le Cameroun.  Parce que la crise que vit le Cameroun est culturelle, nos réponses doivent aussi être culturelles. Le Cameroun a besoin de se réinventer et cette reinvention passe par la mise en place d’une véritable République Culturelle.

Nous devons offrir aux camerounais en toute lucidité et maturité, un projet culturel national proposant à l’autre, une relation mutuellement féconde,  en évitant l’écueil du repli identitaire poursuivant la marche vers l’autonomie sans ignorer les rapports force asymétriques en notre défaveur. Nous devons proposer au monde notre élan vital.

Chers candidats, comment se fait-il qu’aucun camerounais brillant à l’étranger ne vit actuellement au Cameroun? Comment se fait-il que la rue est l’espace réservé aux talents et génies de notre pays? Abandonner les talents c’est renoncer au capital qui fait la force d’un pays. Mépriser la culture c’est nous mépriser nous-mêmes car notre culture c’est tout ce que nous possédons véritablement. Les hommes et les femmes de culture ne sont pas des mendiants qui demandent une aumône aux hommes politiques. Ils ne méritent pas seulement comme les fonctionnaires et les autres d’opérer dans un cadre structuré à partir du sommet de l’Etat, la culture doit faire partie de tous les projets développement de notre pays.

Notre culture est aussi l’outil de la reconstruction de nos infrastructures psychiques car nous devons reconnaitre que nous ne sommes pas sortis de la colonialité. Suite à l’histoire coloniale marquée par le déni, la violence et la honte de soi, la culture camerounaise doit être une culture de la résilience, une culture du réveil qui nous guérit. Elle doit s’attaquer aux questions qui se posent à nous au niveau psychologique et psycho-comportemental et interroger notre agir.

Notre culture doit nous projeter et être afrofuturiste en relevant le défi technologique qui commence par la capacité à  la conserver pour les generations futures et à la rendre accessible au reste du monde sachant que cette mémoire culturelle du pays qui se construit chaque jour est notre propre accouchement.

Notre culture doit répondre à la question de l’universel. Parce que le monde entier se représente l’Afrique, et le Cameroun l’Afrique, il est impératif que le Cameroun pose à travers la culture cet acte de repossession du monde.

Chers candidats, nous ne pouvons donc pas abandonner notre culture camerounaise dans une errance  située entre l’espoir d’une reconnaissance occidentale et le désir d’une adhésion populaire fédérant autour du plus petit dénominateur commun et le capitalisme.

Je vous demande à vous tous qui aspirez à cette fonction présidentielle, à vous êtes candidats à cette élection de 2018 de vous engager en signant ce Pacte Culturel en 10 points  pour faire de notre pays une véritable République Culturelle!

Jean-Pierre Bekolo
cinéaste, President TALENT COALITION

 

Les 10 Propositions

  1. Mettre en place une “politique culturelle” nationale organisant le secteur de la culture et définissant le cadre, les conditions d’exercice, le statut, les rapports des différentes professions et acteurs, le chômage, la retraite et l’assurance maladie. Créer une académie attribuant chaque année des prix nationaux dans le domaine de la culture dotés d’une importante enveloppe financière. 
  2. Créer une agence nationale d’investissement, de financement et de promotion des innovations, des infrastructures et de la production culturelle dotée d’un budget d’au moins 100 milliards de FCFA afin d’en faire de la culture un secteur stratégique pour notre économie pour une consommation locale et une compétitivité l’internationale. 
  3. Ne pas abandonner la culture aux seules lois du capitalisme en fixant un cahier de charges culturelles à tous les ministères, mairies, écoles, et institutions publics et entreprises privés au prorata de leur budget ou chiffre d’affaires.
  4. Inscrire la culture comme priorité dans des Programmes Indicatifs Nationaux et Régionaux (PIN et PIR) de coopération, ainsi que dans le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE). 
  5. Financer la culture par la création d’une taxe culturelle pour toutes les entreprises dont l’activité importe des cultures non-africaines, menaçant nos cultures de disparition: téléphonie, chaines de télévision, internet, publicités, importation dans le secteur de l’habillement, agro-alimentaire… pour financer et promouvoir  la culture nationale. 
  6. Créer une plateforme de crowdfunding pour financement de la culture ouverte sur l’international.
  7. Faire de l’alphabet du roi Njoya l’alphabet national camerounais aux cotés de l’existant, plus sophistiqué que le chinois. Et du faire du Cam-fran-anglais une langue nationale officielle. 
  8. Créer à l’instar des centres culturels français en lien avec les ambassades des maisons de la culture du Cameroun comme des espaces culturels où se fait la promotion de la culture du Cameroun à l’étranger et ouvrir de nouveaux marchés à la culture. Et offrir un statut diplomatique aux acteurs culturels ayant fait briller les couleurs du Cameroun à l’étranger.
  9. Assainir le marché de la vente des produits culturels en créant une unité de police spéciale voire un tribunal pour protéger les produits culturels contre la piraterie et la fraude et permettre la création d’une économie culturelle.
  10. Mettre en place un environnement fiscal et douanier incitatif adapté à la double nature économique et culturelle des activités des entreprises de la culture.

LA COLONIALITE DU CAMEROUNAIS

Avouons que ce qui se passe au Cameroun actuellement remets en cause certains présupposés du discours post-colonial. L’action de l’Etat du Cameroun avec l’approbation d’une bonne frange de la population valide non seulement le modèle colonial comme unique projet de l’Etat Africain mais surtout fait tomber tout le discours post-colonial qui critique sa violence. Comment encore accuser le blanc de sa violence historique sur le continent quand sous nos yeux l’Africain dans sa  construction de l’Etat use du même modèle colonial pour gérer ses crises internes quand il n’en fait pas un “devoir”? Comment comprendre qu’on développe un discours d’adhésion à un colonialisme de l’Etat Africain contre son propre peuple? Le discours d’une espèce contagion du blanc au noir de cette violence colonial à travers des dirigeants africains manipulés par l’occident est-il encore convainquant lorsqu’une bonne partie de cette population noire comprends et promeut avec un discours très articulé dans les réseaux sociaux cette violence? 

Comment encore critiquer la partition de l’Afrique à Berlin quand les frontières coloniales artificielles sont aujourd’hui sacralisées au point de condamner à mort tous ceux qui attenterait à leurs modification? L’Etat (des crevettes) “inventé” par le blanc comme on peut le suivre dans la chronologie de l’histoire du Cameroun est devenu la fondation même de ce que nous les noirs sont devenus et démontre qu’il se battra jusqu’au dernier souffle pour rester à “cet endroit où le blanc nous a laissé”. 

A mon avis, le discours post-colonial doit évoluer et ne saurait plus rester à son point actuel où il reste après tout une critique du projet colonial dans son ensemble; d’abord parce que ces Etats “inventés” n’ont toujours pas imaginé autre chose sauf peut-être le nom comme dans le cas du Burkina Faso de Thomas Sankara, les autres portent toujours avec fiertés leurs noms de baptêmes, ensuite si on s’en tient à l’idéal de l’Etat Africain de Mandela, il n’a rien imaginé d’autre que le modèle de l’Etat colonial… L’Etat colonial c’est mauvais … avec vous ou encore le colonialisme c’est bon… avec nous! 

Jusqu’à ce jour les discours d’Ubuntu, de l’Egypte ancienne  et plus récemment du Wakanda ne restent que dans l’ordre d’une fantasmagorie qui anime une posture anti-coloniale qui ne reste  après tout qu’une performance. On joue les Africains! On n’ose pas se redéfinir, se réinventer. On croit sortir de la colonialité en allant voir les chinois pourtant avec eux nous ne faisons que renforcer notre admiration pour ce modèle. En d’autres termes nous africains n’avons rien aujourd’hui à part ce que le blanc nous a donné lors du colonialisme et nous devons lui en être reconnaissant si nous voulons être cohérents avec nous-mêmes. Soit ce qu’il a laissé est mauvais et on le rejette comme les ex-pays communistes qui n’ont pas hésité une seconde à sortir du communisme lorsqu’ils ont pu, soit ce qu’il nous a laissé et bon et nous l’embrassons avec enthousiasme. 

Sauf que l’attitude du noir et du camerounais en ce moment est de l’ordre de la duplicité qui démontre très bien que son visage revêt aujourd’hui la peau noire et le masque blanc de Fanon. La question aujourd’hui est qu’il faudrait qu’il se regarde dans la glace; s’il se trouve beau qu’il assume ce qu’il est devenu et qu’on avance. Mais s’il se trouve laid, qu’il jette le masque! 

Si nous sortons des discours et écoutons ce que nous disent les comportements de nos sociétés Africaines, il est clair les mèches brésiliennes, les produits d’éclaircissement de la peau, les jeunes qui entreprennent de partir vers l’occident à n’importe quel prix, les dirigeants qui pillent le pays et vont déposer leurs fortunes en occident… si on ne s’en tient qu’au Cameroun, il est evident qu’il est difficile de dire que le projet colonial qui fut surement un cauchemar à une certaine époque, n’est pas devenu notre nouveau rêve! 

Si on se mets du point de vue des Allemands par exemple qui avaient un projet pour nous en notre lieu et place bien sûr , comme celui par exemple de créer un Etat qui allait s’appeler Kamerun et qu’un Rudolf Manga Bell qui finalement est un nationaliste avant la nation; voire même contre la nation en projet, vienne faire obstruction, comment ne pas comprendre qu’il fallait s’en débarrasser? Quand aujourd’hui c’est ce même Cameroun pour lequel nous sommes prêts à faire une guerre fratricide et tuer tous ces “zozos » qui essayent de le partitioner, reconnaissons qu’il y a un paradoxe que nous devons régler. 

Soit ce que le blanc a fait est mauvais, on le jette soit ce qu’il a fait est bon, on le garde. Nous ne pouvons pas poursuivre son oeuvre tout en critiquant ce qu’il a fait. Toute position intermédiaire à de l’ordre de la duplicité et est une acrobatie pour justifier la seule chose pour laquelle on se tue vraiment entre nous, “le fauteuil”. Les petits privilèges sont notre véritable idéologie dans toute cette affaire. On attaque le blanc si notre “fauteuil” est menacée et on l’embrasse quand il nous laisse “un fauteuil” ou nous réconforte quand il est menacé. Le fameux coup de fil du président français Macron nous a fait basculer la France de l’”ennemi de l’extérieur voulant destabiliser le Cameroun » au “pays frère et ami qui soutien le chef de l’Etat dans la lutte contre la partition de l’intégrité territoriale un et indivisible”. Ce n’est qu’un exemple de discours qui démontre qu’on se sert du colonialisme de manière utilitariste. Dans les faits, il n’y a pas de discours anti-colonial au Cameroun; mieux la colonialité  vit est a de beaux jours devant elle, car il n’existe aucun projet ni programme politique anti-colonial en tant que tel, les jeunes rêvent tous d’entrer à l’ENAM (ancienne école coloniale d’administration). 

On pretend refuser l’ingérence étrangère… dans les discours mais l’ingérence étrangère est allée jusque dans la construction des écoles … primaires! Une mission soit disant régalienne de l’Etat! 

Il faut que le noir arrête avec cette duplicité et cette hypocrisie dans cette relation avec le blanc et la redéfinisse sur la base d’un veritable humanisme… justement de ceux qui aimerait que le colonialisme prenne fin sous toutes ses formes et que le noir, le camerounais ne soit pas celui par qui le colonialisme dont il a été victime se perpétue!

NAISSANCE D’UNE SOCIETE MECHANTE

D’où vient-il que dans toutes les sphères de la société et surtout dans les services dits publics, les “serviteurs” de l’Etat (donc, nos serviteurs puisque l’Etat c’est nous) font preuve au nom du même Etat, d’un manque de “charité chrétienne » quand bien même ils sont de “bons chrétiens”?
Le nombre de fois qu’un agent va vous demander de repasser dans son bureau pour un service qui aurait pris cinq minutes, quand on connait le calvaire que représente un simple déplacement dans nos villes et la pénibilité en général de la vie des gens sur notre continent, représente un acte méchant qui est de l’ordre de la torture.
La question que je me pose est la suivante, pourquoi nous nous infligeons à nous mêmes un tel supplice? Est-ce que l’agent en question qui n’est pas lui-méme à l’abri de cette pénibilité quotidienne que chacun doit infliger à l’autre là où il se trouve et qui rend la vie quotidienne très dure pour nous tous, ne se rend-il pas compte qu’il fait partie de cette chaine qui fait que la vie dans nos villes est de l’ordre d’un véritable chemin de croix?
Très souvent cet agent est un chrétien, un musulman ou un animiste très pratiquant partageant les valeurs de générosité, d’hospitalité et de solidarité… Alors comment se fait-il que ce soit la méchanceté qui gère nos rapports administratifs au quotidien? Est-ce parce que nos administrations sont nées avec le colonialisme où l’agent n’était pas au service?
J’ai plutôt envie de penser que le politico-administratif a supplanté Dieu chez les chrétiens, les musulmans et les animistes. C’est le fameux décret présidentiel, son interprétation du moins, qui donne à cet agent ses prérogatives, est dans son inconscient un décret quasi divin qui par procuration confère à ce dernier qui aurait du être un serviteur, tous les pouvoirs sur ses semblables qu’il ne voit plus sur un prisme humaniste…
Pire encore il amène cet agent omnibulé par la machine politico-administrative à mettre les valeurs de ce système au dessus de ses valeurs chrétiennes sans toutefois sortir de la chrétienté. Il peut donc être méchant parce que c’est la politique, parce que c’est l’administration, parce que c’est le système… et rester un bon chrétien ! Car le Dieu politico-administraitf est passé au dessus du Dieu chrétien grâce à une forme de matérialisme sans le marxisme bien sûr… les petits privilèges! Le fameux Article 2 du décret présidentiel qui dit que “l’intéressé aura droit aux avantages…” Il faudrait que les spécialistes nous aident à démêler ce qui se passe dans la tête de tous ces gens … Car si le décret présidentiel nous donne sur terre les biens matériels (par l’article 2) que nous demandons à Jésus dans nos prières, comment le Président de la République n’aurait-il pas de rôle au dessus Jesus-Christ dans nos imaginaires? Et comme chez-nous l’Etat et donc l’administration et la politique sont nés méchants (au vu de l’histoire coloniale et des régimes peu démocratiques ) et n’ont depuis les indépendances jamais pris d’autres formes; une méchanceté qui aurait pu être atténuée au niveau individuel par la foi qu’elle soit chrétienne, musulmane ou africaine, a été, sans toutefois disparaitre, assujettie à un dieu matérialiste plus effectif, le dieu du décret présidentiel. En somme le sentiment qu’un dieu bon et juste s’est substitué à un dieu méchant et injuste mais un dieu capable de nous donner sur cette terre, le temps d’un décret ce que nous demandons à un dieu qui est aux cieux. Ceux qui disent que l’Afrique est un paradis dirigé par le diable assimilent ce dieu au diable! Voilà comment dans la hiérarchie des valeurs le Président de la République arrive avant Jesus-Christ.
Entre celui qui chante les louanges de Jesus-Christ et celui qui chante les louanges de Paul Biya, qui des deux a plus de chances de voir ses voeux exaucés? Et comme chanter les louanges de Paul Biya ne vous excommunie pas, au contraire dans lors des messes et autres événements religieux, la place offerte à celui qui a le décret se trouve toujours plus près du seigneur. Comment ne donc pas penser que ici, c’est finalement la méchanceté qui conduit à Dieu?